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L’Olympia avant la gloire : des montagnes russes en bois, puis un cinéma pendant 25 ans

Publié par Hannah Maline le 01 Nov 2026 à 18:01

Ferme les yeux et oublie les files de fans sur le boulevard des Capucines. Il y a près de 140 ans, à cette adresse, des Parisiens en tenue de ville grimpaient dans des wagonnets sur des rails en bois.

La salle que le monde entier associe à Édith Piaf et à Jacques Brel a connu trois vies avant celle que tu connais. La plus surprenante n’est pas celle qu’on croit.

Des rails en bois à l’adresse la plus chic de Paris

Avant de s’appeler Olympia, le lieu s’appelait les Montagnes Russes. Il fonctionnait de 1888 à 1892 et passe pour l’un des premiers grands parcs d’attractions de l’histoire.

Parisiens des années 1890 sur des montagnes russes en bois

L’aventure s’arrête net : le préfet de police craint un incendie et ordonne la fermeture et l’interdiction de l’attraction. Du jour au lendemain, le bâtiment se retrouve sans activité.

Joseph Oller saisit l’occasion. Cet homme est l’un des deux créateurs du Moulin Rouge, et tu en as peut-être déjà lu l’histoire dans le libre-service qui a effrayé la France, un autre lieu où la nouveauté a d’abord fait peur.

Il veut offrir à Paris un endroit de luxe et de glamour. Reste à voir s’il a réussi.

Le soir de l’inauguration, tout le gratin était là

Le 12 avril 1893, l’Olympia ouvre ses portes avec environ 2 000 places. C’est le premier music-hall de ce type à Paris, et sa soirée de gala attire les plus riches et les plus puissants de la capitale.

Au programme, des opérettes et des pantomimes. Le ballet blanc fait aussi partie de la maison dès les débuts.

La salle est considérée comme un théâtre de première catégorie. Pourtant, elle garde l’ambiance des cafés-concerts, avec une grande surface partagée entre concert et théâtre.

Imagine un mélange de salon bourgeois et de bistrot qui chante. Mais ce succès ne dure pas.

1929 : le grand écran avale la scène

À la fin des années 1920, les spectacles de music-hall déclinent. La salle est transformée en cinéma en 1929, sous le nom de Théâtre Jacques-Haïck.

Spectateurs d'un cinéma parisien dans les années 1930

Jacques Haïck n’est autre que le créateur du Grand Rex. Pour beaucoup de Parisiens de l’époque, l’Olympia n’est alors plus qu’une salle de projection parmi d’autres.

Cette parenthèse dure jusqu’en 1954, soit environ 25 ans sans chansonnier ni chanteur. Il a fallu un directeur en difficulté pour tout relancer.

L’homme qui cherchait une salle à sauver… et qui a trouvé la bonne

En 1954, Bruno Coquatrix est à la peine avec sa petite salle, la Comédie Caumartin, qui accumule les échecs commerciaux et artistiques. Au bout de la rue se trouve l’Olympia, que Jacques Haïck veut rendre au spectacle vivant.

Coquatrix est engagé comme directeur du nouvel Olympia. La salle rouvre en février 1954 et devient un music-hall de variétés.

Gilbert Bécaud ouvre le bal. Dans la foulée défilent Georges Brassens, Léo Ferré, Juliette Gréco ou Sidney Bechet.

Mais le plus gros coup de théâtre n’est pas encore arrivé.

1961 : une chanteuse malade sauve la salle de la faillite

En 1961, l’Olympia est au bord de la faillite après une série d’annulations. Édith Piaf, dont la santé est fragile et qui envisage d’arrêter, vole à son secours.

Malade, elle y chante « Non, je ne regrette rien » et enchaîne deux spectacles par soir pendant trois mois. La salle est sauvée, et la chanteuse reprend goût à la scène.

La même année, Johnny Hallyday y déclenche l’euphorie pour ses débuts. En 1964, Jacques Brel y chante « Amsterdam » pour la première fois, et il y fera ses adieux officiels en octobre 1966.

Les Beatles et les Rolling Stones passent aussi par là en 1964. Coquatrix avait le flair pour repérer les talents, et l’exemple des Beatles est resté célèbre.

Ce que tu verrais aujourd’hui en entrant

Aujourd’hui, la salle du 28 boulevard des Capucines compte 1 790 places assises, réparties entre l’orchestre, la mezzanine et le balcon. Avec une fosse debout, elle peut accueillir jusqu’à 2 800 spectateurs.

Le chiffre a de quoi surprendre : la salle de 1893 comptait environ 2 000 places. Le lieu n’a donc pas grandi, il est devenu modulable pour les concerts debout et les événements d’entreprise.

Le bâtiment a été remanié plusieurs fois (1930, 1938, 1954, 1956, 1979, 1997 et 2019). Il a même été déplacé de quelques mètres et classé monument historique.

Au début des années 1990, il a failli être démoli, mais un classement l’a sauvé. Vivendi l’a rachetée en 2001.

Si tu veux un autre exemple d’objet qui a changé de vie sans qu’on s’en rende compte, regarde le passé du téléphone fixe.

Ce qui a fait changer la salle à chaque fois

Chaque transformation de l’Olympia raconte les goûts d’une époque. Le parc d’attractions s’est arrêté pour une question de sécurité, le music-hall s’est effacé devant le cinéma, et le cinéma a cédé la place quand la chanson est revenue en force.

Chaque fois, le bâtiment s’est adapté ou a disparu. Il ne s’est jamais figé.

Tu trouves ça comparable à d’autres lieux qui se sont réinventés ? Pour le ticket d’entrée de Disney World en 1971, la leçon est la même : ce qui paraît énorme aujourd’hui a démarré petit.

Même logique pour les jouets que les plus de 50 ans ont connus, qui ont tous fini par quitter les rayons.

Et dans 30 ans ?

Dans trente ans, quelqu’un écrira peut-être qu’on s’entassait debout dans une salle de concert pour filmer le spectacle avec un téléphone. Notre époque paraîtra aussi étrange que des Parisiens en redingote sur des montagnes russes en bois.

Une chose est sûre : la salle a déjà survécu à un préfet inquiet, à vingt-cinq ans de cinéma, à la faillite et à la démolition. Elle devrait encore en avoir sous le pied.

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