Le Louvre avant la pyramide : une porte trop étroite et un ministère dans l’aile Richelieu
Il y a quarante ans, tu n’aurais pas vu de pyramide de verre en arrivant au Louvre. Tu aurais cherché une porte, dans un palais dont une aile entière ne t’appartenait pas.
Aujourd’hui, le musée accueille 9 millions de visiteurs par an et son entrée est devenue une icône mondiale. Mais comment en est-on arrivé là ?
Un palais immense, une entrée minuscule
Avant la pyramide, l’accès au musée se faisait par une logique de passage étroit, bien loin du libre-service fluide des commerces modernes. Les visiteurs passaient par la porte de l’aile Denon, une entrée jugée insuffisante pour un tel établissement.

Le problème n’était pas qu’une question de porte. Une partie du palais, l’aile Richelieu située rue de Rivoli, était occupée par le ministère des Finances. Le Louvre n’avait donc pas la place de se déployer.
Résultat : un musée amputé d’une aile, avec un hall d’accueil que l’on réclamait depuis longtemps. Les circulations entre les différentes parties du palais restaient compliquées.
Pour mesurer l’écart, pense à l’époque où l’on faisait la queue pour un simple ticket d’entrée, comme dans les parcs d’attractions des années 70. Ici, c’était le palais lui-même qui faisait goulot d’étranglement.
Et pourtant, la solution retenue allait déclencher une vraie bataille. Pas sur le principe, mais sur la forme.
Le projet qui a divisé les Parisiens
En 1983, François Mitterrand choisit l’architecte sino-américain Ieoh Ming Pei, sans concours d’architecture ni appel d’offres. Pei accepte la commande en juin et propose d’utiliser la cour Napoléon comme nouvelle entrée centrale.
Son idée : une pyramide de verre et de métal. Elle culmine à 21,64 mètres, sur une base carrée de 35,42 mètres de côté.

La structure d’acier et d’aluminium pèse 200 tonnes. Elle est recouverte de 603 losanges et 70 triangles de verre feuilleté.
Le chantier court de 1985 à 1989, et une vive polémique l’accompagne. Les milieux conservateurs, très attachés au site patrimonial, s’indignent de voir un objet aussi futuriste devant les façades classiques.
Parmi les adversaires du projet figurait l’ancien secrétaire d’État Michel Guy. Certains surnomment même l’ouvrage « le triangle de Paris », pour se moquer.
Mais ce que les détracteurs ignoraient, c’est que la pyramide n’était que la partie visible du projet. Le plus gros se passait sous terre.
Ce que cache vraiment la pyramide
La pyramide n’est pas qu’un décor. C’est à la fois un signal visuel dans la cour et un puits de lumière qui éclaire le hall installé en sous-sol.
Ce hall distribue désormais les différentes ailes du musée. Fini l’entrée unique par l’aile Denon : le visiteur descend, puis choisit sa direction.
Pei a aussi obtenu un parking souterrain, pour libérer les quais de la Seine des cars de tourisme. Un détail moins photogénique, mais très concret pour la ville.
Le projet a un deuxième volet décisif : le ministère des Finances quitte l’aile Richelieu pour déménager à Bercy. Le Louvre récupère enfin la totalité de son palais.
Reste une question : la pyramide a-t-elle été acceptée ? La réponse est arrivée plus vite que prévu.
De la polémique à l’icône mondiale
Le monument a été inauguré une première fois le 4 mars 1988 par François Mitterrand, puis une seconde fois le 29 mars 1989. L’ouverture au public date, selon les sources, du 1er avril 1989.
Aujourd’hui, le Louvre est présenté comme le seul musée au monde dont l’entrée est elle-même une œuvre d’art. Une œuvre plébiscitée par le public, résume un magazine parisien.
Côté fréquentation, le musée a accueilli 8,7 millions de visiteurs en 2024, puis 9 millions en 2025. Et ce, malgré le spectaculaire vol de bijoux d’octobre.
Même les inventions qu’on croit installées ont parfois une histoire de contestation. Le téléphone, par exemple, doit beaucoup à un Français que l’on a oublié.
Le Louvre de 2026 : ce qui n’a pas changé
Visuellement, le contraste est total. Hier, une porte latérale et un palais partagé avec l’administration ; aujourd’hui, une pyramide lumineuse et un hall souterrain pensé pour les foules.
Mais l’essentiel reste. Le Louvre demeure un palais où chaque génération a ajouté sa couche, et où chaque ajout a fait scandale avant de devenir un repère.
On évoque d’ailleurs encore les débats d’époque comme on parle des jouets de notre enfance, ces souvenirs qui ont disparu des rayons. La mémoire collective reconstruit vite.
Et le cas du téléphone fixe montre le même réflexe : on s’attache à ce qui a failli ne jamais exister.
Et dans 30 ans ?
Dans trente ans, quelqu’un s’étonnera sans doute de nos files d’attente, de nos billets à réserver sur smartphone, de notre époque tout aussi surprenante. Ce qui nous paraît normal aujourd’hui semblera aussi étrange que la petite porte de l’aile Denon.
Si tu aimes ces bascules de l’histoire, regarde ce 3 juin où un vélo a marqué la France. Et pour une tradition dont l’origine date d’un jour précis, l’histoire des chrysanthèmes de la Toussaint réserve aussi une surprise.