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Le « ç » de « garçon » est un Espagnol qui a fui : l’étrange voyage de la cédille

Publié par Hannah Maline le 05 Nov 2026 à 16:01

Tu l’écris cent fois par an sans y penser : « français », « garçon », « leçon », « ça ». Ce petit crochet sous le c est l’un des signes les plus reconnaissables de notre langue.

Mais au fait, d’où sort-il ? Et pourquoi un c se met-il soudain à porter une queue ?

Le problème du c que personne ne remarque

Commençons par l’évidence. La lettre c a deux visages : elle se prononce « k » dans « cadeau » et « s » dans « cité ». Rien ne prévient le lecteur du changement.

En français, la règle est simple : devant e et i, le c sonne « s » tout seul. Devant a, o et u, il sonne « k », sauf si on lui ajoute une cédille. Le signe sert donc à dire « ici, prononce s ».

Voilà pour la fonction. Mais le nom du signe cache déjà un petit piège, et il est plus étonnant qu’il n’y paraît.

Femme écrivant à la plume au bureau en lumière dorée

« Petit c » ? Raté, c’est un « z »

On croit souvent que « cédille » veut dire « petit c ». Faux : le mot vient de l’espagnol cedilla, qui signifie « petit z ». Le crochet que tu traces sous la lettre est, à l’origine, un z minuscule.

Ce z vient de l’écriture gothique, celle des scribes wisigoths de la péninsule ibérique. Selon l’article de Wikipédia sur le sujet, la forme actuelle découle d’un signe médiéval qui ressemblait à un z. Avec le temps, il s’est collé sous le c et a perdu son allure d’origine.

Le plus drôle, c’est ce qu’il notait à l’époque. Et ce n’est pas du tout le son que tu lui donnes aujourd’hui.

Un son qui a changé trois fois

En espagnol ancien, le ç servait à noter un son « ts », comme dans « tsar ». Puis il est devenu « s », et parfois « z » entre deux voyelles. Le signe a donc suivi les glissements de la prononciation.

Quand les Français l’ont adopté, le son « ts » avait déjà évolué vers notre « s » actuel. Le crochet est resté, avec un rôle plus simple : signaler un c doux devant une voyelle dure.

Reste une question : qui a eu l’idée d’importer ce signe espagnol chez nous ? La réponse tient en un nom de libraire et d’imprimeur.

Imprimeur de la Renaissance tenant un caractère métallique près d'une presse

L’imprimeur de Bourges qui a tout changé

Le héros s’appelle Geoffroy Tory, né à Bourges en 1480. Dans son livre Champ fleury, publié en 1529, il plaide pour introduire la cédille en français. Il l’utilise ensuite dans ses propres impressions, dès 1530.

Le signe se répand vraiment en 1533, avec la quatrième édition de L’Adolescence clémentine, imprimée par Tory. Il meurt la même année, en octobre, sans avoir vu son idée gagner toute la France.

Il n’était pas seul à toucher à notre écriture : Tory a aussi fait entrer la virgule et l’apostrophe. Pour savoir comment les petits détails d’écriture se sont fixés chez nous, tu peux jeter un œil à cette histoire du 7 barré.

Wikipédia avance une hypothèse intéressante sur ses motivations. Ces innovations visaient sans doute à faciliter la vente des premiers livres imprimés en français plutôt qu’en latin. Autrement dit, un argument commercial autant que linguistique.

Le grand retournement : l’Espagne l’a abandonnée

Voici la meilleure carte de l’histoire. La cédille est née en Espagne, mais c’est là qu’elle a disparu. Au XVIIIe siècle, elle quitte l’écriture espagnole, tandis que tous les imprimeurs de France l’utilisent.

La raison est simple : les Espagnols ont trouvé des moyens plus pratiques de noter ces sons, avec les lettres s et z. La cedilla est devenue inutile chez eux. En France, elle est restée parce qu’elle réglait un vrai problème.

Le signe a même eu un autre nom un temps : on parlait de « c à queue ». Charmant, non ? Et ce n’est pas fini, car il a continué de voyager hors de nos frontières.

Une lettre qui a fait des petits ailleurs

D’après le Grevisse, diverses écritures modernes ont adopté la cédille, comme l’azéri et le tatar. Le crochet espagnol a donc eu une seconde vie dans des langues sans aucun lien avec le français.

Chez nous, il s’est installé définitivement : « glaçon », « façade », « reçu », « maçon ». Chaque fois que tu l’écris, tu prolonges un geste de scribe vieux de plus de mille ans, selon le point de départ au IXe siècle donné par les sources.

Les règles de notre langue gardent ainsi des surprises. Un autre exemple : la fameuse politesse à table, que l’on retrouve dans ce « bon appétit » mal vu ailleurs.

Ce que ça change pour toi, concrètement

Retiens la règle d’or : la cédille ne se met que devant a, o et u. Jamais devant e ou i, où le c sonne déjà « s » tout seul. C’est une erreur fréquente à l’écrit, qui saute aux yeux de tout correcteur.

Pense aussi aux majuscules : on écrit bien « Ça va ? » et « Ça » avec la cédille. Le signe fait partie de la lettre, il ne disparaît pas parce qu’elle est en capitale.

Pour clore, un clin d’œil : comme pour la date en jour/mois/année, nos habitudes d’écriture semblent évidentes, mais elles viennent toutes de quelqu’un, quelque part. Et les institutions s’en sont emparées, comme avec le « RF » des bâtiments officiels.

Tu ne liras plus jamais « garçon » pareil

Voilà ce petit crochet démasqué : un « petit z » espagnol, né chez les Wisigoths, défendu par un imprimeur de Bourges, et abandonné par ses inventeurs. Chaque ç que tu croiseras ce soir sur un menu ou un panneau racontera cette histoire.

Et si tu as aimé les détails d’écriture, un autre mystère se cache sur la table : la tasse sur sa soucoupe de café. Puis, juste après, un autre classique te attend avec ce café qu’on sert toujours après le repas. Enfin, pour finir sur une question qui divise vraiment le pays, découvre pourquoi certains font 1 bise et d’autres 4.

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