À 18 ans, il perd sa Rolex Submariner en mer : 30 ans après, ce cascadeur la cherche toujours

Il y a des histoires d’amour qui durent trente ans sans jamais s’éteindre. Celle de Tom Place avec sa montre en fait partie. Ce cascadeur hollywoodien de 48 ans plonge chaque été dans un lac isolé des Adirondacks, à la recherche d’un objet englouti depuis son adolescence. Ce qu’il cherche exactement, et surtout pourquoi il refuse d’abandonner après tant d’années, vaut le détour.
Une montre de famille tombée dans les eaux troubles de Trout Lake
Tout commence en 1996, sur les rives de Trout Lake, un plan d’eau niché au fond des Adirondacks, dans l’État de New York. Tom Place vient de fêter ses 18 ans. Avec les 3100 dollars économisés, il s’offre une Rolex Submariner Date 16610 chez un bijoutier de Floride, préférant sa robustesse à des modèles moins chers comme une Tudor Submariner ou une GMT-Master II à lunette « Coke ».
Chez les Place, la Rolex est une institution. Le père de Tom, ancien du Vietnam devenu trader à la Bourse du coton, ne quittait jamais sa DateJust, même pour peindre l’abri de jardin ou faire de la plongée. Le jeune Tom suit cette tradition familiale à la lettre.
L’accident survient cet été-là, lors d’une séance de « power jumping » inventée avec son frère sur le hors-bord familial. Un pied glisse sur le pont mouillé, le fermoir de la montre cède, et la Submariner s’abîme dans les eaux profondes du lac sous ses yeux impuissants. Deux heures par jour pendant une semaine, armé d’un aimant industriel de plusieurs kilos, il fouille le fond sans succès. Comme pour ce trésor englouti dans les Caraïbes, l’eau garde ses secrets.
Vingt ans de silence avant de reprendre l’expédition
Après des jours de recherches infructueuses, Tom Place finit par accepter l’inéluctable. Il écrit même à Rolex pour suggérer de renforcer la barrette à ressort responsable de l’accident. La marque lui offre une remise, qu’il utilise pour s’acheter une GMT-Master II. La Submariner reste dans la vase, et Tom Place enchaîne les tournages : Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal, The Dark Knight Rises, Le diable s’habille en Prada 2, ou encore Mr. Robot. Sa filmographie, consultable sur IMDb, est impressionnante pour un homme resté anonyme du grand public.
Tout bascule en 2020. La pandémie met le cinéma à l’arrêt, et Tom Place se retrouve avec six mois de congé forcé devant lui. Il rénove le bateau familial, le fameux Calypso 2000, installe un nouveau moteur et achète un détecteur de métaux sous-marin. Il crée alors le compte Instagram @Expedition16610 pour documenter sa quête auprès de sa famille et de ses voisins, devenus au fil des décennies les témoins fidèles de cette légende locale.
Depuis, il cumule environ 60 heures de plongée au fond du lac. Chaque session dure 45 minutes, avec un balayage méthodique d’environ 2 mètres de rayon autour d’un repère artisanal fabriqué maison. Il a ainsi remonté des canettes des années 1970, des pneus, des hameçons, et même une ligne d’ancre dans laquelle il s’est retrouvé piégé, croyant un instant affronter un monstre marin.

Une quête presque impossible mais jamais abandonnée
Le calcul donne le vertige : chaque plongée ne couvre que 10 m² de fond, quand le lac mesure plus de 10 kilomètres de circonférence. Même après plus de 50 plongées, d’immenses zones restent inexplorées. Une aiguille dans une botte de foin version subaquatique, comme cette découverte mystérieuse enfouie qui a mis des siècles à refaire surface.
Pourtant, Tom Place reste convaincu. « Si je peux trouver un petit morceau d’hameçon rouillé avec le détecteur de métaux, je peux trouver une grosse montre en acier inoxydable », affirme-t-il, certain que sa Submariner repose toujours quelque part sous la vase. Cette conviction rappelle celle des chasseurs de trésors qui, comme sur ce site sous-marin du Finistère, refusent de renoncer face à l’immensité de l’inconnu.
La journaliste américaine qui l’a suivi lors de sa première plongée de l’été raconte une scène presque cinématographique : Tom Place debout sur le fond rocheux, dans un silence total ponctué de bulles régulières, balayant le sol à l’aveugle dans une eau troublée par ses propres bottes. « J’ai ce sentiment d’inachevé. Je dois remettre un jour cette montre à mon poignet », confie-t-il, comme le rapporte le récit complet publié par GQ US.
Une fois l’équipement rangé, Tom Place reprend le volant de son Ineos Grenadier. Et comme à chaque retour, une chanson de U2 retentit dans l’habitacle : I Still Haven’t Found What I’m Looking For. Difficile de trouver plus juste résumé à trente ans de quête.
Trente ans après l’avoir perdue, Tom Place continue de plonger pour une montre qui vaut aujourd’hui bien moins que le temps qu’il lui a consacré. Et si la vraie valeur d’un objet ne se mesurait finalement pas à son prix, mais à l’obstination qu’il inspire ?