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Ils achètent un petit bol 3 dollars dans un vide-grenier de New York et le posent sur la cheminée : six ans plus tard, Sotheby’s l’adjuge 2,2 millions

Publié par Hannah Maline le 26 Oct 2026 à 16:12

C’est un bol de treize centimètres de diamètre, couleur ivoire, avec des motifs gravés à l’intérieur et à l’extérieur. En 2007, une famille de l’État de New York l’achète dans un vide-grenier pour trois dollars tout au plus. Elle le pose sur le manteau de sa cheminée et l’oublie. Six ans plus tard, ce bol fait monter quatre enchérisseurs chez Sotheby’s et change de mains pour 2,225 millions de dollars.

Trois dollars, une cheminée et six ans d’oubli

La scène est banale. Un samedi de 2007, dans une vente de garage comme il y en a des milliers chaque week-end aux États-Unis, un couple repère un petit bol en céramique claire. Le prix est dérisoire : trois dollars, peut-être moins. Ils le prennent parce qu’il est joli, sans se poser plus de questions.

De retour chez eux, ils l’installent sur la cheminée du salon, comme objet de décoration. Il y reste plusieurs années. Personne ne le manipule, personne ne l’expertise. La famille, qui a souhaité rester anonyme, ne soupçonne rien de particulier. Sotheby’s racontera plus tard qu’elle ignorait totalement la valeur de ce qu’elle avait sous les yeux.

C’est seulement vers 2012 que la curiosité l’emporte. Le bol intrigue, sa finesse ne ressemble pas à de la vaisselle ordinaire. La famille décide de le montrer à des spécialistes. Et là, tout bascule.

Ce que les experts ont vu dans ce bol

Le verdict des spécialistes est sans appel : il s’agit d’un bol « Ding », une céramique produite dans les fours du comté de Ding, dans la province chinoise du Hebei, sous la dynastie des Song du Nord. Autrement dit, un objet vieux d’environ mille ans, fabriqué entre 960 et 1127.

Les céramiques Ding comptent parmi les cinq grands types de porcelaine de l’époque Song. Elles se reconnaissent à leur pâte très fine, presque translucide, et à leur glaçure couleur ivoire. Celle-ci, en plus, est décorée de motifs incisés sur les deux faces, ce qui la rend particulièrement rare.

Rare à quel point ? Sotheby’s a cherché. Selon la maison de ventes, un seul autre bol de même forme, de même taille et d’un décor presque identique est connu dans le monde. Il se trouve au British Museum, à Londres, où il est conservé depuis plus de soixante ans. Le bol de la cheminée new-yorkaise est donc l’un des deux seuls exemplaires recensés.

La maison l’inscrit à sa grande vente de céramiques et d’objets d’art chinois, programmée à New York pour la session d’ouverture de l’Asia Week, le 19 mars 2013. L’estimation est fixée entre 200 000 et 300 000 dollars. Pour un objet payé trois dollars, c’est déjà vertigineux.

Le 19 mars 2013, quatre enchérisseurs s’en disputent la garde

Le jour de la vente, la salle comprend vite qu’il va se passer quelque chose. Quatre enchérisseurs se disputent le lot, et les paliers s’enchaînent bien au-delà de l’estimation. Le marteau tombe à 2,225 millions de dollars, soit sept à dix fois le prix attendu, et environ 1,6 million d’euros au cours de l’époque.

L’acheteur est Giuseppe Eskenazi, un marchand londonien considéré comme l’une des références mondiales de l’art chinois ancien. Pour lui, ce bol n’est pas une curiosité de vide-grenier : c’est une pièce de musée qui n’avait plus circulé sur le marché depuis des décennies, si tant est qu’elle y soit jamais passée.

Le calcul fait le tour de la presse américaine : trois dollars investis, 2,225 millions récupérés. Un retour sur investissement de près de 75 millions de pour cent. Les journaux titrent sur le jackpot de la famille anonyme, et chacun regarde sa propre étagère d’un œil différent.

Pourquoi ce bol s’est retrouvé à trois dollars

Reste la question que tout le monde se pose : comment une pièce de cette importance a-t-elle pu finir dans un vide-grenier ? Sotheby’s n’a pas pu retracer son parcours avant 2007. L’hypothèse la plus plausible est celle d’une succession : un objet rapporté de Chine par un voyageur ou un militaire au siècle dernier, transmis sans explication, puis vendu avec le reste du bric-à-brac par des héritiers pressés.

Ce scénario n’a rien d’exceptionnel dans le monde des enchères. Les grandes maisons signalent régulièrement des objets chinois sortis de greniers occidentaux, car la demande des collectionneurs chinois a fait flamber les prix depuis les années 2000. Mais un écart de un à 750 000 entre le prix d’achat et le prix de vente reste, à ce jour, l’un des plus spectaculaires jamais documentés.

La morale de l’histoire est simple : avant de brader un objet ancien, on le fait regarder. Elle rappelle l’aventure de cet homme qui avait payé quatre dollars un tableau déchiré pour son cadre, avant de découvrir derrière la toile un document valant des millions. Et si les trésors de la mer vous intriguent davantage que ceux des cheminées, l’histoire du cargo qui a perdu cinq millions de pièces de Lego en 1997, et dont les pièces s’échouent encore sur les plages, mérite elle aussi un détour.

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