Un utilisateur de ChatGPT a généré des milliers de fois la même fanfiction érotique très étrange

Il y a des habitudes numériques qu’on n’imagine même pas possibles. Générer une fois une histoire avec une IA, tout le monde connaît. Mais générer la même fanfiction érotique, avec les mêmes personnages, des milliers de fois, pendant des mois ? C’est exactement ce qu’un utilisateur anonyme de ChatGPT a fait, et des chercheurs viennent tout juste de le découvrir.
Une étude sur 500 000 conversations qui devait juste analyser la fiction générée par IA
Tout part d’un rapport publié sur arXiv le 23 juin 2026, une plateforme scientifique en libre accès où les chercheurs déposent leurs travaux avant publication officielle. Des scientifiques affiliés à l’Université de Washington y ont détaillé une enquête baptisée AI Fiction in the Wild, littéralement « la fiction IA en liberté ».
Leur méthode : éplucher le dataset WildChat, une base de données regroupant plus d’un demi-million de conversations réelles et anonymisées entre des utilisateurs et ChatGPT. L’objectif de départ était plutôt académique, comprendre comment les gens utilisent l’IA pour écrire des histoires.
Résultat : 34% de toutes ces conversations concernaient de la création fictionnelle, romans, jeux de rôle ou usages détournés de l’agenda numérique transformés en récits. Un chiffre qui a de quoi surprendre, mais ce n’est rien comparé à ce qui allait suivre.
Car en creusant les données, l’équipe a repéré une anomalie statistique impossible à ignorer. Un déséquilibre si flagrant qu’il a fini par devenir le vrai sujet de l’étude, bien plus que la tendance générale.
Un seul utilisateur derrière des milliers d’histoires sur le même personnage
Le chiffre qui claque : 80% de tout ce contenu fictif généré provient de seulement 2% des utilisateurs. Une minorité hyperactive qui produit l’écrasante majorité des histoires. Et parmi cette poignée de super-utilisateurs, un seul individu se distingue de manière quasi obsessionnelle.
Cette personne a généré des milliers de variations autour d’un unique scénario : Natsuki, personnage du jeu vidéo Doki Doki Literature Club!, tombe enceinte et donne naissance à une fille prénommée Sakura. Les chercheurs précisent d’ailleurs que ce prénom pourrait faire référence à un personnage du manga Naruto, comme un clin d’œil embarqué dans ce fantasme répété à l’infini.
Ce type de production, la fanfiction, consiste à réutiliser des personnages existants dans de nouveaux récits. Elle représente 49% de toutes les fictions générées sur ChatGPT, et 27% de ces histoires sont à caractère érotique. Les licences les plus sollicitées ? Doki Doki Literature Club!, mais aussi League of Legends et Naruto. Rien de tout cela n’est nouveau en soi, sauf que l’échelle d’usage intensif de l’IA révélée ici dépasse largement ce que les chercheurs anticipaient.

Pourquoi ce comportement ressemble à une consommation compulsive
Pour comprendre l’ampleur du phénomène, les chercheurs ont établi deux profils d’utilisateurs de fiction IA. D’un côté, les « créateurs d’histoires en boucle », qui itèrent une même histoire quelque temps avant de passer à autre chose. De l’autre, les « demandeurs d’histoires infinies », qui redemandent inlassablement la même trame, ou presque, sur des semaines voire des mois entiers.
Notre utilisateur mystère appartient clairement à la seconde catégorie. Et selon les chercheurs, ce comportement de génération en boucle, uniquement destiné à satisfaire un désir instantané et répété, présente une structure très proche de la consommation de contenu pornographique classique. Autrement dit : moins une démarche créative qu’une compulsion.
Ce qui rend l’affaire encore plus déroutante, c’est le choix du support. Doki Doki Literature Club! n’est pas un jeu anodin. Ce visual novel démarre comme une romance scolaire japonaise sobre, avant de basculer brutalement vers quelque chose de bien plus sombre et psychologiquement dérangeant.
Imaginez une œuvre qui commence tranquille façon Le Petit Nicolas et finit dans l’ambiance glaçante d’Euphoria. Générer une naissance heureuse dans cet univers-là a quelque chose d’assez surréaliste, presque grinçant, à l’image d’autres dérives numériques déjà observées, comme ces conversations troublantes avec des chatbots qui ont mal tourné ailleurs.
Reste une question sans réponse : qui est cette personne, et pourquoi ce scénario précis, encore et encore ? Les chercheurs n’ont pas de nom, seulement des chiffres et une hypothèse. Ce qui est certain, c’est que ChatGPT n’a jamais dit non.
Cette histoire en dit peut-être plus long sur nos usages solitaires de l’IA que sur un simple bug statistique. Et vous, à quoi ressemblerait votre propre historique de conversations si quelqu’un l’analysait demain ?