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Romanée-Conti 1945 : une bouteille vendue 812 500 dollars pulvérise tous les records

Publié par Gabrielle Nourry le 08 Avr 2026 à 10:35

Le 28 mars 2026, une seule bouteille de vin a changé de mains pour 812 500 dollars — soit environ 705 000 euros. Plus cher qu’un appartement parisien de taille moyenne. Le flacon en question ? Un Romanée-Conti millésime 1945, issu du domaine bourguignon le plus mythique de la planète. Et derrière ce chiffre vertigineux, il y a une histoire digne d’un roman.

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Un millésime né dans l’euphorie de la Libération

Bouteille de Romanée-Conti 1945 sous lumière dorée

1945. La guerre vient de s’achever. Et le ciel de Bourgogne, comme pour célébrer la paix retrouvée, offre un été chaud et sec, rare pour l’époque. Le pinot noir mûrit lentement, pleinement, donnant naissance à des vins au potentiel de garde absolument exceptionnel.

Mais ce millésime est doublement symbolique pour le domaine de la Romanée-Conti. Sur la parcelle reine — celle qui donne son nom au domaine —, les vignes sont arrachées juste après les vendanges. Ces ceps dataient du XIXe siècle et avaient miraculeusement survécu au phylloxéra, le fléau qui avait ravagé le vignoble français. Résultat : seulement 600 bouteilles produites. Six cents flacons, pas un de plus, pour ce qui est considéré comme l’un des plus grands vins jamais élaborés.

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Autant dire que chaque bouteille encore en circulation est un trésor. Et les collectionneurs du monde entier le savent très bien.

De 558 000 à 812 500 dollars : la folle escalade

Ce n’est pas la première fois qu’un Romanée-Conti 1945 affole les compteurs. En 2018, une bouteille identique avait déjà battu le record mondial chez Sotheby’s à New York, adjugée 558 000 dollars. Elle détrônait alors un Château Lafite Rothschild de 1869, vendu 233 000 dollars.

Des chiffres qui donnent le tournis. Mais ils paraissent presque modestes face au nouveau record. La vente du 28 mars, orchestrée par la maison Acker Merrall & Condit, spécialiste des grands crus, a propulsé la bouteille à 812 500 dollars. Soit une hausse de 45 % par rapport au précédent sommet. Pour donner un ordre d’idée, le prix médian d’un appartement de surface médiane à Paris est inférieur à cette somme, selon les données des notaires.

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Dans un tout autre registre, les enchères record ne concernent pas que le vin : au Japon, un simple thon a récemment atteint des montants délirants.

La Paulée : le Woodstock des amoureux de Bourgogne

Salle de vente aux enchères animée à New York

Cette vente historique ne s’est pas déroulée dans n’importe quel cadre. Elle a eu lieu lors de « La Paulée », le plus grand rassemblement mondial dédié aux vins de Bourgogne. Un événement qui attire chaque année à New York des collectionneurs venus des quatre coins du globe, prêts à sortir le carnet de chèques.

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Au total, 7 675 bouteilles ont été mises aux enchères ce jour-là, pour un montant global estimé à 25 millions de dollars par Acker. Si la « DRC » (comme les initiés surnomment le domaine de la Romanée-Conti) truste les premières places avec ses crus comme La Tâche, d’autres noms prestigieux se sont distingués : Coche-Dury, Duroché ou encore Auvenay.

« L’énergie qui régnait à La Paulée a attiré de nombreux producteurs et collectionneurs de renom, créant les conditions idéales pour un résultat véritablement historique », a déclaré John Kapon, président d’Acker. Avant d’ajouter, avec une pointe d’émotion : « J’ai eu le privilège de déguster le Romanée-Conti 1945 à trois reprises dans ma vie. Il reste à ce jour le plus grand vin que j’aie jamais goûté. »

L’acheteur ? Un passionné, pas un spéculateur

Qui peut bien débourser plus de 700 000 euros pour une seule bouteille ? L’acquéreur n’est pas français, mais selon Angélique de Lencquesaing, cofondatrice et directrice générale d’iDealwine (premier site d’enchères de vin en ligne), il s’agit d’un vrai connaisseur.

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« C’est un réel amateur et un vrai passionné, en tout cas c’est un profil de buveur plutôt qu’un spéculateur », révèle-t-elle. La nuance est importante : dans le monde des grands crus, certains achètent pour la cave, d’autres pour le portefeuille. Ici, on parle de quelqu’un qui pourrait, un jour, ouvrir cette bouteille pour la boire.

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L’experte analyse plus largement le marché : « Les cours se sont stabilisés sur les lots les plus recherchés, y compris en Bourgogne. Mais cela traduit une chose : les passionnés et les collectionneurs restent toujours à l’affût de lots rares. » Elle observe par ailleurs que « de plus en plus de pays s’intéressent au vin », citant des marchés émergents comme l’Inde ou le Brésil. Un engouement mondial qui pourrait pousser les prix encore plus haut à l’avenir.

D’ailleurs, les records aux enchères ne se limitent pas au vin. Récemment, une vache s’est vendue 4 millions de dollars, prouvant que la passion des collectionneurs n’a décidément aucune limite.

Un motif de fierté dans un vignoble français en crise

Collectionneur passionné dégustant un grand cru de Bourgogne
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Ce record tombe à un moment paradoxal pour le vin français. Le secteur traverse une crise profonde : surproduction dans certaines régions, arrachages massifs, difficultés économiques pour de nombreux vignerons. À Bordeaux, de nouveaux acteurs tentent de réinventer le modèle, tandis que d’autres peinent à joindre les deux bouts.

Dans ce contexte, voir une bouteille française s’envoler à ce prix est « un motif de fierté », estime Angélique de Lencquesaing. La Romanée-Conti rappelle au monde entier que la France produit des vins capables de transcender les époques — et les budgets.

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Le domaine, propriété des familles De Villaine et Leroy, est basé à Vosne-Romanée, en Côte-d’Or. Il s’étend sur une vingtaine d’hectares répartis sur plusieurs parcelles de grands crus bourguignons. La plus célèbre, celle de la Romanée-Conti, fait moins de 2 hectares. C’est minuscule. Et c’est précisément cette rareté qui alimente le mythe.

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Dans le même esprit, un rhum agricole français de 1940 a lui aussi récemment atteint des sommets, preuve que les spiritueux hexagonaux d’exception ont la cote.

812 500 dollars pour une bouteille : folie ou logique ?

On peut légitimement se poser la question. Qui, de sensé, mettrait le prix d’un bien immobilier dans 75 centilitres de liquide ? Mais dans l’univers des grands crus, la logique est différente. On n’achète pas seulement du vin : on achète une date, une histoire, un terroir, une émotion. Le Romanée-Conti 1945 incarne tout cela à la fois.

Seulement 600 bouteilles produites. Des vignes arrachées dans la foulée. Un millésime marqué par la fin de la Seconde Guerre mondiale. Et un goût que les rares dégustateurs décrivent comme inoubliable. À ce stade, on ne parle plus vraiment de vin. On parle d’un objet de légende.

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Pour les amateurs plus raisonnables, pas de panique : il existe d’excellentes références accessibles en foire aux vins. Pas besoin d’hypothéquer sa maison pour se faire plaisir. Mais avouez que l’histoire de cette bouteille, elle, n’a pas de prix.

Pour ceux qui s’intéressent aux ventes aux enchères de prestige, que ce soit des voitures de luxe ou des flacons mythiques, le marché n’a visiblement pas fini de nous surprendre. Et si vous cherchez un placement original pour 2026, le vin de collection pourrait bien mériter un coup d’œil.

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