Phares jaunes en France jusqu’en 1993 : l’armée était-elle derrière l’arrêté de 1936 ?
Si tu as roulé de nuit avant les années 1990, tu t’en souviens sûrement : une lueur jaune, douce, presque ambrée, devant chaque voiture française. À l’étranger, on repérait les plaques tricolores rien qu’à leurs phares.
Aujourd’hui, tout le monde roule en blanc. Mais au fait, pourquoi la France s’était-elle mise à part pendant plus d’un demi-siècle ?
Une couleur imposée par la loi, pas par les constructeurs
La première réponse est la plus simple : personne n’avait le choix. Les phares jaunes étaient une obligation réglementaire, pas une mode ni une habitude de garagiste.
Le texte date du 3 novembre 1936. Il s’appliquait d’abord aux véhicules mis en circulation à partir du 1er avril 1937, puis à tout le parc, avec un sursis jusqu’au 1er septembre 1939.
Sauf que la guerre est arrivée entre-temps. Dans les faits, il a fallu attendre l’après-guerre, et ses pénuries, pour que toutes les voitures soient équipées. Mais pourquoi diable choisir le jaune en 1936 ?
L’argument de l’Académie des sciences
Officiellement, la justification était scientifique. À l’époque, on était persuadé que la lumière jaune éblouissait moins que la blanche.
L’idée : quand deux voitures se croisent la nuit, l’œil met moins de temps à se réadapter à l’obscurité après un éblouissement. L’Académie des sciences allait même plus loin, en défendant aussi une meilleure efficacité sous la pluie et dans le brouillard.

Sur le papier, c’était donc une mesure de sécurité routière. Mais un détail dans les archives intrigue les historiens depuis longtemps.
Ce que les militaires auraient réclamé
Nous sommes en 1936, et l’Europe tend l’oreille : les tensions avec l’Allemagne montent. D’après la version la plus répandue, l’armée aurait demandé cette mesure pour distinguer, de nuit comme de jour, les véhicules français de ceux d’un éventuel envahisseur.
L’idée paraît presque trop belle, et certains la contestent, faute de sources solides. Souvent, les décisions touchant à la défense restent discrètes.
Pourtant, la Documentation française indique elle-même que l’adoption s’est faite à la demande des militaires. Autrement dit, la thèse n’est pas une pure légende de comptoir.
Voilà qui donne une saveur particulière à cette lueur jaune : une sorte de ligne Maginot lumineuse. Et l’ironie, c’est ce qui s’est passé ensuite.
Le pays qui n’a été suivi par personne
Autre détail qui fait réfléchir : aucun autre pays n’a pris ensuite une décision comparable. La France a donc maintenu sa règle seule, pendant des décennies.

Ce caractère unique avait un effet très concret. Une Peugeot 205 ou une Renault 4 se reconnaissait au premier coup d’œil à l’étranger, surtout à la tombée de la nuit.
C’est un peu comme la manie de barrer le chiffre 7 ou celle d’écrire la date dans un ordre bien à nous : des habitudes si ancrées qu’on ne les remarque plus, jusqu’au jour où on voyage.
Alors pourquoi avoir fini par renoncer ? La réponse tient en un mot, et il est administratif.
1993 : la fin d’une exception
Le 1er janvier 1993, la France a abandonné l’obligation. Le but affiché : s’aligner sur ses voisins européens et harmoniser l’éclairage des véhicules.
À partir de cette date, tous les nouveaux véhicules immatriculés en France, y compris ceux de l’armée, devaient avoir des phares blancs. Les jaunes ont ensuite disparu des routes avec les vieux modèles.
Ce genre de bascule, voulue par l’État, rappelle ces trois lettres « RF » sur les bâtiments officiels : en France, un symbole peut sortir d’une décision administrative bien plus que d’une tradition populaire.
Peut-on encore rouler avec des phares jaunes ?
Bonne nouvelle pour les nostalgiques : oui, c’est toujours autorisé sur les voitures immatriculées avant 1993. Le code de la route, dans son article R313-3, parle de feux de croisement émettant une lumière jaune ou blanche.
Il exige qu’ils éclairent efficacement la route de nuit, par temps clair, sur au moins 30 mètres, sans éblouir les autres conducteurs. La couleur est donc laissée au choix, du moment que l’éclairage est correct.
Reste à savoir si le jaune était vraiment moins éblouissant. Les sources consultées présentent surtout cet argument comme celui de l’époque, et personne n’a vraiment poursuivi la démarche ailleurs.
Tu ne verras plus jamais un phare de la même façon
En résumé : un arrêté de 1936, une justification scientifique officielle, une probable demande de l’armée, et une exception française tenue jusqu’au 1er janvier 1993. La prochaine fois que tu croiseras une vieille voiture aux phares dorés dans un rassemblement, tu sauras de quelle époque elle vient.
Envie de poursuivre dans les habitudes bien de chez nous ? Découvre pourquoi on ferme ses volets la nuit, même en plein été, ou pourquoi certains font une bise et d’autres quatre.