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Pourquoi le camembert est vendu dans une boîte en bois : deux hommes s’en disputent l’invention

Publié par Elsa Fanjul le 18 Oct 2026 à 16:02

Tu la connais par cœur : cette petite boîte ronde en bois clair, avec son étiquette colorée et son couvercle qui coince toujours un peu. Elle est sur toutes les tables de fête, dans tous les frigos, dans toutes les caricatures de la France.

Mais au fait, pourquoi le camembert est-il enfermé dans du bois, alors que presque tous les autres fromages s’en passent ? La réponse tient en deux noms, et les historiens ne sont même pas d’accord entre eux.

Le problème que personne n’avait résolu

Au XIXe siècle, le camembert est un fromage à pâte molle, fragile comme une pêche mûre. Les fromages arrivaient chez les revendeurs en piteux état, abîmés par les chocs, après un voyage sur un simple lit de paille.

La ligne de chemin de fer Paris-Normandie, construite en 1850, avait pourtant tout changé. Elle ramenait le trajet à six heures, contre trois jours en diligence, et les camemberts pouvaient enfin rivaliser sur les étals des Halles.

Restait un détail : arriver entier. Le fromage avait la vitesse, il lui manquait l’armure.

Femme emballant un camembert dans une boîte en bois

Voilà pour la première réponse : la boîte sert à protéger. Mais pourquoi du bois, et surtout, qui a eu l’idée ?

1890 : l’ingénieur de Vimoutiers entre en scène

Vers 1890, un événement change l’histoire du fromage. Le récit le plus répandu attribue la boîte à Eugène Ridel, ingénieur originaire de Vimoutiers, en Normandie, et fils d’ébéniste.

Il aurait mis au point une machine à fabriquer des boîtes de fromage en bois de peuplier. Certaines sources parlent même d’un brevet déposé en 1890.

Fils d’ébéniste, il connaissait le bois. Et c’est là que l’histoire se complique un peu.

Le rival dont on parle moins

D’autres historiens estiment que l’idée vient d’un exportateur, un certain Alphonse Rousset. Selon cette version, c’est un homme du commerce, et non un mécanicien, qui aurait pensé à emballer le fromage de cette façon.

Impossible de trancher avec certitude : les sources se contentent de dire que le récit le plus répandu penche pour Ridel. Ce qui est sûr, c’est que l’emballage, simple, naturel et efficace, a fait décoller les ventes.

Si tu aimes les querelles de paternité autour d’objets du quotidien, sache que le camembert en a d’autres. Mais celle-ci cache un détail plus savoureux encore.

Ce bois qui laisse respirer le fromage

La boîte est fabriquée en bois déroulé, une feuille très fine enroulée sur elle-même, généralement du peuplier. Elle protège le fromage sans l’enfermer complètement.

Le bois permet une certaine respiration tout en limitant les chocs. C’est le contraire d’un emballage hermétique, et c’est bien ce qu’il fallait à un fromage vivant.

Homme ouvrant une boîte de camembert à étiquette ancienne

Autre effet inattendu : le couvercle devient un support publicitaire. Les fabricants y collent des étiquettes colorées avec des vaches, des fermes, des blasons, des monuments ou des scènes militaires.

Ces étiquettes portent un nom savant, « tyrosèmes », et leurs collectionneurs s’appellent des tyrosémiophiles. Oui, ça existe, et c’est plus sérieux qu’on ne l’imagine.

Mais la boîte en bois n’a pas fait que décorer le fromage : elle l’a envoyé à la guerre.

Des tranchées aux tables de l’Angleterre

Pendant la guerre de 1914, le camembert acquiert une notoriété nationale. À partir de 1916, il fait partie de la ration des poilus, avec le « pinard » qui remplacera peu à peu le cidre.

Un fromage qui voyage jusqu’au front doit survivre aux cahots. La boîte, elle, tient le coup.

Et pour l’exportation en bateau, notamment vers l’Angleterre, on a aussi essayé autre chose vers 1900 : des camemberts enfermés dans des boîtes de conserve serties en métal. Le bois ne s’est pas imposé partout dès le départ.

Ce qui reste de tout ça aujourd’hui

Aujourd’hui encore, les boîtes sont faites de peuplier, parfois d’épicéa. Personne n’imagine plus le fleuron des fromages normands sans sa boîte ornée de son étiquette.

Un détail qui sent le futur proche : un site spécialisé évoquait une menace de pénurie de peupliers en France à l’horizon 2020. Ce que devient cette inquiétude depuis, je ne l’ai pas vérifié.

La prochaine fois que tu forceras sur le couvercle, souviens-toi : tu tiens un objet né de la querelle entre un ingénieur et un exportateur, passé par les tranchées. Tu ne regarderas plus jamais cette boîte de la même façon.

Et si la table du fromage te donne envie de creuser, regarde pourquoi on le sert avant le dessert : là encore, tout le monde fait le geste sans savoir d’où il vient. Et pour finir sur un verre, cette vieille histoire de sel sur la nappe a des racines qui remontent au Moyen Âge.

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