Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. High-Tech

À 19 ans, il invente un téléphone qui passe des appels sans carte SIM ni forfait

Publié par Elodie le 23 Août 2026 à 7:26

Un lycéen namibien de 19 ans, des pièces récupérées dans de vieux téléviseurs, et un téléphone capable de passer des appels sans carte SIM ni forfait. L’histoire a fait le tour du web en 2016, entre fascination et scepticisme.

Derrière cette invention bricolée dans un lycée rural, il y a un parcours bien plus fragile que ne le laissait penser le buzz. Retour sur Simon Petrus, son prototype, et ce qui lui est vraiment arrivé après.

Adolescent bricolant un appareil électronique dans un atelier rural

Un ado qui démonte des téléviseurs pour tuer l’ennui

Simon Petrus grandit à l’Abraham Iyambo Senior Secondary School, dans la région d’Ohangwena, au nord de la Namibie. Ses parents sont au chômage, l’électricité est un luxe rare dans son quotidien.

Pour s’occuper, il démonte de vieux appareils électroniques. Une passion presque banale, jusqu’à ce qu’un concours scientifique local, le NamPower National Science Fair, lui donne un objectif précis.

Il décide de construire un téléphone capable de fonctionner sans réseau mobile. Un défi technique qui, pour un élève sans ressources, tient presque de la gageure.

Le bricolage qui a intrigué les médias du monde entier

Le prototype assemble des pièces de téléviseurs, d’anciens téléphones, d’ampoules, de chargeurs, de ventilateurs et une quantité impressionnante de câbles. Un vrai patchwork électronique.

Le boîtier final ne se contente pas de téléphoner : il fait aussi radio, petite télévision, lampe, ventilateur, et peut recharger d’autres appareils. Coût total estimé : entre 100 et 146 dollars, soit environ 135 euros, financés par sa famille.

Présenté au concours, l’objet lui vaut une médaille et une exposition médiatique massive. L’opérateur local MTC annonce même une bourse d’études, symbole d’espoir pour un adolescent venu d’un milieu très modeste.

Mains assemblant un téléphone avec des pièces recyclées

Mais avant de comprendre pourquoi cette success story s’est enrayée, il faut d’abord saisir comment fonctionne vraiment ce téléphone qui a fasciné la planète entière.

Ce que le téléphone fait vraiment (et ce qu’il ne fait pas)

Techniquement, l’appareil de Simon Petrus exploite des radiofréquences locales. Il ne s’agit ni de 3G ni de 4G, mais plutôt d’un talkie-walkie perfectionné.

Il transmet la voix dans une zone donnée, sans carte SIM ni crédit à recharger. Contrairement à ce que suggéraient certains posts viraux, il ne permet pas d’appeler « partout dans le monde ».

Sa portée reste limitée aux ondes radio qu’il émet, et il ne fonctionne qu’avec des appareils réglés sur la même fréquence. Plusieurs vérifications indépendantes ont confirmé cette limite technique.

Pour un lecteur français, l’exemple le plus parlant reste le smartphone connecté uniquement au Wi-Fi. Sans carte SIM, vous gardez les applications et les appels internet, mais perdez les appels classiques — exactement comme le prototype namibien reste coupé des réseaux cellulaires mondiaux.

Pourquoi son invention a fini par bloquer sur un dossier administratif

Parce qu’il émet sur des bandes radio, l’appareil aurait dû obtenir une licence délivrée par la CRAN, l’autorité de régulation namibienne dirigée par Emilia Nghikembua.

Celle-ci affirme n’avoir jamais reçu de dossier complet de la part du jeune inventeur. Simon Petrus, de son côté, dit s’être heurté aux lourdeurs administratives et à des intérêts économiques puissants.

Un blocage qui rappelle d’autres histoires où la technologie se heurte à la réglementation, un peu comme cette carte SIM virtuelle acceptée dans 190 pays qui a dû composer avec les régulations locales avant de se démocratiser.

Jeune homme marchant seul dans un village africain au coucher du soleil

Ce qu’il est devenu, presque dix ans plus tard

Après l’échec de son examen de fin de secondaire, la bourse promise par MTC s’évapore purement et simplement. Le rêve s’arrête net.

Simon Petrus suit tout de même une formation en électronique. Mais il vit encore dans une grande précarité, loin de l’image du jeune prodige promis à un bel avenir.

Près de dix ans après son prototype viral, il cherche toujours des financements pour faire évoluer ses idées. Une trajectoire qui rappelle que l’ingéniosité ne suffit pas toujours à changer une vie, surtout quand les portes administratives restent fermées.

Son histoire résonne avec celle d’autres bricoleurs autodidactes qui, faute de moyens, transforment la débrouille en système D permanent — comme cet homme qui alimente sa maison avec des batteries d’ordinateurs récupérées depuis 2016.

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *