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Le créateur du GIF se bat depuis 30 ans pour qu’on prononce son invention correctement — et personne ne l’écoute

Publié par le 07 Juin 2026 à 10:01

Tu en envoies probablement une dizaine par jour. Des GIF de chats, de réactions, de memes. Mais si tu prononces ce mot comme 99 % des gens, tu te trompes — et l’homme qui l’a inventé n’a jamais cessé de le rappeler jusqu’à sa mort.

Un ingénieur discret derrière le format le plus partagé du monde

En 1987, Steve Wilhite travaille chez CompuServe, un des premiers fournisseurs d’accès à Internet aux États-Unis. À l’époque, les connexions sont atrocement lentes. Afficher une image en couleur sur un écran relève presque de l’exploit technique.

Ingénieur informatique des années 80 devant un écran cathodique

Wilhite développe alors un format de compression d’image léger, capable de s’afficher rapidement même sur les connexions les plus poussives. Il l’appelle GIF, pour Graphics Interchange Format. Le format explose immédiatement : il permet d’afficher des images en 256 couleurs sans plomber la bande passante.

Ce qui rend le GIF unique, c’est sa capacité à enchaîner plusieurs images dans un seul fichier — créant ainsi ces petites animations en boucle que le monde entier utilise aujourd’hui. Mais Wilhite, lui, n’a jamais voulu devenir célèbre. C’est un ingénieur introverti, pas un entrepreneur médiatique.

Il ne dépose aucun brevet personnel. Le format appartient à CompuServe, puis tombe dans le domaine public. Wilhite ne touche pas un centime sur les milliards de GIF échangés chaque jour. Mais il y a un sujet sur lequel il refuse de lâcher.

La guerre de prononciation la plus absurde d’Internet

Depuis la création du format, le monde se divise en deux camps irréconciliables. Ceux qui disent « guif » (avec un G dur, comme dans « guitare »). Et ceux qui disent « jif » (avec un son doux, comme dans « girafe » en anglais).

Débat animé entre deux groupes sur la prononciation du GIF

En 2013, Steve Wilhite reçoit un Webby Award — l’équivalent des Oscars d’Internet. La cérémonie lui offre une tribune mondiale. Son discours tient en cinq mots projetés sur écran géant : « It’s pronounced JIF, not GIF. »

La salle éclate de rire. Internet s’enflamme. L’inventeur du format le plus viral de l’histoire vient de confirmer officiellement que la quasi-totalité de la planète le prononce mal. Le son correct, selon lui, rime avec la marque de beurre de cacahuète américaine Jif.

Wilhite ne plaisante pas. Dans une interview au New York Times la même année, il enfonce le clou : « Le Oxford English Dictionary accepte les deux prononciations. Ils ont tort. C’est un G doux, point final. » L’homme qui a créé le mot estime avoir le dernier mot sur sa prononciation. Mais le public n’est pas du tout d’accord.

Pourquoi le monde entier refuse d’écouter

L’argument des partisans du G dur semble pourtant imparable. Le G de GIF vient de « Graphics ». Or « Graphics » se prononce avec un G dur. Donc GIF devrait suivre la même logique. CQFD.

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Sauf que la linguistique ne fonctionne pas comme ça. En anglais, SCUBA vient de « Self-Contained Underwater Breathing Apparatus » — le U de « Underwater » se prononce « euh », mais personne ne dit « skeuhba ». On dit « scouba ». Comme pour le Wifi, dont le nom ne signifie pas ce qu’on croit, les acronymes vivent leur propre vie phonétique.

Un sondage réalisé en 2014 a tranché de façon brutale. 70 % des Américains prononcent « guif » avec un G dur. En France, c’est encore plus écrasant : la prononciation « jif » est quasi inexistante. Le peuple a voté, et l’inventeur a perdu.

Même Barack Obama s’en est mêlé. En 2014, la Maison-Blanche publie un post sur Tumblr affirmant officiellement que la prononciation correcte est « guif » — contredisant directement Wilhite. Quand le président des États-Unis te corrige sur ta propre invention, la bataille est compliquée.

Le détail que personne ne connaît sur cette histoire

Steve Wilhite a choisi la prononciation « jif » volontairement. Ce n’était pas un hasard linguistique. C’était un clin d’œil délibéré à la marque de beurre de cacahuète Jif, extrêmement populaire aux États-Unis.

Les développeurs de CompuServe avaient même un slogan interne, parodiant le slogan publicitaire de Jif : « Choosy developers choose GIF » (« Les développeurs exigeants choisissent GIF »), calqué sur « Choosy moms choose Jif ». Le nom du format était donc, dès le départ, une private joke d’ingénieurs des années 80.

Wilhite est décédé en mars 2022, à 74 ans, des suites du Covid-19. Il n’a jamais changé d’avis. Jusqu’à la fin, il corrigeait quiconque prononçait « guif » en sa présence. Sa femme Kathaleen a confirmé au Washington Post que c’était un sujet sur lequel il ne plaisantait « absolument jamais ».

Aujourd’hui, plus de 10 milliards de GIF sont échangés chaque jour sur les messageries et réseaux sociaux, via des plateformes comme Giphy ou Tenor. Comme Amazon, qui a failli porter un nom complètement différent, le GIF aurait pu s’appeler autrement : Wilhite avait hésité avec d’autres acronymes avant de choisir celui-ci.

Le débat, lui, survivra probablement à Internet lui-même. Tu peux prononcer « guif » ou « jif » — mais maintenant, tu sais que l’inventeur te regarderait avec un air peiné. Raconte ça la prochaine fois que quelqu’un t’envoie un GIF de chat. Effet garanti.

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