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En 2000, 25 millions de Français utilisaient encore le Minitel : l’histoire du boîtier beige qui a devancé Internet

Publié par Mathieu le 30 Sep 2026 à 8:28

Il trônait dans l’entrée, sur un bureau ou à côté du téléphone. Un boîtier beige, un petit écran, un clavier qui semblait sorti d’un film de science-fiction. Chez vous, chez vos parents ou chez vos grands-parents, vous avez forcément croisé un Minitel.

Ce que vous ignorez peut-être, c’est que ce drôle d’appareil a failli être tué dans l’œuf. Qu’il a inventé, bien avant l’heure, une forme de réseau social. Et qu’il a lancé la carrière d’entrepreneurs devenus célèbres.

Retour sur l’histoire d’un objet que la France a adopté à une vitesse folle.

Saint-Malo, juillet 1980 : 55 utilisateurs et une ambition démesurée

Tout commence discrètement. En juillet 1980, à Saint-Malo, les 55 premiers utilisateurs de l’annuaire électronique reçoivent leur terminal. Vingt entreprises, trente-cinq particuliers. Pas de grande cérémonie, pas de foule.

Pourtant, derrière cette expérience minuscule, le projet voit très grand. Il prévoit rien de moins que de fabriquer 30 millions de Minitels. Trente millions, pour un pays qui compte alors bien moins d’habitants.

Minitel beige posé sur un meuble, écran allumé

Le mot « Minitel » vient de « Médium interactif par numérisation d’information téléphonique ». Derrière ce nom un peu pompeux se cache une idée simple : brancher un petit terminal sur la ligne téléphonique pour accéder à toutes sortes de services. Le tout, des années avant que le grand public n’entende parler d’Internet.

Mais l’aventure a bien failli s’arrêter là.

Le président qui a levé le pied sur le frein

Car le Minitel a eu un ennemi inattendu : la presse. À l’époque, les journaux voient dans cette technologie un concurrent redoutable, un futur rival pour leurs annonces et leurs lecteurs. Le lobbying est intense.

Sous cette pression, Valéry Giscard d’Estaing se ravise. Plutôt que de lancer le déploiement massif, il préfère passer par des expérimentations. Le rêve des 30 millions de terminaux se retrouve soudain sur la touche.

Et pourtant, le projet repart. Les PTT prennent une décision qui va tout changer : distribuer gratuitement les terminaux de base. Plus besoin de sortir le portefeuille pour entrer dans l’ère numérique. Le boîtier arrive chez vous, il n’y a plus qu’à le brancher.

Mais à quoi servait-il, exactement, une fois installé sur la table du salon ?

Annuaires, trains, banques : le quotidien passe par le petit écran

Les services qui fonctionnent le mieux sont très concrets. L’annuaire, d’abord, gratuit, qui remplace les gros bottins papier. Puis la presse, la vente par correspondance, la SNCF pour consulter ses trains, les banques pour suivre son compte.

Le Minitel ne se contente pas d’être pratique. Il est aussi, selon la source consultée, le premier service au monde à donner accès à des services variés qui préfigurent ceux du futur Internet. Réserver, s’informer, acheter, consulter : tout ce que vous faites aujourd’hui sur votre téléphone, des Français le faisaient déjà sur un écran monochrome.

Il repose sur le réseau français Transpac, une infrastructure qui préfigure elle-même celle d’Internet. Autrement dit, la France avait posé une partie des fondations avant tout le monde.

Mais le vrai tournant est venu d’un endroit auquel personne ne pensait : la conversation.

Le jour où le Minitel a inventé les réseaux sociaux avant l’heure

À Strasbourg, les Dernières Nouvelles d’Alsace lancent un service de messagerie. Une idée toute simple : permettre aux gens de discuter entre eux, en direct, par écrans interposés.

Le succès est fulgurant. Très vite, cette messagerie représente jusqu’à 85 % du trafic du service. Vous avez bien lu : l’essentiel de ce que les gens font sur le Minitel, c’est parler à d’autres gens.

Homme consultant son Minitel à côté d'un téléphone à cadran

En 1990, les messageries pèsent 50 % des appels. Un phénomène de société, bien avant les forums, les chats ou les applications de discussion. On y rencontre du monde, on y bavarde, on s’y invente parfois un pseudonyme. Une mention sobre suffit sur les usages les plus chauds de ces messageries : elles ont fait tourner le compteur, c’est un fait.

Et ce n’est pas le plus surprenant. Car ces messageries ont aussi fait émerger de jeunes entrepreneurs, dont un certain Xavier Niel. Le futur patron de Free a fait ses armes dans cet univers, preuve que le Minitel n’était pas qu’un gadget mais une vraie école de business.

2000 : le pic que personne n’avait vu venir

Vous pensiez que le Minitel avait disparu dès l’arrivée d’Internet ? Détrompez-vous. En 2000, il est encore utilisé par près de 25 millions de personnes, avec près de 9 millions de terminaux en circulation.

Neuf millions de boîtiers beiges, dans un pays où Internet commence tout juste à pointer le bout de son nez. Le Minitel a longtemps cohabité avec le web, et même longtemps résisté.

C’est ce qui rend son histoire si particulière. Il ne s’est pas effondré du jour au lendemain. Il a vécu sa vie, tranquillement, dans des millions de foyers, pendant que le monde entier basculait vers autre chose.

Alors, quand est-ce que la fin est arrivée ?

30 juin 2012 : le jour où l’écran s’éteint

Le signe avant-coureur, c’est l’annuaire 3611, le service le plus utilisé du Minitel. Il devait disparaître en mars 2009. Mais sa mort est reportée : difficile de tirer un trait sur un service que tant de gens utilisent encore.

Puis vient le moment inévitable. Faute d’usages face à Internet, la fin du Minitel est programmée. Et le service s’éteint le 30 juin 2012, après plus de trente ans de bons et loyaux services.

Trente ans, c’est long pour une technologie. Assez pour qu’une génération entière l’ait connue comme un compagnon du quotidien.

Alors la prochaine fois que vous verrez un vieux boîtier beige au fond d’un grenier ou dans une brocante, souvenez-vous : la France avait un réseau en ligne des décennies avant tout le monde. Et si l’histoire de ce drôle d’appareil vous a donné envie d’en savoir plus, vous pouvez aussi découvrir ce que ce boîtier a coûté à la France, ou encore comment le Futuroscope a surpris ses premiers visiteurs en 1987.

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