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Accusés d’avoir organisé la pénurie de RAM, Samsung et SK Hynix lâchent 590 milliards de dollars

Publié par Elodie le 06 Juil 2026 à 16:00
Barrette de mémoire RAM en gros plan

Depuis des mois, monter un PC ou changer de smartphone rime avec grimace devant le prix de la mémoire. Pendant que les factures gonflent, les géants coréens qui dominent ce marché viennent de vivre une semaine à rebondissements. Un procès accablant d’un côté, une annonce pharaonique de l’autre : voici ce qui se cache derrière ces 590 milliards de dollars promis pour doubler la production.

Un procès qui accuse Samsung, SK Hynix et Micron d’avoir organisé la pénurie

Usine de semi-conducteurs avec chaîne de production

Tout commence le 25 juin. Dix-sept plaignants américains, particuliers et petits revendeurs, attaquent Samsung, SK Hynix et Micron devant un tribunal fédéral de Californie. Le trio pèse près de 90 % du marché mondial de la DRAM, cette mémoire vive classique présente dans nos ordinateurs et smartphones.

La plainte est directe : les trois fabricants auraient réduit l’offre de mémoire de façon coordonnée pour faire grimper artificiellement les tarifs. Selon les documents déposés, les prix auraient explosé d’environ 700 % en quatre ans, un chiffre à prendre avec des pincettes tant qu’aucun juge n’a tranché.

Ce n’est pas la première fois que le secteur croise la justice américaine. En 2005 déjà, Samsung et SK Hynix avaient plaidé coupables d’entente sur les prix, écopant respectivement de 300 et 185 millions de dollars d’amende, avec des peines de prison pour plusieurs cadres. Micron avait échappé aux sanctions en coopérant à l’époque. Un contexte qui rappelle d’ailleurs d’autres stratégies agressives de Samsung pour verrouiller son marché, tout en rassurant ses actionnaires sur ses marges.

590 milliards de dollars : la riposte coréenne face aux accusations

Quatre jours après le dépôt de la plainte, le 29 juin, Samsung, SK Hynix et le gouvernement coréen dévoilent un plan d’environ 590 milliards de dollars. Au programme : quatre nouvelles usines et un doublement de la capacité de production de DRAM du pays en cinq ans, selon Séoul.

L’enchaînement a de quoi surprendre. On reproche aux fabricants d’avoir volontairement serré l’offre, et ils répliquent par la plus grosse rallonge d’usines de leur histoire pour prouver qu’ils tournent à plein régime. Sauf que le calendrier dégonfle largement l’effet d’annonce : ces nouvelles usines ne sont attendues qu’au milieu des années 2030.

Pire, une part importante de cette capacité ira vers la HBM, cette mémoire empilée bien plus chère qui alimente les puces d’intelligence artificielle de Nvidia. Depuis 2022, environ un quart de la capacité de production a déjà basculé vers ce segment, et chaque puce HBM consomme deux fois plus de surface de silicium qu’une barrette DDR classique destinée à votre console ou votre ordinateur. Doubler la capacité sur le papier ne signifie donc pas doubler le nombre de barrettes qui finiront dans nos machines, un peu comme pour d’autres promesses technologiques qui prennent des années à se concrétiser.

La facture va continuer de grimper avant toute détente des prix

Pour qui veut s’équiper maintenant, le message reste rude. La banque d’affaires Jefferies, qui suit le secteur de près, prévoit encore 40 à 50 % de hausse au troisième trimestre, puis 30 à 40 % au quatrième trimestre. Aucune détente n’est attendue avant 2028.

Que vous montiez un PC, ajoutiez de la mémoire à une machine existante ou lorgniez simplement un smartphone milieu de gamme, la facture grimpe maintenant, pas dans dix ans. Le procès n’y changera rien à court terme : même prouvée, une entente ne fait pas réapparaître des barrettes du jour au lendemain sur les étagères.

La mécanique de fond ne bouge pas d’un pouce. L’intelligence artificielle reste la priorité absolue des fabricants, et un client cloud qui réserve des stocks pour plusieurs années passe systématiquement avant le consommateur lambda dans la file. Cette annonce coréenne de 590 milliards de dollars soigne surtout l’image du secteur et rassure la Bourse, beaucoup moins votre porte-monnaie.

Tant que les serveurs d’IA raflent la mémoire disponible et que les usines neuves ne tourneront pas avant la prochaine décennie, un seul réflexe compte vraiment : si vous avez besoin de RAM, achetez-la maintenant. Attendre coûtera plus cher, semaine après semaine.

Reste une question qui plane sur tout le secteur : un juge californien osera-t-il un jour forcer ce trio surpuissant à lâcher réellement du lest sur les prix ?

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