Amazon a failli s’appeler « Cadabra » — la raison du changement est hilarante
Tu commandes sur Amazon probablement plusieurs fois par mois. Tu connais le logo, la flèche de A à Z, les cartons qui s’empilent dans ton entrée. Mais ce que tu ne sais sans doute pas, c’est que le site le plus visité de la planète a failli porter un nom tellement ridicule qu’il aurait probablement coulé avant même de décoller. Et la raison pour laquelle Jeff Bezos a changé d’avis tient en une seule phrase prononcée par son avocat au téléphone.

Un garage, un rêve et un nom catastrophique

On est en 1994, à Bellevue, dans la banlieue de Seattle. Jeff Bezos vient de quitter un job ultra-confortable à Wall Street — il était vice-président du fonds spéculatif D.E. Shaw, l’un des plus rentables du monde. Il a 30 ans, il gagne une fortune, et il décide de tout plaquer pour vendre des livres sur Internet.
À cette époque, le Web est un truc de geeks. Moins de 3 % des Américains ont accès à Internet. Bezos le sait, mais un chiffre l’obsède : le trafic Web augmente de 2 300 % par an. Il est persuadé que le commerce en ligne va exploser et qu’il faut y être avant tout le monde.
Il s’installe dans son garage — oui, comme Apple, comme Google, comme HP avant lui — et commence à coder un site de vente de livres. Ne reste plus qu’à lui trouver un nom. Et c’est là que ça dérape.

« Cadabra » : quand ton avocat confond ta boîte avec un cadavre
Bezos choisit « Cadabra ». Comme dans « Abracadabra ». L’idée, c’est la magie, l’émerveillement, la surprise quand tu reçois ton colis. Sur le papier, ça se tient. Il dépose même officiellement l’entreprise sous le nom « Cadabra, Inc. » le 5 juillet 1994.
Sauf que quelques jours plus tard, il appelle son avocat, Todd Tarbert, pour discuter des formalités. Au téléphone, Tarbert entend le nom de la boîte et demande : « Cadaver ? » — « cadavre » en anglais. Bezos raccroche et comprend immédiatement le problème. Si son propre avocat confond le nom avec un mot qui évoque la mort, les clients feront pareil.

Le nom est abandonné quasi instantanément. Bezos retourne à sa liste. Et cette liste, elle existe vraiment — elle a été partiellement rendue publique depuis. Parmi les candidats : « Awake.com », « Browse.com », « Bookmall.com », et surtout « Relentless.com » (« implacable » en français). Ce dernier était son favori pendant un moment. D’ailleurs, si tu tapes relentless.com dans ton navigateur aujourd’hui, tu es redirigé vers Amazon. Le domaine est toujours actif, 30 ans plus tard.
Pourquoi « Amazon » — et le détail que personne ne connaît
Bezos finit par ouvrir un dictionnaire. Littéralement. Il commence par la lettre A, parce qu’à l’époque, beaucoup de sites sont classés par ordre alphabétique dans les annuaires Web — le Google de l’époque, c’était Yahoo! et ses listes triées de A à Z. Être en haut de la liste, c’était un avantage concret.
Il tombe sur « Amazon ». Le fleuve Amazone. Le plus grand fleuve du monde en termes de débit. Bezos adore l’image : un flux gigantesque, une force de la nature, quelque chose de colossal. Il veut que sa boutique de livres en ligne devienne la plus grande librairie du monde. Le parallèle est parfait.
Mais il y a un détail supplémentaire que peu de gens connaissent. Bezos a aussi choisi ce nom parce que le mot « Amazon » commence par « A » et se termine visuellement par une forme agressive, percutante. Il voulait un mot « exotique et différent », selon ses propres termes dans une interview donnée en 1997 — à une époque où la boîte ne valait encore que quelques millions.
L’entreprise est officiellement renommée « Amazon.com, Inc. » en 1995. Le site ouvre le 16 juillet de la même année. La première commande ? Un livre intitulé Fluid Concepts and Creative Analogies, commandé par un certain John Wainwright, informaticien. Le bâtiment d’Amazon à Palo Alto porte encore aujourd’hui son nom en hommage.
Le twist bonus : Bezos a failli tout perdre à cause de sa famille
Ce que les gens oublient souvent, c’est que les premiers investisseurs d’Amazon étaient les parents de Bezos. Mike et Jackie Bezos ont investi 245 573 dollars dans la boîte de leur fils en 1995. Jeff leur a dit, texto : « Il y a 70 % de chances que vous perdiez tout votre argent. » Ils ont signé quand même.
Aujourd’hui, cette mise initiale vaudrait environ 30 milliards de dollars. C’est probablement le meilleur investissement familial de l’histoire de l’humanité. Et tout ça a commencé parce qu’un avocat a confondu « Cadabra » avec « cadavre » au téléphone.
Si un jour un homme qui a arrêté l’école peut devenir milliardaire, alors un type qui renomme sa boîte après un quiproquo téléphonique peut devenir l’homme le plus riche du monde. L’entrepreneuriat, c’est aussi une histoire de timing et de coups de fil.
D’ailleurs, si les histoires de noms de marques improbables te fascinent, tu devrais lire celle de Fanta, inventé par les nazis faute de Coca-Cola, ou encore la vraie raison derrière la semelle rouge de Louboutin. Et si tu veux rester dans l’univers tech, les secrets d’un ancien ingénieur Apple retrouvés dans un vieil iPod valent aussi le détour.
Maintenant, la prochaine fois que tu reçois un colis Amazon, tu pourras dire à tout le monde que la boîte a failli s’appeler « Cadavre ». Enfin presque.