Fanta a été inventé par les nazis — mais l’histoire vraie est encore plus folle que ça
Tu en as probablement bu des dizaines de canettes dans ta vie. Fanta, c’est l’orange, l’été, les terrasses. Sauf que cette boisson n’a pas été inventée pour te rafraîchir. Elle est née dans l’Allemagne nazie, en pleine Seconde Guerre mondiale, parce que Coca-Cola ne pouvait plus livrer son sirop secret. Et le plus dingue, c’est que la recette originale n’avait strictement rien à voir avec de l’orange.
Quand Coca-Cola perd le contact avec l’Allemagne
En 1939, Coca-Cola est déjà un géant mondial. La marque américaine a ouvert une filiale en Allemagne dès 1929, et les affaires tournent à plein régime. À la fin des années 30, l’Allemagne est même le deuxième plus gros marché de Coca-Cola au monde, avec plus de 40 usines d’embouteillage sur le territoire.

Mais quand la guerre éclate, tout s’effondre. Les États-Unis imposent un embargo commercial contre le régime nazi. Le sirop concentré — l’ingrédient secret fabriqué uniquement à Atlanta — ne traverse plus l’Atlantique. Sans ce sirop, impossible de produire du Coca-Cola. Les usines allemandes se retrouvent avec des machines, des ouvriers, des camions… mais rien à mettre dans les bouteilles.
C’est là qu’entre en scène un homme dont presque personne ne connaît le nom : Max Keith. Et ce qu’il va faire avec des restes de nourriture va donner naissance à l’un des sodas les plus vendus de la planète.
Un soda fabriqué avec des déchets alimentaires
Max Keith dirige Coca-Cola GmbH, la filiale allemande. Il n’est pas nazi, mais il est pragmatique. Son objectif : maintenir l’entreprise en vie jusqu’à la fin de la guerre, quoi qu’il arrive. Pour ça, il a besoin d’un produit à vendre.
Sauf qu’en Allemagne en guerre, les ingrédients alimentaires sont rationnés. Pas question de trouver du sucre de canne, des arômes importés ou des extraits exotiques. Keith fait alors appel à ses chimistes et leur donne une mission simple : fabriquer une boisson avec ce qu’on trouve. Littéralement.

La première recette de Fanta est un mélange de fibres de pomme pressée (les résidus de l’industrie du cidre), de petit-lait (un sous-produit de la fabrication du fromage) et d’eau gazeuse. Pas d’orange. Pas de fruit tropical. Des déchets industriels alimentaires recyclés en soda. Le goût, selon les témoignages de l’époque, n’avait rien de comparable avec le Fanta qu’on connaît aujourd’hui.
Le nom, lui, est né d’un brainstorming express. Keith demande à son équipe de faire preuve de « Fantasie » — imagination, en allemand. Un commercial, Joe Knipp, lance alors : « Fanta ! » Le nom reste. En quelques mois, la boisson se vend dans toute l’Allemagne. Pas parce qu’elle est bonne, mais parce qu’il n’y a quasiment rien d’autre à boire.
Et Fanta ne sert pas qu’à se désaltérer. Comme le sucre est rare, les ménagères allemandes utilisent le soda comme ingrédient de cuisine. Elles s’en servent pour sucrer des soupes, des ragoûts et même des gâteaux. Le Fanta original est autant un substitut alimentaire qu’une boisson.
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Ce que Coca-Cola a fait après la guerre
En 1945, l’Allemagne capitule. Max Keith fait immédiatement quelque chose que personne n’attendait : il remet les clés de l’entreprise, les comptes et tous les bénéfices de guerre à la maison mère américaine. Chaque pfennig gagné grâce à Fanta pendant le conflit est reversé à Atlanta.
Coca-Cola récupère donc une filiale intacte, une marque déjà connue en Europe et un produit qui a fait ses preuves. Le siège américain aurait pu enterrer Fanta et passer à autre chose. Mais les dirigeants flairent le potentiel. Pendant les années 50, le marché européen des sodas explose. La concurrence s’intensifie.
En 1955, Coca-Cola relance officiellement Fanta. Mais cette fois, la recette change du tout au tout. Exit les fibres de pomme et le petit-lait. Place à l’orange, au sucre et aux arômes fruités. La version italienne, fabriquée à Naples avec des oranges locales, devient la référence. C’est ce Fanta-là — lumineux, sucré, orange — qui va conquérir le monde.
Aujourd’hui, Fanta existe en plus de 150 parfums différents selon les pays. Au Japon, il y a du Fanta au raisin, au melon et même au yaourt. En Roumanie, du Fanta à la poire. En Thaïlande, du Fanta vert à la crème soda. Mais le parfum original — celui à base de déchets de pomme — n’a jamais été reproduit. Pour des raisons évidentes.
Le détail que presque personne ne connaît
L’histoire de Fanta embarrasse Coca-Cola depuis des décennies. En 2015, la marque a même dû retirer une publicité allemande qui célébrait « les bons vieux jours » des années 40 et le « bon goût original de Fanta ». Le tollé a été immédiat : on ne célèbre pas une invention née sous le Troisième Reich avec de la nostalgie.
Mais le détail le plus fou, c’est peut-être celui-ci : Max Keith n’a jamais été inquiété. Ni par les Alliés, ni par Coca-Cola. Il est même resté à la tête de la filiale allemande après la guerre et a continué à travailler pour l’entreprise jusqu’à sa retraite. L’homme qui a inventé un des sodas les plus populaires du monde avec des restes de fromage et de pomme n’a jamais touché un centime de royalties.
Coca-Cola, en revanche, vend aujourd’hui Fanta dans plus de 190 pays. Le chiffre d’affaires de la marque est estimé à plusieurs milliards de dollars par an. Tout ça grâce à un soda que personne n’était censé boire plus d’une saison.
La prochaine fois que tu ouvres une canette de Fanta sur une terrasse, tu sauras. Et maintenant, tu peux raconter ça à table — effet garanti.