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Jardin d’Acclimatation : en 1870, ses deux éléphants finissent dans les assiettes des Parisiens

Publié par Hannah Maline le 30 Oct 2026 à 18:02

Le 6 octobre 1860, un couple impérial coupe le ruban d’un étrange jardin à l’orée du bois de Boulogne. On y vient voir des animaux venus de loin, pas monter dans des manèges.

Aujourd’hui, ce même lieu affiche 45 attractions et environ 2 millions de visiteurs par an. Entre les deux, il y a eu un siège, une famine et des chapitres bien moins glorieux.

Un zoo impérial où l’on venait se promener en habit

Le Jardin zoologique d’acclimatation est inauguré le samedi 6 octobre 1860 par Napoléon III et l’impératrice. Dans l’assistance, des célébrités de l’époque : Mérimée, Viollet-le-Duc, Offenbach.

Sa création s’inscrit dans le grand chantier de modernisation de la capitale voulu par l’empereur. On est dans le Paris des travaux et des boulevards neufs, comme dans notre article sur la fin de la royauté en France, où le pouvoir se met en scène.

L’idée de départ est sérieuse, presque scientifique. Il s’agit d’acclimater en France des animaux et des plantes exotiques, pour voir s’ils pourraient y vivre, voire y être élevés.

Famille parisienne devant un éléphant au Jardin d'Acclimatation en 1860

Les Parisiens, eux, y voient surtout un spectacle. Dès octobre 1861, l’aquarium devient l’une des grandes attractions, et deux éléphants font la joie des petits comme des grands.

Le jardin se hisse même parmi les premiers parcs de loisirs du pays. Mais l’hiver 1870 va tout balayer, et ce qui arrive aux éléphants n’a rien d’une légende.

L’hiver où Paris a mangé le zoo

La guerre franco-prussienne de 1870-1871 frappe le jardin de plein fouet. Paris est assiégé, le thermomètre descend jusqu’à -12 °C et une terrible famine s’installe.

Les animaux deviennent de la nourriture. Selon l’histoire officielle du Jardin, ses deux éléphants sont sacrifiés pendant le siège ; d’autres sources les associent à la ménagerie du Jardin des plantes, mais leur sort, lui, ne fait pas débat.

Castor et Pollux marquent les esprits à cause de leur taille et de leur retentissement dans l’opinion. Certains récits évoquent même un plat de réveillon de Noël.

Les derniers animaux trouvent refuge à l’autre bout de Paris, au Jardin des plantes. Le jardin, lui, repart après la guerre, mais ne sera plus tout à fait le même.

Le chapitre que le Jardin préférerait oublier

Une fois la paix revenue, quelques espèces repeuplent les allées. Mais d’autres vitrines s’ouvrent : entre 1877 et 1931, 22 expositions humaines y sont organisées.

Ces « troupes » viennent surtout de pays africains, en particulier des colonies françaises. Le public parisien les observe comme on regardait les animaux, un fait qui fait aujourd’hui partie de l’histoire du lieu.

Parisien affamé devant un enclos vide pendant le siège de 1870

La Première Guerre mondiale entraîne le déclin du jardin scientifique. Il se transforme peu à peu en simple parc d’amusement, et 1926 marque l’ouverture du parc d’attractions.

Reste à savoir comment on est passé de ce parc d’avant-guerre à celui que les familles connaissent maintenant. La réponse tient en un nom de marque.

2026 : 18 hectares, trois montagnes russes et un voisin de luxe

Aujourd’hui, le Jardin d’Acclimatation s’étend sur 18 hectares dans le 16e arrondissement. Il propose 45 attractions, dont trois montagnes russes et trois attractions aquatiques.

Il a fréquenté jusqu’à 1,9 million de visiteurs en 2022, et environ 2 millions en 2025. Un score qui le place loin des chiffres de ses débuts, et qui fait penser à la trajectoire d’un autre géant, Disney World à ses débuts en 1971.

Les animaux n’ont pas tout à fait disparu : un mini-parc zoologique compte encore quelques animaux. Mais on y vient désormais pour les manèges, pas pour les girafes.

Là où le jardin avait ses théâtres d’époque, les grandes écuries « Napoléon III » ont été rénovées, et accueillent depuis 2009 un grand théâtre de Guignol. Un clin d’œil au passé, sous un toit refait.

Le jour où une maison de luxe a débarqué dans le parc

En 2006, Bernard Arnault, patron du groupe de luxe LVMH, obtient, dans des conditions contestées, l’autorisation de bâtir la Fondation Louis-Vuitton. Le bâtiment, dessiné par l’architecte Frank Gehry, s’élève sur le site du bowling du Jardin, rasé en 2014.

Fin 2017, LVMH lance de très importants travaux de réaménagement du parc. Les deux tiers nord ferment pendant huit mois, avant une réouverture en 2018.

Pour ceux qui ont grandi avec les attractions plus rustiques d’avant, le choc est le même que devant ces jouets disparus des rayons. Et la transformation est aussi radicale que celle du premier Carrefour de 1963.

Ce que raconte ce jardin sur nous

En 160 ans, le lieu a changé de mission quatre fois : laboratoire d’animaux exotiques, cantine de guerre, attraction à ciel ouvert, puis parc de loisirs de luxe. Chaque époque l’a façonné selon ses obsessions.

Celle de Napoléon III voulait acclimater le monde entier à Paris. La nôtre cherche des sensations fortes et des selfies, comme jadis on se pressait au bout d’un téléphone fixe pour appeler ses proches.

Dans trente ans, nos descendants regarderont peut-être nos files d’attente et nos manèges avec la même stupeur que nous devant ces expositions humaines. Une époque ne se juge jamais depuis l’intérieur.

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