Le colonel de KFC n’a jamais été militaire — et il a fini poursuivi pour avoir insulté sa sauce
Tu connais sa tête par cœur : lunettes, bouc blanc, costume clair, cravate lacet. Sur chaque seau de poulet, il porte le titre de « colonel ». Sauf qu’il n’a jamais commandé le moindre soldat.
Et ce n’est que la moitié du personnage. Son histoire avec sa propre marque a fini devant la justice, à cause d’une histoire de sauce.
Un grade décerné par un gouverneur, pas par l’armée
Harland Sanders naît en 1890 dans une ferme de l’Indiana. Il enchaîne les petits boulots avant de servir son poulet frit dans une station-service de Corbin, dans le Kentucky.
Les clients adorent. Le café devient vite célèbre dans la région, au point d’attirer l’attention du gouverneur de l’État.

En 1935, le gouverneur Ruby Laffoon lui remet le titre de « Kentucky Colonel ». C’est une distinction honorifique, remise pour services rendus à l’État, ici sa contribution à la cuisine locale. Aucun rapport avec un grade militaire.
Sanders est reconnu à nouveau « colonel » en 1950 par un autre gouverneur, Lawrence Wetherby. Ce titre, il va en faire une marque de fabrique.
Mais comment un simple titre de courtoisie s’est-il transformé en visage connu sur toute la planète ? La réponse tient à un costume.
Le déguisement qui a fait fortune
Après cette distinction, Sanders se met à se faire appeler « Colonel ». Il adopte aussi le look du gentleman du vieux Sud : costume blanc, chemise blanche, cravate noire en lacet, moustache et bouc blancs, et une canne.
Autrement dit, il s’est construit lui-même son personnage. Le « colonel » est un costume que l’homme a fini par ne plus quitter.
Il a pourtant tardé à se lancer dans la grande aventure : c’est en 1955, à 65 ans, qu’il fonde officiellement Kentucky Fried Chicken. À l’âge où beaucoup prennent leur retraite, il commence à vendre sa recette à des franchisés.

Le succès est tel qu’il y en a plus de 600 en 1964. Cette année-là, Sanders a 73 ans, et il prend une décision que personne n’attendait.
Il vend tout… sauf son visage
En 1964, il cède la société à un groupe d’investisseurs pour environ 2 millions de dollars. Il reste cependant l’ambassadeur de la marque : son visage continue d’orner les restaurants.
C’est là que ça se gâte. Une fois la société vendue, la recette change : plus rapide à produire, moins chère, plus simple.
Sanders, lui, ne digère pas le virage. Il voit sa cuisine devenir une production de masse, et il ne s’en cache pas.
Sa cible préférée : la sauce. Il aurait goûté la version industrielle et, selon certains récits, jeté du poulet par terre en s’en prenant au gérant. Mais le plus fort reste à venir.
« Cette sauce est horrible » : le procès pour une sauce
En 1978, le colonel accorde une interview au quotidien Courier-Journal. Il y livre une critique cinglante de la sauce, avec ces mots : « My God, that gravy is horrible ». On a aussi retenu sa comparaison avec de la colle à papier peint.
Un franchisé KFC n’apprécie pas et attaque le colonel pour diffamation. Le fondateur de la chaîne se retrouve donc au tribunal à cause de son propre produit.
Le procès n’ira jamais jusqu’au bout. La justice a conclu que Sanders ne parlait pas du restaurant de ce plaignant en particulier, et l’affaire a été abandonnée.
Et la sauce n’est pas la seule bataille. Se pose aussi la question de savoir qui avait le droit d’utiliser son nom et son image, et c’est là que ça devient vraiment tendu.
Le bonus : le colonel contre la marque qui portait son visage
Avec sa femme Claudia, Sanders ouvre dans l’Indiana un restaurant, « The Colonel’s Lady », rebaptisé plus tard Claudia Sanders Dinner House, qui ne fait pas partie de KFC. Il y sert du poulet dans le style de sa marque d’origine.
Heublein, alors propriétaire de KFC, l’attaque en justice. En 1974, Sanders contre-attaque en réclamant 122 millions de dollars, car la firme exploitait son visage pour vendre des produits qu’il n’avait pas créés.
Il meurt en 1980 d’une leucémie, à 90 ans. Son bureau, sa canne et son costume blanc sont conservés dans un petit musée du siège de KFC à Louisville : le colonel, lui, n’a jamais quitté la maison.
Alors la prochaine fois que tu vois le barbu sur un seau, tu sais que « colonel » est un titre de courtoisie et que l’homme s’est battu contre sa marque. Raconte ça à un pote, il ne regardera plus son poulet pareil.
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