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« Il en a entassé plus de 650 » : depuis 2016, cet utilisateur alimente sa maison en électricité avec des batteries d’ordinateurs portables récupérées

Publié par Killian Ravon le 24 Jan 2026 à 12:54

Depuis novembre 2016, un particulier affirme alimenter sa maison grâce à des batteries d’ordinateurs portables récupérées, couplées à des panneaux solaires.

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Batteries d’ordinateurs portables recyclées rangées en racks dans un hangar, avec onduleurs et contrôleurs solaires, une maison au fond
Dans un hangar séparé, des racks de batteries d’ordinateurs portables recyclées stockent l’énergie solaire pour alimenter une maison hors réseau.

Son stock aurait dépassé les 650 batteries au fil des ans, au point de devenir le cœur d’une installation hors réseau qui intrigue autant qu’elle questionne la sécurité et notre rapport aux déchets électroniques.

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Une maison alimentée par des batteries récupérées, sans “incident majeur”

L’histoire a d’abord circulé dans la sphère tech : un passionné d’autonomie énergétique explique produire et stocker son électricité à partir de batteries d’ordinateurs portables mises au rebut. Le principe est simple sur le papier : récupérer, tester, assembler, puis stocker l’énergie solaire pour la consommer quand le soleil n’est plus là.

D’après Jeuxvideo.com, son dispositif est hébergé dans un hangar installé à une cinquantaine de mètres de la maison. C’est là que sont réunis le stockage, l’électronique de gestion et le lien avec les panneaux solaires. L’intéressé assure n’avoir constaté ni incendie, ni “batterie gonflée” en près d’une décennie, ce qui tranche avec la réputation des cellules lithium-ion maltraitées.

Le projet démarre officiellement en novembre 2016, à une époque où il disposait déjà d’une petite production solaire et d’un stockage plus classique, notamment une ancienne batterie de chariot élévateur, des contrôleurs de charge et un onduleur. Le saut, ensuite, consiste à basculer vers une logique de “banque” de cellules issues du réemploi.

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Les cellules 18650, très présentes dans les packs d’ordinateurs, sont au cœur des montages DIY. Crédit : Sevenethics.

Du pack d’ordinateur aux cellules : la méthode qui change tout

Le point clé, dans ce type d’aventure, n’est pas seulement la quantité. C’est la manière de traiter des batteries qui n’ont pas toutes le même âge, ni le même niveau d’usure. Science & Vie résume la démarche : l’utilisateur ne se contente pas d’empiler des packs entiers. Il démonte, teste, trie, puis assemble des cellules individuelles dans des racks adaptés.

Ce choix répond à un problème concret : la décharge inégale. Une cellule fatiguée peut déséquilibrer un ensemble, accélérer la dégradation, et dans le pire des cas, augmenter le risque de surchauffe. L’équilibrage devient donc une obsession. Dans le récit, l’utilisateur explique avoir ajouté des cellules quand c’était nécessaire, et ajusté son système pour stabiliser les performances.

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Autre détail révélateur : le câblage. Jeuxvideo.com évoque l’usage de câbles en cuivre pour des connexions efficaces. Dans une installation de stockage, limiter les pertes et les points chauds n’est pas un luxe. C’est une condition de fiabilité, surtout lorsque l’on manipule des dizaines, voire des centaines de modules.

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Le solaire fournit l’énergie, le stockage fait le reste. Crédit : Pujanak.

24 panneaux solaires de 440 W : la production qui rend le stockage utile

Le stockage ne sert à rien sans production suffisante, et l’installation a évolué. Les chiffres avancés parlent d’une montée en puissance à 24 panneaux solaires de 440 W chacun. Sur le papier, cela représente une capacité installée de 10,56 kW, de quoi alimenter une maison selon les usages, la saison et le niveau d’isolation.

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Le point marquant, c’est la promesse de continuité : le système fonctionnerait “sans interruption depuis 2016”, et l’utilisateur affirme ne pas avoir eu à remplacer une seule cellule. Cette dernière affirmation reste difficile à vérifier de manière indépendante, mais elle illustre un message : même des cellules issues du rebut peuvent retrouver une utilité, à condition d’être testées et exploitées dans une plage de fonctionnement raisonnable.

Ce récit explique aussi pourquoi certains bricoleurs s’y essaient. Les batteries “neuves” pour le résidentiel coûtent cher. À l’inverse, les batteries d’ordinateurs portables sont abondantes, souvent jetées alors que toutes leurs cellules ne sont pas mortes. Le réemploi devient une forme de raccourci vers l’autonomie, avec une contrepartie immédiate : le besoin de compétences, et une prise de risque.

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L’envers du décor : la sécurité des batteries lithium ne pardonne pas l’à-peu-près

C’est ici que l’histoire bascule de l’inspiration vers la mise en garde. Les batteries lithium-ion peuvent entrer en emballement thermique en cas de court-circuit, surcharge, choc, ou défaut interne. Ce phénomène peut provoquer un feu difficile à maîtriser, avec fumées toxiques et propagation rapide.

Même des acteurs de la prévention grand public rappellent les bons réflexes et les dangers spécifiques des feux liés au lithium-ion. Selon Assurance Prévention, certains agents extincteurs ou réflexes inadaptés peuvent aggraver la situation, et la chaleur interne peut persister, favorisant des reprises.

