Halloween : d’où vient la tradition des bonbons, et pourquoi la France y a pris goût dans les années 1990
Chaque 31 octobre, des milliers de petits monstres sonnent à votre porte en réclamant des friandises. Un rituel devenu tellement banal qu’on ne se demande même plus d’où il sort. Pourquoi des enfants déguisés en squelettes repartent-ils avec le panier plein de sucreries ?
Spoiler : l’histoire est bien plus vieille, et bien plus étrange, que les rayons de supermarché ne le laissent penser. Et le chocolat n’y est pas arrivé par hasard.
Des Celtes aux premiers « pique-assiettes » de l’au-delà
Tout commence il y a plus de 2 000 ans, chez les Celtes. Le 31 octobre, ils célébraient Samain, la fin des récoltes et le début de la saison sombre. Cette nuit-là, la frontière entre le monde des vivants et celui des morts devenait poreuse.
Pour calmer les esprits qui rôdaient, on laissait de la nourriture devant les maisons. Certains se déguisaient même pour ne pas être reconnus par les défunts. Déjà, le costume servait à brouiller les pistes.
Mais l’offrande n’a rien d’un bonbon : on parle de pain, de fruits, de lait. Alors comment passe-t-on de la miche posée sur le seuil au Snickers ?

Le « soulcaking » : quand on chantait pour un gâteau
Direction le Moyen Âge, en Grande-Bretagne et en Irlande. À l’approche de la Toussaint, les plus pauvres allaient de porte en porte. Ils promettaient de prier pour les âmes des défunts de la famille. En échange, on leur donnait de petits gâteaux, les « soul cakes ».
Cette coutume, appelée soulcaking, ressemble déjà beaucoup à notre rituel moderne. Quelqu’un frappe, propose un service ou un chant, et repart avec une friandise. Le principe de l’échange était posé.
Il restait à traverser l’Atlantique. Et c’est là que l’histoire prend un tournant très américain.
Comment l’Amérique a inventé le « trick or treat »
Au XIXe siècle, la grande famine irlandaise pousse des centaines de milliers d’Irlandais vers les États-Unis. Ils emportent avec eux leurs traditions d’octobre, qui se mélangent à celles des autres communautés. Peu à peu, la fête de quartier prend de l’ampleur.
Dans les années 1920-1930, Halloween devient aussi une nuit de farces, parfois lourdes : portails démontés, fenêtres taguées, charrettes déplacées. Pour calmer les ardeurs, les habitants et les commerçants ont une idée maligne. Offrir des douceurs aux jeunes pour qu’ils laissent les maisons tranquilles.
C’est de là que vient la formule « trick or treat », littéralement « un tour ou une friandise ». Autrement dit : donne-moi quelque chose, sinon je te joue un mauvais tour. Une négociation de gamins qui a fini par devenir une institution.

Pourquoi des bonbons plutôt que des pommes ?
Au départ, on distribuait ce qu’on avait sous la main : fruits, noix, petits gâteaux faits maison. Puis l’industrie s’en est mêlée. Après la Seconde Guerre mondiale, les fabricants de confiserie voient dans cette nuit une aubaine : des enfants nombreux, des familles prêtes à dépenser, un rituel qui revient chaque année.
Les bonbons emballés s’imposent alors pour des raisons très concrètes. Ils se conservent bien, se partagent facilement et se glissent dans n’importe quel panier. Les petites barres chocolatées, faciles à calibrer en format mini, deviennent la monnaie officielle de la soirée.
Le chocolat, lui, a un avantage énorme : c’est une valeur sûre. Personne ne refuse un carré de chocolat, et c’est encore aujourd’hui l’un des produits les plus vendus de la période. Les confiseurs l’ont bien compris, et vous en trouverez la preuve dans les rayons dès la mi-octobre.
Si vous voulez faire le plein au meilleur moment, le calendrier des promos sur les bonbons vaut le détour. Mais avant ça, une question reste en suspens : comment la France, pays plutôt attaché à la Toussaint, s’est-elle laissé tenter ?
Les années 1990 : la France sonne aux portes
Longtemps, Halloween n’existait quasiment pas chez nous. Le 31 octobre, on préparait la Toussaint, on pensait aux défunts, on garnissait les tombes. Les chrysanthèmes de la Toussaint étaient le vrai symbole de la période, pas les citrouilles.
Tout bascule au milieu des années 1990. Les films et séries américaines, diffusés en masse à la télé, montrent des enfants en costume qui arpentent les rues. Des commerçants flairent le filon : déguisements, décorations, confiseries. En 1997, des opérations commerciales d’ampleur mettent Halloween en vitrine, et la fête s’installe pour de bon dans le paysage.
Les enfants, eux, n’ont pas eu besoin qu’on les convainque. Un costume, une nuit où on a le droit de frapper chez les voisins, un panier à remplir de sucre : le combo est imbattable. Les parents ont suivi, un peu en traînant des pieds au début, puis avec enthousiasme.

La citrouille, le vrai coup de théâtre
Et la fameuse citrouille dans tout ça ? Elle aussi a changé de rôle en route. Dans la tradition irlandaise, on creusait d’abord des navets ou des betteraves pour y poser une bougie et éloigner les mauvais esprits. Ce sont les migrants qui, en découvrant les citrouilles américaines, bien plus grosses et faciles à sculpter, ont changé de légume.
Vous n’imaginez pas à quel point la version d’origine était différente. Le navet, ancêtre de la citrouille d’Halloween, a de quoi faire sourire face aux créations d’aujourd’hui. Et nos propres aïeux avaient leurs rituels, aujourd’hui oubliés : les betteraves creusées d’avant Halloween en sont un bel exemple.
Un rituel qui a (presque) tout du troc médiéval
Au fond, ce qu’on fait chaque 31 octobre reste étonnamment fidèle aux origines. On se déguise pour brouiller son identité, on frappe aux portes, on repart avec de la nourriture. Seules les offrandes ont changé : le pain des Celtes est devenu une poignée de bonbons mini-format.
Et l’industrie ne s’y trompe pas. Selon les années, Halloween pèse plusieurs centaines de millions d’euros en France, entre déguisements, décorations et confiseries. Une fête adoptée en un peu plus de trente ans, ce qui est un score honorable pour une tradition venue d’ailleurs.
Alors, la prochaine fois qu’un petit fantôme vous tend son panier, pensez-y : vous perpétuez peut-être un geste vieux de 2 000 ans. Et si l’envie vous prend de préparer la fin d’année sans stress, vous pouvez aussi jeter un œil à ces dépenses à étaler dès la Toussaint avant que Noël ne frappe à la porte.