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Un rhum agricole français de 1940 devient le plus cher jamais mis en vente

Publié par Killian Ravon le 09 Fév 2026 à 19:00

Le rhum agricole 1940 mis en vente par Longueteau n’est pas seulement un spiritueux rare ou une boisson alcoolisée d’exception. C’est un objet d’art total. Dans un seul flacon, la maison guadeloupéenne réunit un liquide distillé pendant la Seconde Guerre mondiale. Une bouteille en pâte de verre fabriquée à la main et une parure d’or et de diamants cultivés en laboratoire. Affiché à 130 000 euros, l’ensemble revendique une place claire : celle du luxe français, version outre-mer.

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Image d’illustration d’un flacon de rhum d’exception en verre, rempli d’un rhum ambré, posé sur un comptoir de bar avec éclairage tamisé.
Image d’illustration : un flacon de rhum haut de gamme mis en scène dans un décor de bar chic, au milieu de lumières chaleureuses.

Longueteau, qui célèbre ses 130 ans, assume d’ailleurs l’idée d’une pièce-symbole autant que d’un produit à vendre. Si un acheteur se présente, tant mieux. Sinon, l’objet rejoindra un showroom et deviendra une vitrine durable du savoir-faire de la maison.

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Les paysages de canne rappellent l’ancrage agricole des distilleries guadeloupéennes. Crédit : Nico&Co.
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Une bouteille-record qui raconte surtout une montée en gamme

À première vue, la somme fait tourner les têtes. Pourtant, le cœur du récit n’est pas seulement le prix, mais ce qu’il signale : la transformation du rhum agricole en produit de collection, capable de jouer dans la même cour que certains whiskies, champagne ou cognacs d’exception.

Cette “bouteille la plus chère” a aussi un effet de contraste, car elle arrive après d’autres tentatives de prestige sur le marché des rhums anciens. Ces dernières années, plusieurs maisons antillaises ont cherché à créer des éditions ultra-limitées, souvent avec des collaborations artisanales ou joaillières. Longueteau pousse ici le curseur plus loin, en assumant une pièce unique et un discours très “luxe”.

Derrière l’opération, on retrouve un mécanisme classique du haut de gamme : on ne vend pas seulement un liquide, on vend une histoire, un geste et un héritage. Le prix devient alors moins une simple addition qu’un marqueur de rareté, de temps long et de fabrication manuelle.

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La canne à sucre fraîche, matière première du rhum agricole, au bord d’une route de Marie-Galante. Crédit : Camille Gévaudan.

D’où vient ce rhum agricole 1940 ?

Le point de départ, lui, est très concret. Longueteau explique que le rhum au centre du projet a été distillé en 1940, puis vieilli quinze ans en fûts, avant d’être transféré en bouteilles cachetées à la cire pour stopper l’évolution liée au vieillissement et limiter la “part des anges”.

Cette chronologie compte, parce qu’elle situe le rhum dans une autre époque technique. Les méthodes et les appareils de distillation ont évolué depuis, et un distillat de 1940 devient mécaniquement un témoin de pratiques aujourd’hui disparues. Cela ne garantit pas qu’il soit “meilleur” par magie, mais cela le rend incomparable, donc désirable aux yeux d’un collectionneur.

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Autre élément important : l’identité de la maison. Longueteau revendique une distillerie familiale fondée en 1895, en Guadeloupe, avec une continuité de générations et une production centrée sur le rhum agricole. Cette narration, très patrimoniale, colle parfaitement à l’idée d’un millésime ancien remis en lumière pour un anniversaire symbolique.

Le rhum guadeloupéen s’est imposé dans l’imaginaire, entre terroir et art de vivre. Crédit : Gauthier Geoffroy.

Longueteau : une maison familiale qui met le terroir au centre

Dans l’univers du rhum agricole, la notion de “terroir” est devenue un argument majeur. Ici, on parle d’un rhum issu du jus de canne, distillé après fermentation, avec une attention particulière portée aux parcelles, aux variétés de canne et aux conditions de culture.

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Sur son site, la distillerie insiste sur la transmission familiale et sur la longévité de la maison, fondée à la fin du XIXe siècle. L’histoire mise en avant évoque aussi le domaine et les figures fondatrices associées à la création de l’activité rhumière.

Ce positionnement “artisan + patrimoine” a une conséquence directe : plus la marque est identifiée comme sérieuse et cohérente, plus une pièce unique est crédible. Sans cette base, un flacon serti de diamants pourrait vite ressembler à un simple exercice de style.

La pâte de verre, technique exigeante, évoque le lien entre artisanat d’art et objet de luxe. Crédit : Andre Carrotflower.
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Un flacon en pâte de verre : la rareté par la difficulté

Le projet ne s’est pas contenté d’un bel habillage. La bouteille a été réalisée en pâte de verre, une technique exigeante, et présentée comme une pièce unique en raison de sa complexité.

