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1 800 : le nombre de satellites qu’un seul homme contrôle au-dessus de ta tête

Publié par Elsa Fanjul le 26 Juin 2026 à 8:01

Tu lèves les yeux au ciel, tu vois des étoiles. Mais une bonne partie de ces points lumineux ne sont pas des étoiles. Ce sont des satellites — et la majorité appartiennent à une seule personne. Un chiffre résume à lui seul l’ampleur du phénomène : plus de 7 000 satellites Starlink orbitent actuellement autour de la Terre, tous opérés par SpaceX, l’entreprise d’Elon Musk.

Pour mettre les choses en perspective, la France possède environ 80 satellites actifs. La Chine, deuxième puissance spatiale, en aligne autour de 900. Un entrepreneur privé a donc mis en orbite huit fois plus de satellites que le gouvernement chinois. Et ce n’est que le début du plan.

Personne observant des satellites Starlink dans le ciel nocturne

Un chiffre que même les agences spatiales n’avaient pas vu venir

En 2019, Starlink comptait à peine 60 satellites. En six ans, le chiffre a été multiplié par plus de 100. Aujourd’hui, la constellation représente à elle seule plus de 60 % de tous les satellites actifs en orbite terrestre. Sur les quelque 11 500 satellites opérationnels recensés par l’ESA, près de deux sur trois portent le logo SpaceX.

Le rythme des lancements est tout aussi vertigineux. SpaceX envoie en moyenne un lot de 20 à 60 satellites chaque semaine, parfois deux lots la même semaine. En 2024, l’entreprise a réalisé plus de 90 lancements orbitaux — davantage que la Chine, la Russie, l’Europe et l’Inde réunies.

L’objectif déclaré de Musk ? Atteindre 42 000 satellites Starlink en orbite d’ici la fin de la décennie. Si ce plan aboutit, un seul réseau privé compterait quatre fois plus de satellites que tout ce que l’humanité a envoyé dans l’espace depuis Spoutnik en 1957. Mais cette domination a un coût que personne n’avait anticipé.

Fusée Falcon 9 déployant des satellites Starlink en orbite

Le ciel étoilé que tes petits-enfants ne verront peut-être jamais

Les astronomes tirent la sonnette d’alarme depuis 2020. Les satellites Starlink, placés en orbite basse entre 340 et 550 km d’altitude, réfléchissent la lumière du Soleil. Résultat : ils apparaissent comme des traînées lumineuses sur les images des télescopes, rendant certaines observations scientifiques pratiquement impossibles.

Une étude publiée dans Nature Astronomy en 2023 a montré que jusqu’à 30 % des images prises au crépuscule par les grands télescopes sont désormais polluées par des traces de satellites. L’Observatoire Vera Rubin, un projet à 700 millions de dollars au Chili, a dû reprogrammer des milliers d’observations pour éviter les passages de Starlink.

Et il ne s’agit pas seulement de science. Dans les zones rurales sans pollution lumineuse, les chaînes de satellites sont visibles à l’œil nu pendant les heures qui suivent le coucher du soleil. Ce spectacle de « trains lumineux » a d’abord fasciné les curieux, avant d’inquiéter ceux qui comprennent qu’il ne fera que s’intensifier.

Avec 42 000 satellites prévus, certains modèles estiment qu’il y aura en permanence plusieurs centaines de satellites visibles au-dessus de n’importe quel point du globe. Le ciel nocturne, inchangé depuis des millénaires, est en train de se transformer en panneau publicitaire orbital. Mais un autre problème, bien plus concret, se profile déjà.

7 000 satellites, et un jour ils retomberont tous

Un satellite Starlink a une durée de vie d’environ cinq ans. Ensuite, il est volontairement désorbité et brûle en rentrant dans l’atmosphère. SpaceX présente cela comme une gestion responsable des débris. Sauf qu’à ce rythme, des centaines de satellites se désintègrent chaque année au-dessus de nos têtes.

Des chercheurs de l’Université de Colombie-Britannique ont publié en 2024 une étude montrant que la combustion de ces satellites libère des particules d’aluminium dans la haute atmosphère. En quantité encore faible aujourd’hui, mais potentiellement massive si le rythme des constellations s’accélère. L’impact sur la couche d’ozone reste un sujet d’étude, et personne ne dispose encore de réponse définitive.

Il y a aussi le risque de collision. Plus il y a de satellites en orbite basse, plus la probabilité d’un accident augmente. En 2023, l’Agence spatiale européenne a dû réaliser des manœuvres d’évitement pour plusieurs de ses satellites à cause de Starlink. Le scénario cauchemar porte un nom : le syndrome de Kessler, une réaction en chaîne de collisions qui rendrait certaines orbites inutilisables pendant des décennies.

Et SpaceX n’est pas seul dans la course. Amazon prépare sa propre constellation de 3 236 satellites avec le projet Kuiper. OneWeb en aligne déjà plusieurs centaines. La Chine développe sa méga-constellation Guowang avec 13 000 unités prévues. Les investissements technologiques dans ce domaine explosent. L’orbite basse commence à ressembler à un embouteillage.

Pourquoi personne ne peut vraiment l’arrêter

Le droit spatial international date de 1967, à une époque où lancer un satellite coûtait des centaines de millions de dollars. Aujourd’hui, SpaceX a fait chuter ce coût à moins de 1 500 dollars par kilogramme grâce à ses fusées réutilisables. Aucun traité ne limite le nombre de satellites qu’une entreprise privée peut envoyer.

L’Union internationale des télécommunications attribue les fréquences, mais ne régule pas les orbites. La Federal Aviation Administration américaine autorise les lancements. Et comme SpaceX est une entreprise américaine, les règles européennes ou chinoises ne s’appliquent pas. Le ciel est, juridiquement, un bien commun que personne ne gouverne vraiment.

Pendant ce temps, Starlink génère des revenus estimés à plus de 6 milliards de dollars par an. Le réseau fournit Internet à des zones reculées dans plus de 75 pays, des villages africains aux navires en pleine mer. C’est un service réel, utilisé par des millions de personnes — ce qui rend toute opposition politique délicate.

Le chiffre qui résume tout

Depuis le lancement de Spoutnik en 1957 jusqu’en 2018, l’humanité entière — gouvernements, armées, entreprises — avait envoyé environ 8 000 objets en orbite en 61 ans. SpaceX a dépassé ce total à lui seul en moins de cinq ans. Un record vertigineux qui dit beaucoup sur l’époque.

À chaque fois que tu regardes le ciel nocturne, statistiquement, au moins un satellite Starlink passe au-dessus de toi toutes les 15 secondes. C’est un fait qui aurait relevé de la science-fiction il y a dix ans. Aujourd’hui, c’est juste mardi soir.

Le plus fou dans cette histoire ? L’homme qui contrôle tout ça poste des mèmes sur X entre deux lancements. Et les internautes continuent de débattre de ses tweets pendant que ses satellites redessinent silencieusement la carte du ciel. 🚀

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