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À 103 ans, elle sillonne la France en camping-car alors que les médecins ne lui donnaient plus « qu’une poignée de jours »

Publié par Elsa Fanjul le 05 Sep 2026 à 11:30
Femme âgée souriante devant un camping-car

Le camping-car a longtemps été associé aux retraités actifs qui sillonnent les routes de France l’été venu. Mais l’histoire de Dominique Cavanna dépasse largement ce cliché. Hospitalisée en Seine-Saint-Denis, cette centenaire semblait promise à une fin de vie sans horizon. Ce que sa petite-fille a décidé de faire à la place va bien au-delà d’un simple road-trip.

Une centenaire que les médecins avaient abandonnée

En 2017, Dominique Cavanna fête ses 100 ans dans une chambre d’hôpital de Seine-Saint-Denis. Le diagnostic médical est sans appel : la vieille dame sombre dans ce que les soignants appellent le syndrome du glissement, cet abandon progressif face à la vie que connaissent parfois les personnes très âgées après un choc.

C’est à ce moment que Fiona Lauriol, sa petite-fille, se voit confier sa garde. Le pronostic est glaçant : quelques jours à vivre, pas plus. Une situation qui rappelle à quel point l’espérance de vie en bonne santé reste fragile passé un certain âge.

Pourtant, entre la grand-mère et la petite-fille, le courant ne passe pas vraiment au départ. « Je n’avais aucun lien affectif avec elle, elle était méprisante avec tout le monde », confie Fiona Lauriol à Ouest-France. Une relation compliquée que la jeune femme résume sans détour : « C’était une Tatie Danielle, en pire ! »

Immigrée italienne très sédentaire, Dominique n’avait rien de la voyageuse. Fiona, elle, parcourt le monde depuis l’enfance. Ce contraste de tempéraments va pourtant devenir le point de départ d’une aventure inattendue, à mille lieues des maisons de retraite classiques ou même des navires résidentiels pour seniors qui séduisent de plus en plus de retraités.

Le pari fou d’un camping-car pour fuir l’hôpital

Après des mois d’efforts infructueux pour remettre sa grand-mère sur pied, Fiona Lauriol change de stratégie. Plutôt que d’imposer un cadre médical rigide, elle décide de l’emmener dans son propre univers : celui de la route. Direction un camping-car, avec un premier test grandeur nature de 40 jours.

Le résultat est chaotique. « On a fait un test de 40 jours pendant lesquels tout est parti de travers », raconte-t-elle avec humour. Mais le déclic a lieu dès le lendemain du retour : Dominique réclame de repartir. Elle a pris goût au voyage, littéralement.

De début 2019 à fin 2020, le duo avale les kilomètres à travers l’Espagne, le Portugal et l’Andorre. Un itinéraire digne des plus grands aventuriers, sauf que la passagère principale a passé le siècle d’existence. Cette liberté totale, sans contrainte d’horaires, rappelle celle que recherchent aussi ces couples qui tout quittent après 50 ans pour prendre la route.

« Elle a vécu plein de premières fois, à plus de 100 ans », révèle Fiona Lauriol. Concerts, chemin de Compostelle parcouru en fauteuil roulant, découvertes insolites : la centenaire rattrape en quelques mois tout ce qu’elle n’avait jamais osé faire. Loin de l’immobilité redoutée, son corps semble même retrouver un second souffle, comme si la sédentarité freinait réellement le vieillissement.

Camping-car garé sur une route côtière espagnole

Trois ans de liberté et une fin choisie avec le sourire

Parmi les anecdotes marquantes du périple, une scène résume à elle seule l’esprit d’aventure retrouvé de Dominique Cavanna. « On est tombées sur un homme totalement nu sur une plage espagnole : une grande première pour elle ! », s’amuse encore sa petite-fille, presque incrédule face à ce que cette rencontre a provoqué chez la centenaire, contrainte de découvrir la vie autrement qu’à travers les murs d’un hôpital, un peu comme l’évolution du camping-car depuis les années 70 a transformé la manière de voyager en famille.

Le 8 mars 2020, sous le soleil de Valence, Dominique souffle ses 103 bougies. Une semaine à peine avant que la France ne bascule dans le premier confinement. Le hasard du calendrier n’aura épargné ni cette date symbolique ni les mois de liberté qui allaient suivre.

Alors que Fiona et sa grand-mère planifiaient déjà leur prochain road-trip, Dominique s’est éteinte dans son sommeil. « Elle est morte avec le sourire », souligne sa petite-fille, avec une pudeur qui en dit long sur ces trois années passées ensemble sur les routes d’Europe.

Fiona Lauriol a couché cette histoire dans un ouvrage, 101 ans, mémé part en vadrouille, témoignage rare d’une relation transformée par le voyage. Une trajectoire qui contraste avec le sort de bien des retraités confrontés à des fins de vie plus contraintes, financièrement ou médicalement.

Trois ans de route auront transformé une centenaire condamnée en aventurière rattrapant le temps perdu. L’histoire de Dominique et Fiona rappelle qu’aucun pronostic médical n’a jamais empêché quelqu’un de choisir sa propre fin. Et vous, connaissez-vous un proche capable d’un tel sursaut de vie ?

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