Elle a construit une maison avec des déchets : une employée de maison a économisé pendant neuf ans pour bâtir une habitation en plastique recyclé pour son fils.

Neuf ans à économiser chaque centime, un salaire de femme de ménage, un seul objectif : offrir un toit à son fils. Cindy Mora a fini par acheter son terrain au Costa Rica, mais elle s’est retrouvée sans un sou pour construire quoi que ce soit. C’est là qu’une organisation solidaire lui a proposé une solution aussi inattendue qu’ingénieuse, capable de transformer des tonnes de déchets en véritable maison.
Neuf ans d’économies pour un terrain, puis plus rien
Pendant près d’une décennie, Cindy Mora a élevé seule son fils Fabrizio en mettant de côté chaque euro de son salaire d’employée de maison. Un sacrifice qui rappelle d’autres parcours de vie hors du commun, comme cette jeune femme qui a construit sa propre maison dans le jardin familial.
Son objectif : acquérir une parcelle dans le quartier de Lámparas, à Alajuelita, pour y vivre avec son fils. Après neuf années de privations, elle y parvient enfin. Mais la réalité la rattrape brutalement : impossible de financer la construction. Une situation qui touche de nombreuses familles modestes, un peu partout dans le monde, où devenir propriétaire relève parfois du parcours du combattant.
C’est à ce moment précis que l’organisation Hábitat para la Humanidad repère son dossier. Avec plusieurs entreprises partenaires, elle propose à Cindy une solution habitationnelle radicalement différente de tout ce qu’elle avait imaginé : construire les murs de sa future maison à partir de déchets plastiques recyclés.
Des blocs de plastique fondu qui s’emboîtent comme des Lego
Le cœur technique du projet porte un nom : les Bloqueplas. Développés par l’organisation Ekojunto, ces blocs sont fabriqués en faisant fondre du plastique récupéré pour mouler des pièces massives qui s’emboîtent entre elles par simple pression, exactement comme des briques de jeu de construction pour enfants.
Cette conception modulaire supprime le besoin de ciment et de sable pour assembler la maçonnerie. Résultat : le montage s’accélère considérablement, et des bénévoles sans expérience du bâtiment peuvent monter la structure sous supervision technique. Un peu comme certaines solutions simples qui révolutionnent le quotidien sans complexité inutile.
Pour la maison de Cindy, il a fallu environ 850 blocs, fabriqués à partir de 7,5 tonnes de plastique recyclé, et plus de 800 heures de travail bénévole. Un détail technique loin d’être anodin : la flexibilité du plastique offre une certaine capacité d’absorption des ondes sismiques, un atout précieux dans un pays régulièrement soumis à l’activité tellurique, comme le Costa Rica.

Une maison invisible, un problème de déchets bien réel
Malgré l’innovation des murs, la maison de Cindy n’est pas entièrement en plastique recyclé. Les fondations, la charpente, l’installation électrique et la plomberie ont été réalisées avec des matériaux de construction classiques, pour garantir la sécurité et la salubrité du logement.
Une fois enduite et peinte, la maison se fond totalement dans le paysage du quartier. Portes, fenêtres, finitions : vue de l’extérieur, rien ne trahit son origine recyclée. On pourrait la confondre avec n’importe quelle autre habitation du voisinage.
Au-delà de l’histoire de Cindy, le projet répond à un enjeu environnemental colossal. À l’époque, le Costa Rica jetait environ 564 tonnes de plastique par jour, avec un taux de recyclage dérisoire.
Des entreprises comme Procter & Gamble et Urbarium ont rejoint l’initiative pour transformer bouteilles, sacs et emballages voués à la décharge. Le projet reste pour l’instant pilote : il n’a pas encore été industrialisé à grande échelle pour faire baisser durablement le coût du logement social dans la région.
Après neuf ans d’efforts et de sacrifices, Cindy Mora a enfin pu emménager avec son fils dans sa propre maison. Une histoire qui prouve qu’un peu d’ingéniosité et beaucoup de patience peuvent transformer des déchets en toit familial. Et si la vraie révolution écologique commençait par nos poubelles ?