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Galeries Lafayette : d’une mercerie de 70 m² à 35 millions de visiteurs par an

Publié par Hannah Maline le 21 Oct 2026 à 18:01

Imagine une boutique de la taille d’un grand studio parisien, à l’angle de deux rues du 9e arrondissement. C’est ainsi que commence, en 1893, l’histoire d’un des lieux les plus photographiés de la capitale.

Aujourd’hui, ce même nom attire chaque année plus de monde que bien des pays n’ont d’habitants. Entre les deux, il y a une coupole, vingt ascenseurs de verre et un pari un peu fou.

Une mercerie que personne ne remarquait

Tout commence en 1893, quand deux cousins alsaciens, Théophile Bader et Alphonse Kahn, reprennent une modeste mercerie. Elle ne fait que 70 m², au 1 rue La Fayette, à l’angle de la rue de la Chaussée-d’Antin.

Mercière derrière son comptoir dans une petite boutique parisienne en 1893

Pas de hall monumental, pas de vitraux, pas de foule. Imagine un petit comptoir, des boutons, du fil, des rubans, et deux jeunes commerçants qui rêvent plus grand que leur vitrine.

Leur ambition tient en une idée : ne pas rester une simple boutique de quartier. Ils veulent créer un véritable « bazar de luxe », où l’on viendrait autant pour regarder que pour acheter.

Paris est alors déjà conquis par les grands magasins, et la concurrence est rude. Comment une mercerie minuscule peut-elle se faire une place dans ce décor ?

Le jour où le magasin a pris des airs de palais

La réponse tient en un mot : agrandir, sans cesse. Entre 1909 et 1912, les travaux transforment le lieu, et les espaces s’organisent désormais autour d’un immense hall central.

Théophile Bader a une idée précise : que l’architecture elle-même mette en scène la marchandise. Le magasin devient un spectacle, pas seulement un endroit où l’on dépense son argent.

Parisienne regardant la coupole d'un grand magasin en 1912

Le dispositif est spectaculaire : des balcons, un escalier d’honneur et vingt ascenseurs vitrés. Au-dessus de tout cela, une coupole mêlant structure métallique, vitraux néo-byzantins et décor Art nouveau.

À l’automne 1912, le nouveau magasin est inauguré. Pour les Parisiens de l’époque, entrer là-dedans devait ressembler à pénétrer dans une cathédrale du commerce.

Mais ce hall de 1912 n’est qu’une étape. Car le plus vertigineux, ce sont les chiffres d’aujourd’hui.

Les chiffres qui donnent le tournis

Passons directement à 2025. Le magasin Haussmann a réalisé 2 milliards d’euros de ventes, en hausse de 4 % sur un an, et accueilli 35 millions de visiteurs.

Il s’étend désormais sur 65 000 m² et propose plusieurs milliers de marques. Fais le calcul : c’est près de 930 fois la surface de la mercerie d’origine.

Ces 35 millions de visiteurs en font l’un des sites les plus fréquentés d’Europe. Les vitrines de Noël et le sapin suspendu sous la coupole sont devenus un rendez-vous populaire parisien depuis des décennies.

Le magasin de Haussmann représente à lui seul les deux tiers du chiffre d’affaires du groupe. Et ce n’est pas le plus étonnant : le groupe a vendu le BHV pour tout miser sur ce vaisseau amiral.

Cette trajectoire ressemble à celle d’un autre géant du commerce français, comme le premier Carrefour de 1963, qui avait lui aussi déstabilisé les habitudes d’achat.

Ce qui a vraiment fait grandir le géant

Le premier moteur, c’est l’ambition de ses fondateurs. Partir d’une mercerie pour viser un « bazar de luxe » demandait de croire que le shopping pouvait devenir une sortie à part entière.

Le deuxième moteur, c’est l’architecture. En misant sur un hall, des balcons et une coupole, Bader a transformé les achats en expérience, ce que les centres commerciaux modernes cherchent encore à imiter.

Le troisième ressort est plus récent. Après la crise de 2020, la reprise a pris cinq ans, avec une clientèle rééquilibrée et une part plus importante de Français qu’avant.

La direction affiche aujourd’hui un objectif clair : faire de Haussmann le « premier grand magasin du monde » d’ici 2030. Un plan à 260 millions d’euros dont les contours restent encore flous.

Un détail que tu n’avais sans doute jamais regardé

La prochaine fois que tu lèveras les yeux sous la coupole, souviens-toi que tout est parti de 70 m² et de quelques bobines de fil. Les gros succès commencent souvent par de petits comptoirs.

Ces transformations touchent aussi nos souvenirs d’enfance, comme les jouets disparus des rayons, ou ces objets que l’on croyait éternels, tel le téléphone fixe.

Les plus grands lieux de rêve ont eux aussi commencé petits : regarde ce que coûtait le ticket de Disney World en 1971.

Et dans trente ans ? Les visiteurs de 2056 trouveront sans doute nos écrans de paiement, nos files d’attente et nos sacs en papier aussi dépaysants que nous trouvons la mercerie de 1893.

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