Pringles : pourquoi les chips ont cette forme bizarre — et l’homme qui l’a inventée a été enterré dedans
Tu en as forcément mangé. Tu as forcément glissé la main dans le tube en te demandant comment les empiler aussi parfaitement. Mais derrière la forme si particulière des Pringles se cache un chimiste obsessionnel, un brevet mathématique… et une dernière volonté que personne n’aurait pu imaginer.
Une chips née d’un problème que tout le monde connaît
Dans les années 1950, l’industrie des snacks américains avait un gros souci. Les chips classiques — fines, plates, irrégulières — arrivaient en miettes dans les paquets. Les consommateurs ouvraient un sachet gonflé d’air pour découvrir un tas de débris graisseux au fond. Les plaintes s’accumulaient, et personne ne trouvait de solution.

Procter & Gamble, le géant qui fabrique aussi le dentifrice Oral-B et les lessives Ariel, décide alors de s’attaquer au problème. Pas avec un emballage plus solide. Pas avec des chips plus épaisses. Non : en réinventant la forme même de la chips. Pour ça, ils font appel à un chimiste et ingénieur alimentaire nommé Fredric Baur.
Baur n’est pas cuisinier, il est mathématicien de formation. Et c’est précisément pour ça qu’il va changer à jamais la façon dont le monde mange des chips. Son approche n’a rien à voir avec le goût — mais tout avec la géométrie.
La paraboloïde hyperbolique : le mot que personne ne connaît derrière la chips que tout le monde mange
Fredric Baur passe des mois à chercher la forme idéale. Son cahier des charges est simple : chaque chips doit être identique, empilable parfaitement, et résistante à la casse. Il finit par trouver la réponse dans un concept de géométrie avancée : la paraboloïde hyperbolique.

Concrètement, c’est une surface en forme de selle de cheval. Courbée vers le haut dans un sens, vers le bas dans l’autre. Cette double courbure donne à chaque chips une rigidité structurelle impressionnante — bien supérieure à une chips plate. Un peu comme une coquille d’œuf : la forme absorbe la pression au lieu de casser.
Mais le génie de Baur ne s’arrête pas là. Parce que chaque chips a exactement la même forme, elles s’emboîtent les unes dans les autres comme des tuiles. Résultat : on peut les empiler dans un tube cylindrique au lieu d’un sachet. Fini les miettes, fini l’air inutile, fini le gaspillage. Baur dépose le brevet de ce tube en 1970.
La forme est tellement précise qu’elle n’est pas faite à partir de pommes de terre coupées. Les Pringles sont moulées à partir d’une pâte — environ 42 % de pomme de terre déshydratée, mélangée à de l’amidon de blé et de la farine de maïs. Ce détail a d’ailleurs valu à la marque des polémiques sur sa composition, et même un procès en Grande-Bretagne en 2009 pour déterminer si les Pringles étaient vraiment des « chips ». Le tribunal a fini par trancher que oui.
Pourtant, malgré son invention, Baur ne verra jamais le succès commercial de sa création. Il quitte le projet avant le lancement officiel en 1968, laissant à un autre ingénieur, Alexander Liepa, le soin de finaliser la recette et d’obtenir le brevet sur l’assaisonnement. C’est d’ailleurs Liepa qui est souvent crédité comme « l’inventeur des Pringles » — ce qui rend Baur fou de rage pendant des décennies.
Sa dernière volonté : reposer pour l’éternité dans un tube de Pringles
Fredric Baur meurt le 4 mai 2008, à 89 ans, à Cincinnati. Mais avant de partir, il a formulé une demande très précise à ses enfants. Si précise qu’ils ont d’abord cru à une blague.
Il voulait qu’une partie de ses cendres soit enterrée dans un tube de Pringles.
Son fils Larry a raconté la scène à Time Magazine : sur le chemin du funérarium, la famille s’est arrêtée dans un supermarché Walgreens pour acheter un tube. Il y a eu un court débat sur le parfum. Ils ont choisi l’original — le classique, celui que des millions de personnes achètent sans se poser de questions.
Une partie des cendres de Fredric Baur repose donc aujourd’hui dans un tube de Pringles, enterré au cimetière d’Arlington Memorial Gardens, dans l’Ohio. Le reste a été placé dans une urne classique. Mais c’est le tube qui est devenu légendaire.
Le détail en plus que personne ne connaît
Le nom « Pringles » lui-même n’a aucune signification connue. Contrairement à d’autres marques célèbres dont l’origine est documentée, personne chez Procter & Gamble n’a jamais su expliquer officiellement d’où vient le mot. Une théorie veut qu’il ait été inspiré de Mark Pringle, qui avait déposé des brevets liés aux techniques de traitement de la pomme de terre dans les années 1930. Mais l’entreprise n’a jamais confirmé.
Autre chiffre dingue : aujourd’hui, l’usine de Jackson, dans le Tennessee, produit environ 900 chips Pringles par minute sur chaque ligne de production. Chacune passe exactement 11 secondes dans le bain de friture. La précision industrielle imaginée par Baur dans les années 1960 est devenue une machine à générer plus de 2,5 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel pour Kellogg’s, qui a racheté la marque en 2012.
Fredric Baur a passé sa vie à se battre pour qu’on reconnaisse que la forme de la chips était son idée. À défaut d’avoir eu le crédit de son vivant, il a obtenu quelque chose de mieux : comme d’autres inventeurs oubliés, son histoire est devenue plus célèbre que le produit lui-même. La prochaine fois que tu glisses la main dans un tube, tu sauras qu’un mathématicien obsessionnel repose littéralement dans le même emballage.
Maintenant, raconte ça à quelqu’un qui mange des Pringles devant toi. L’effet est garanti.