En clair, l’absence d’incident rapportée par cet utilisateur ne doit pas être comprise comme une règle générale. Le risque dépend de la qualité du tri, du dimensionnement, de la protection électrique, de la ventilation, de l’isolation des connexions, et du système de gestion. Dès que l’on parle de centaines de cellules, la redondance et la détection deviennent essentielles, car une défaillance isolée peut contaminer l’ensemble.

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Le récit, malgré lui, pointe une autre question : où stocker tout cela ? Le choix d’un hangar séparé de l’habitation, à environ cinquante mètres, limite potentiellement l’exposition directe du logement en cas de problème. Mais il ne règle pas tout. Un incendie de batteries peut être violent, et la proximité reste un sujet de sécurité pour le voisinage.

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La montagne d’e-déchets grandit, alors que le recyclage reste incomplet. Crédit : Curtis Palmer.

Derrière la prouesse : la pression des déchets électroniques

Si cette histoire captive, c’est aussi parce qu’elle se greffe sur un malaise collectif : on achète, on remplace, on jette. Or, les chiffres mondiaux donnent le vertige. Le “Global E-waste Monitor 2024”, porté notamment par l’UIT, indique qu’en 2022, 62 milliards de kilos de déchets électroniques ont été générés dans le monde, et qu’environ 22,3 % seulement ont été formellement collectés et recyclés.

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En France, l’ADEME alerte aussi sur l’ampleur du phénomène. Dans un communiqué consacré à la seconde vie des équipements, l’agence évoque une moyenne de 22,3 kg de déchets électriques et électroniques par habitant, et souligne que les volumes mis sur le marché restent massifs.

Dans ce contexte, transformer des batteries destinées à la benne en “ressource” parle à l’époque. C’est un geste radical, presque politique, même quand il naît d’un bricolage. Il interroge la frontière entre réparation, réemploi, bidouille et solution durable.

L’onduleur gère la conversion et conditionne une partie de la sécurité électrique. Crédit : Oak Ridge National Laboratory.
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Réemploi, oui… mais pas à n’importe quel prix ni hors des filières

L’autre sujet, rarement mis en avant dans ces récits, c’est la filière. Les batteries et accumulateurs relèvent en France de dispositifs encadrés, avec une responsabilité élargie du producteur et des éco-organismes. L’ADEME rappelle l’existence de la filière “batteries” et ses cadres réglementaires, qui structurent la collecte et le traitement.

Ce rappel n’empêche pas le réemploi, mais il fixe une réalité : ces objets sont des déchets dangereux quand ils sont endommagés, mal stockés, ou abandonnés. Les détournements “maison” peuvent donner une seconde vie à certains composants, mais ils ne doivent pas se transformer en contournement systématique des circuits de collecte, surtout pour les cellules non réutilisables.

Enfin, la question de la conformité apparaît dès qu’on parle d’électricité domestique et de solaire. Les installations photovoltaïques et leurs raccordements obéissent à des règles techniques et à des normes. Même quand on n’est pas raccordé au réseau, les principes de sécurité électrique restent les mêmes : protections, sectionnement, qualité des connexions, et limitation des risques d’incendie.

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Le réemploi ne remplace pas la filière : il la complète, quand il est maîtrisé. Crédit : russavia.

Ce que cette histoire dit de la transition énergétique, en 2026

On pourrait réduire cette aventure à une curiosité. Pourtant, elle raconte beaucoup de notre époque. D’abord, l’obsession d’autonomie grandit, portée par la hausse des coûts, les incertitudes, et la volonté de reprendre la main sur sa consommation. Ensuite, le réemploi sort du discours pour entrer dans le concret, parfois de façon brute.

Mais cette histoire montre aussi une limite : l’innovation “du garage” fascine, tout en exigeant une rigueur extrême. Réutiliser des batteries d’ordinateurs portables, c’est accepter de manipuler un matériau énergétiquement dense, instable si mal géré, et qui n’a pas été conçu pour des usages stationnaires à long terme.

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Au fond, le plus intéressant n’est peut-être pas le nombre de batteries, qu’elles soient 650 ou “plus de 1 000” selon les récits. Ce qui marque, c’est la question posée à tout le monde : combien d’objets jetons-nous alors qu’ils contiennent encore de la valeur, et comment éviter que cette valeur se transforme en danger ?

Une idée puissante, une prudence indispensable

L’histoire de cette maison alimentée par des batteries d’ordinateurs portables est une vitrine parfaite de notre paradoxe. D’un côté, elle révèle un potentiel réel : celui du réemploi, de la sobriété, et de l’intelligence technique appliquée à la débrouille. De l’autre, elle rappelle que l’électricité ne tolère pas l’improvisation, et que le lithium-ion, encore moins.

Oui, cette aventure peut inspirer. Mais elle doit surtout pousser à deux réflexes : prolonger la vie des objets quand c’est possible, et remettre dans les filières de collecte tout ce qui ne l’est pas. La transition énergétique se jouera avec des panneaux et des batteries neuves, mais aussi avec des usages mieux pensés, une réparation plus simple, et un réemploi sécurisé, notamment en évitant les produits interdits et dangereux sans précaution.

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