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« Avoir l’eau courante est un luxe » : à 15 ans, Irina quitte sa famille et s’installe dans un village abandonné d’Espagne

Publié par Hannah Maline le 31 Oct 2026 à 23:30
Jeune femme devant une maison de pierre en montagne

Quitter la ville pour retrouver la nature, beaucoup en rêvent. Irina, elle, n’a pas vraiment choisi : elle est partie de chez elle à 15 ans, et ce départ l’a menée dans un hameau perdu des montagnes espagnoles. Onze ans plus tard, elle y vit toujours, sans douche mais avec un drôle d’engin pour ravitailler le village. Et la raison pour laquelle elle est restée n’est pas celle qu’on imagine.

Un hameau de la province de León où l’on n’arrive pas en voiture

Le village d’Irina se trouve dans la province de León, en plein cœur des montagnes espagnoles. Pas de route pour y accéder. Tout ce qui entre ou sort passe autrement.

Son histoire, on la doit à Gaston Marotta, créateur de contenu spécialisé dans l’exploration de lieux abandonnés et de villages presque déserts. Il est allé à sa rencontre et a filmé son quotidien sur sa chaîne YouTube. C’est là qu’Irina a raconté ce qui l’avait conduite jusqu’ici.

Le hameau a lui-même une histoire singulière. Presque désert dans les années 1960, il est redevenu vivant environ vingt ans plus tard, quand un groupe de jeunes gens est venu s’y installer. Aujourd’hui, plusieurs dizaines de personnes continuent de le faire vivre.

Autant dire que le village n’a rien d’une ruine figée. Mais comment ravitaille-t-on des habitants quand aucune route n’y mène ? Ailleurs en Espagne, un autre décor spectaculaire cache une origine inattendue, mais ici, la réponse tient dans un câble.

Un téléphérique artisanal pour tout faire monter

Les courses, le bois de chauffage, les matériaux pour les travaux : tout arrive par un téléphérique artisanal. Les habitants l’ont construit il y a près de vingt ans. Sans lui, maintenir une activité dans ce lieu serait quasi impossible.

Ce système illustre bien l’état d’esprit du village. On se débrouille avec les moyens du bord, collectivement, sans attendre qu’une route tombe du ciel. Irina a appris à faire pareil.

Car son parcours n’a rien d’un caprice. Sa famille a déménagé de nombreuses fois quand elle était enfant, passant des villes à des villages toujours plus isolés. Les conditions de vie pouvaient y être très précaires, bien plus qu’aujourd’hui.

Dans le dernier village de son enfance, son quotidien se résumait à quelques chèvres, deux chiens et un cheval. Pas de voisins de son âge, pas de vie sociale. Elle se souvient d’une enfance vraiment très difficile.

C’est dans ce contexte qu’une autre histoire de rupture familiale prend une tout autre dimension, mais le cas d’Irina est radicalement différent : dès qu’elle en a eu la possibilité, à 15 ans, elle a quitté le domicile familial. Pourquoi ce village-là, et pas un autre ?

Sa réponse est simple, presque désarmante. Elle est restée parce que d’autres jeunes de son âge s’y trouvaient. Pour la première fois, elle a pu trouver sa place au sein d’une petite communauté.

Caisse suspendue à un téléphérique artisanal au-dessus d'une vallée

Sans douche, mais avec des panneaux solaires et un poêle

Un intérieur chaleureux ne dépend pas du luxe, et celui d’Irina le prouve. En onze ans, elle a transformé son habitation petit à petit pour en faire un véritable lieu de vie. Même avec les contraintes de l’isolement, son intérieur reste accueillant.

L’eau arrive grâce à des réservoirs. L’électricité vient de panneaux solaires. Quand les températures chutent en hiver, un poêle prend le relais.

Reste un manque : Irina ne possède pas de douche. Voilà qui donne tout son sens à sa phrase confiée à Gaston Marotta : « Je suis arrivée dans ce village depuis un endroit encore plus précaire ; pour moi, avoir l’eau courante est un luxe. » Le mot n’est pas une figure de style. Il mesure la distance parcourue depuis son enfance.

Elle cultive aussi des potagers et aimerait produire une partie de sa nourriture. Mais elle reste dépendante des commerces pour de nombreux produits. L’autonomie totale, ici, relève plus du projet que de la réalité.

Et c’est là que l’idée reçue du « retour à la nature sans un sou » s’effondre : même au bout du câble du téléphérique, on a besoin d’argent.

Vivre loin de tout ne veut pas dire vivre sans travailler

Les dépenses dans le village restent limitées. Pourtant, selon Irina, les habitants ne peuvent pas se passer d’argent. Ce mode de vie nécessite toujours de travailler.

Beaucoup occupent donc des emplois saisonniers pendant plusieurs mois. Une fois leur mission terminée, ils reviennent s’installer dans les montagnes. Ils trouvent ainsi, selon la source, un équilibre entre vie professionnelle et liberté.

C’est un va-et-vient discret, loin de l’image de l’ermite coupé du monde. Le hameau fonctionne comme un point d’ancrage, pas comme une forteresse.

Cette réalité parle aussi à ceux qui rêvent de tout quitter. Même le potager le plus malin ne remplace pas un revenu, et Irina le sait mieux que quiconque.

Son histoire rappelle aussi qu’un village peut renaître : presque vide dans les années 1960, il a retrouvé des habitants avec une génération de jeunes venus tenter autre chose. Irina est, à sa façon, l’héritière de cette vague. Une question reste en suspens : combien de temps ce modèle tiendra-t-il ?

Autre point à surveiller : le téléphérique, construit il y a près de vingt ans, reste le cordon ombilical du hameau. Tant qu’il fonctionne, le village vit. Sans lui, tout se compliquerait.

Irina, elle, ne semble pas pressée de partir. Elle a trouvé ce qu’elle cherchait à 15 ans : une communauté.

Une chose est sûre : l’eau courante, la douche, le confort, tout ça peut attendre quand on a enfin trouvé sa place. Et si vous aimez les histoires de vies qui basculent, cette retraitée partie 680 jours au Maroc a découvert une facture de 32 857 € à son retour. Quant aux amateurs de lieux secrets, ce lac à 1h30 de Lille cache l’un des plus grands trésors naturels de France.

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