Ce choix n’est pas anodin. La pâte de verre donne un rendu particulier, souvent plus texturé, avec des effets d’opacité et de matière. Contrairement à une bouteille standard soufflée en série, on est ici sur un objet où la main, le temps et l’essai-erreur deviennent partie intégrante de la valeur.

Dans ce type de création, la difficulté technique fait presque office de certificat d’authenticité. Si la pièce est compliquée à produire, elle devient difficile à reproduire. Et si elle est difficile à reproduire, elle devient “collectionnable” par nature.

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Quand la joaillerie entre dans l’histoire : 113 g d’or, 34 carats

Autour du flacon, Longueteau s’est associé à la maison ODACE, qui met en avant une joaillerie fabriquée en France, avec de l’or et des diamants cultivés en laboratoire. Sur ce projet, la parure serait composée de 113 grammes d’or et de 34 carats de diamants.

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Le choix du diamant de laboratoire n’est pas un détail de communication. D’un côté, il permet d’afficher une traçabilité plus simple que celle de certaines filières minières. De l’autre, il s’inscrit dans une tendance plus large : l’acceptation progressive du diamant de synthèse dans une partie de la joaillerie contemporaine, y compris sur des segments premium.

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Pour ODACE, l’argument est clair : “zéro mine, zéro extraction”, avec une démarche revendiquée comme plus responsable. Ce positionnement colle à l’époque, tout en conservant l’apparence et l’éclat attendus d’un bijou de luxe.

Un rappel utile : la Guadeloupe est une région française, et ses rhums participent au patrimoine national. Crédit : TUBS.

À qui s’adresse vraiment une telle pièce ?

La question revient immédiatement : qui achète un rhum à 130 000 euros, surtout quand il n’est pas destiné à être ouvert pour une dégustation “normale” ?

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Le public visé ressemble davantage à celui de l’art et du luxe qu’à celui des amateurs de spiritueux du quotidien. Collectionneurs, grands clients, entreprises à la recherche d’une pièce totem pour un lieu, ou passionnés qui veulent savoir quelle région consomme le plus d’alcool avant d’investir. Dans ce cadre, le fait que la bouteille soit unique change tout : on n’achète pas un rhum, on achète le rhum, sans crainte de rater son alcootest puisqu’on le contemple plus qu’on ne le boit.

Longueteau ne cache d’ailleurs pas l’ambivalence : la vente apporterait de la trésorerie, mais l’absence de vente ne serait pas vécue comme un échec. L’objet pourrait alors devenir un marqueur patrimonial interne, presque un héritage transmis.

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Le rhum agricole, longtemps “à côté”, désormais au centre

Il y a encore quelques décennies, le rhum agricole souffrait d’une image plus “locale”, moins installée dans les codes du luxe international. Aujourd’hui, le paysage change : cuvées parcellaires, brut de colonne, millésimes, éditions limitées, storytelling du terroir… autant d’outils déjà utilisés dans le vin, le whisky ou le cognac.

Ce que révèle l’opération Longueteau, c’est l’ambition de replacer les DROM dans le récit global du luxe français. La Guadeloupe n’est plus seulement une carte postale : elle devient aussi un territoire de savoir-faire, capable de créer des objets rares, désirables et exportables.

En filigrane, il y a une forme de réponse à une hiérarchie implicite des spiritueux. Longtemps, certains amateurs ont placé le cognac et le whisky au sommet des “alcools nobles”. Avec ce flacon, Longueteau dit autre chose : la rareté, l’ancienneté et l’exigence peuvent aussi venir du rhum agricole.

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Et pour les amateurs “normaux” : l’anniversaire en version accessible

L’histoire serait frustrante si elle s’arrêtait à un flacon inatteignable. La distillerie a donc accompagné l’opération d’éditions anniversaire plus accessibles, destinées au public habituel des amateurs.

C’est aussi une manière de relier le spectaculaire au quotidien : d’un côté, une pièce muséale qui fait parler. De l’autre, des bouteilles qui entretiennent l’intérêt de la communauté et ramènent au produit, au goût, à la canne, au travail de distillation.

Ce double niveau est typique des marques qui montent en gamme : un sommet très visible pour l’image, et une base solide pour les ventes réelles.

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Un “objet-luxe” qui dépasse le simple rhum

Le rhum agricole 1940 de Longueteau ne deviendra peut-être jamais une bouteille qu’on ouvre un soir entre amis. Son rôle est ailleurs : frapper les esprits, inscrire un savoir-faire guadeloupéen dans les codes du luxe, et rappeler que le rhum agricole peut être une histoire de temps long et de patrimoine.

Au fond, la question n’est pas “est-ce que ça vaut 130 000 euros en bouche ?”, puisque personne ne l’achète pour ça. La vraie question est plutôt : “qu’est-ce que cette bouteille dit de l’époque ?” Elle dit que les frontières du luxe bougent, que les matériaux changent (diamants de labo), et que la Guadeloupe peut revendiquer, elle aussi, des icônes de prestige.

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