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Avant d’être un musée, Orsay était une gare : ses quais devenus trop courts ont signé sa fin

Publié par Elsa Fanjul le 11 Oct 2026 à 18:02

Tu connais le musée d’Orsay pour ses Monet, ses Van Gogh et sa grande horloge. Il y a un peu plus d’un siècle, sous cette même verrière, on entendait des locomotives et des annonces de départ.

Entre les deux, l’édifice a servi de centre d’expédition de colis, de théâtre et de salle des ventes. Il a même failli disparaître sous les pelleteuses.

14 juillet 1900 : une gare qui ressemble à un palais

La gare est construite à partir de 1898 par l’architecte Victor Laloux. Elle est inaugurée le 14 juillet 1900, pour l’Exposition universelle. Paris veut impressionner le monde entier, et la gare doit en être la vitrine.

Hall de la gare d'Orsay en 1900 avec voyageurs

Le hall mesure 32 mètres de haut, 40 de large et 138 de long. À l’intérieur, une charpente métallique porte la grande verrière. À l’extérieur, une façade de pierre l’accorde avec le Louvre et le palais de la Légion d’honneur, ses voisins.

Elle a un côté très moderne pour l’époque. Les seize voies sont enfouies en sous-sol, et des ascenseurs et des monte-charges relient les niveaux. La traction électrique des trains est même déjà prévue.

De 1900 à 1939, elle accueille les trains du sud-ouest du pays. Ce qui l’a condamnée n’est pas un défaut de conception, mais un détail de longueur qu’on n’avait pas anticipé.

Le progrès qui l’a rendue inutile

Les trains de grandes lignes comptent de plus en plus de wagons. Les quais d’Orsay, eux, ne s’allongent pas, et ils deviennent trop courts.

Avant la Seconde Guerre mondiale, le trafic se limite donc à la banlieue. En 1939, la gare ne dessert plus que les trains de banlieue. La gare la plus élégante de Paris est reléguée au second plan.

Pendant la guerre, le lieu change de fonction. On y expédie des colis destinés aux prisonniers. À la Libération, il sert de lieu d’accueil pour leur retour.

Ce n’est que le début de ses vies successives, et la suivante est franchement inattendue.

Un théâtre, une salle des ventes… et un projet de démolition

L’hôtel accolé à la gare a continué de fonctionner pendant des années. Il ferme en 1973, et il est alors question de raser l’ensemble du site pour y bâtir un nouvel établissement.

Chapiteau de théâtre sous la verrière d'Orsay dans les années 1970

En attendant, le lieu sert à autre chose. De 1973 à 1981, la compagnie de théâtre Renaud-Barrault y dresse un chapiteau. En 1974, pendant des travaux à l’hôtel Drouot, Orsay devient même salle des ventes.

Imagine la scène : sous une verrière faite pour les panaches de vapeur, des commissaires-priseurs font monter les enchères. Les voies sont silencieuses depuis longtemps, mais le bâtiment n’est jamais vraiment vide.

Reste une question : qui a décidé de ne pas tout détruire ?

1977, le tournant qui a tout sauvé

En 1977, on décide de transformer le lieu en musée consacré aux arts de la seconde moitié du XIXe siècle. L’idée de démolir est abandonnée au profit d’une reconversion. Il faudra pourtant neuf ans de chantier.

Le musée est inauguré le 1er décembre 1986 par le président Mitterrand, avec Valéry Giscard d’Estaing. Ce dernier était en place quand le projet a été décidé.

Les architectes ont conservé l’esprit des lieux. La lumière du jour est utilisée avec des éclairages artificiels, pour ajuster l’intensité selon les œuvres exposées.

Avant / après : le même hall, deux mondes

En 1900, les voyageurs traversaient le hall pour attraper un train vers le sud-ouest. Aujourd’hui, les visiteurs le traversent pour voir des tableaux. Le volume de 138 mètres de long est le même, mais le bruit n’a plus rien à voir.

Autrefois, les wagons attendaient à seize voies en sous-sol. Aujourd’hui, c’est la station RER Musée d’Orsay qui assure le lien avec les rails. La gare n’a jamais complètement quitté le lieu.

Le bâtiment a changé de métier trois ou quatre fois en moins d’un siècle. Ce n’est pas un hasard s’il a survécu : son architecture était assez forte et assez souple pour accueillir tout autre chose.

Et dans 30 ans ?

La leçon est simple : ce qui paraît inutile à une époque devient un trésor à la suivante. Dans les années 1970, on parlait de raser Orsay. Aujourd’hui, personne n’y penserait.

Nos ordinateurs et nos centres commerciaux feront peut-être sourire dans trente ans, comme les quais trop courts ou les chapiteaux sous la verrière. Et certains lieux qu’on trouve laids seront peut-être sauvés de justesse.

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