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Virée pour avoir travaillé en string, cette femme de ménage obtient 4 000 € aux prud’hommes

Publié par Killian le 24 Mai 2026 à 13:34
Matériel de nettoyage dans une douche de bureau à l'aube

On a tous déjà improvisé une solution bancale au boulot pour éviter une catastrophe vestimentaire. Mais retirer son pantalon pour ne pas le tacher à l’eau de Javel, c’est le genre d’initiative qui peut coûter cher. Sauf que cette fois, c’est l’employeur qui a payé l’addition. La Cour d’appel de Dijon vient de rendre un arrêt qui pourrait bien marquer le droit du travail français.

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Ce matin-là, dans les locaux d’une entreprise bourguignonne, une agent de propreté s’affaire à nettoyer des douches. Seule dans les lieux — du moins, c’est ce qu’elle croit. En manipulant de l’eau de Javel, elle décide de retirer son pantalon pour éviter les éclaboussures. Elle se retrouve en t-shirt et en string. Pas exactement la tenue du protocole.

Le problème, c’est que des salariés matinaux débarquent à ce moment précis. Le face-à-face est aussi bref qu’embarrassant. Les employés tournent les talons, alertent leur direction, et la machine s’emballe. Mise à pied conservatoire, puis licenciement pour faute grave prononcé le 2 juin 2022. L’employeur qualifie la situation de « gênante » et « scabreuse ». Pour les entreprises qui restructurent à tour de bras, un prétexte de licenciement en béton, c’est tentant. Mais était-ce vraiment justifié ?

Faute grave ou réaction disproportionnée : ce qu’a tranché Dijon

En droit du travail français, la faute grave est la barre la plus haute. Elle suppose un comportement rendant impossible le maintien du salarié dans l’entreprise, même le temps d’un préavis. Concrètement, ça prive la personne de son indemnité de départ et de toute période de transition. Les conséquences financières sont lourdes, bien au-delà du symbole.

La salariée a contesté ce licenciement en saisissant le conseil de prud’hommes. Sa ligne de défense : un geste pratique, pas une provocation. Retirer un vêtement pour ne pas le détruire avec un produit chimique, ce n’est pas du exhibitionnisme. Après quatre ans de procédure, la Cour d’appel de Dijon lui a donné raison en février dernier. Les juges ont estimé que la sanction était disproportionnée par rapport aux faits reprochés. L’initiative relevait d’un réflexe de bon sens, pas d’un comportement fautif au point de justifier un renvoi immédiat. Comme quoi, même les affaires qui semblent surréalistes méritent d’être examinées sérieusement.

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4 000 euros d’indemnités et un signal envoyé aux employeurs

Vivre dignement après un licenciement abusif, c’est aussi une question d’argent. La Cour d’appel a accordé à la salariée 4 000 euros d’indemnités pour licenciement sans cause réelle et sérieuse. Un montant qui peut sembler modeste, mais qui recouvre l’indemnité de départ et le préavis dont elle avait été privée.

Au-delà du chiffre, cet arrêt pose un repère précieux pour la jurisprudence. Il rappelle qu’un employeur ne peut pas brandir la faute grave comme un joker à chaque écart de conduite vestimentaire. Le contexte compte. L’intention compte. Et surtout, la proportionnalité de la sanction reste un pilier du Code du travail que les juges n’hésitent pas à faire respecter.

Cette décision pourrait servir de référence dans de futures affaires similaires, notamment celles où la tenue d’un salarié est jugée « inappropriée » sans que la gravité réelle des faits ne soit démontrée. La Cour de Dijon a rappelé une règle simple : ce n’est pas parce qu’une situation est gênante qu’elle est grave.

Un string, un seau de Javel et quatre ans de procédure : voilà ce qu’il aura fallu pour rappeler que la justice du travail ne s’arrête pas aux apparences. Et vous, vous auriez fait quoi face à de l’eau de Javel et votre seul pantalon propre ?

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