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Pourquoi toutes les villes ont une rue Victor-Hugo : lui-même a fini sa vie dans l’une d’elles

Publié par Elsa Fanjul le 17 Oct 2026 à 16:01

Tu connais forcément une rue Victor-Hugo. Dans ta ville, dans celle de ta grand-mère, près de la gare d’un bled où tu t’es arrêté une fois. Presque partout où tu poses les pieds en France, elle est là.

Mais au fait, pourquoi lui ? Et pourquoi lui seul a eu droit à un honneur que d’autres écrivains n’ont jamais approché ? La réponse commence par une adresse un peu folle, celle de Hugo lui-même.

Une écrasante majorité de villes, un seul poète

Commençons par l’ampleur du phénomène. Selon un décompte de 2016 repris sur Wikipédia, Victor Hugo compte plus de 2 250 voies à son nom en France. D’autres classements, tirés du fichier officiel des voies de la DGFiP, vont jusqu’à 2 591.

Les chiffres varient selon ce qu’on compte : rues, avenues, boulevards, places, impasses. Dans tous les cas, il figure tout en haut des personnalités les plus souvent citées sur les plaques françaises, aux côtés de Louis Pasteur, de Gaulle ou Jean Jaurès.

La première explication que tout le monde devine est la bonne, mais seulement à moitié : c’est un très grand écrivain. Or la France compte beaucoup de grands écrivains, et aucun n’a envahi les plans de ville à ce point. Il y a donc autre chose, et ça se joue à la fin de sa vie.

L’homme qui recevait son courrier « en son avenue »

Le 27 février 1881, Victor Hugo fête ses 80 ans. Selon la Ville de Paris, des centaines de milliers de personnes défilent sous ses fenêtres pour lui rendre hommage. Un défilé qui dure des heures.

Pour l’occasion, la partie de l’avenue d’Eylau où il habite est rebaptisée avenue Victor-Hugo, dans le 16e arrondissement. Il y vit déjà, il n’en déménagera plus. Un écrivain vivant, avec une avenue à son nom : ce n’est vraiment pas courant.

Foule en hommage à Victor Hugo devant son avenue en 1881

Ses amis s’amusent alors à lui écrire à Monsieur Victor Hugo, « en son avenue ». Le courrier arrivait, évidemment. Et le meilleur reste à venir : son acte de décès porte une mention unique.

Victor Hugo est mort le 22 mai 1885, et l’acte conservé aux Archives de Paris indique qu’il est mort avenue Victor-Hugo. Un poète qui meurt dans une rue qui porte son nom, c’est rare. Mais ce n’est pas encore ça qui a rempli la France de plaques.

Neuf jours qui ont changé les plans de ville

Le vrai déclencheur, ce sont les obsèques. Le 1er juin 1885, Victor Hugo reçoit des funérailles nationales. Son cercueil est d’abord exposé sous l’Arc de Triomphe, puis le cortège rejoint le Panthéon en cinq kilomètres.

D’après la Ville de Paris, plus d’un million de personnes suivent le cortège. Le spectacle est tel que, selon Retronews, on se bat pour obtenir les meilleures places. Peu de Français, de leur vivant, ont déjà vu une telle ferveur pour un écrivain.

Et les conseils municipaux réagissent vite. À Lyon, la rue Bourbon, qui avait déjà changé plusieurs fois de nom au gré des régimes, devient rue Victor-Hugo par une délibération du 26 mai 1885. C’est quatre jours après sa mort.

Cortège des obsèques nationales de Victor Hugo en 1885

Autrement dit, dès la semaine de sa mort, des élus de toute la France ont couru rebaptiser leurs rues. Mais pourquoi cette urgence, et pourquoi lui précisément ? Il y a un contexte politique qui explique la ferveur.

L’exilé devenu le visage d’une époque

Victor Hugo a passé dix-neuf ans en exil, loin de la France. Il rentre à Paris le 5 septembre 1870, au lendemain de la proclamation de la IIIe République. Les Parisiens l’accueillent triomphalement.

Il est ensuite devenu un symbole pour la jeune République, qui cherchait des figures pour s’installer. Les sites spécialisés notent que les personnalités de la IIIe République dominent aujourd’hui encore le classement des noms de rues : Jules Ferry, Gambetta, Clemenceau, Jean Jaurès.

Cette République a aussi laissé d’autres traces visibles partout, dont les lettres que tu croises sur les façades des bâtiments publics. Si ça t’intrigue, on a creusé le sujet avec ces deux lettres « RF » sur les mairies.

La rue Victor-Hugo, c’est donc moins un hommage littéraire qu’une manière de dire : cette ville fait partie de la République qu’il a incarnée. Mais en France, on n’est pas les seuls à avoir eu cette idée.

Et hors de France, il a aussi sa rue

Sa gloire a dépassé les frontières. À Bruxelles, dans la commune de Schaerbeek, une rue Victor Hugo rappelle qu’il y a vécu pendant son exil de 1851 à 1870. Le poète a donc une rue chez les Belges, et pas pour son talent seul.

On en trouve aussi dans d’autres pays francophones. Preuve que l’attachement dépasse la seule politique, et que le personnage touche bien au-delà des Français.

Si tu aimes ces habitudes bien françaises, tu as peut-être déjà vu la carte des bises qui divise le pays. Elle aussi change d’une région à l’autre, mais la rue Victor-Hugo, elle, est partout.

Ce que ta plaque de rue dit de ta ville

La prochaine fois que tu tomberas sur une plaque, regarde-la autrement. Elle date probablement de la fin du XIXe siècle, quand les communes se sont mises à donner des noms de personnages aux rues et à fixer leurs règles. On a d’ailleurs déjà raconté l’histoire derrière le jour/mois/année, autre habitude bien ancrée.

Dans beaucoup de villes, tu verras que les petites rues anciennes gardent des noms de métiers ou de lieux, tandis que les grandes artères portent des noms de gloires nationales. Victor Hugo, lui, sert souvent de rue principale, voire de rue commerçante. Un café en terrasse, un passage où la soucoupe se glisse sous ta tasse, et tu y es.

Et si tu t’y arrêtes pour boire quelque chose, tu sauras peut-être pourquoi le café arrive toujours après le repas. Mais retiens surtout ceci : un écrivain qui reçoit son courrier dans une avenue à son nom, ça n’arrive qu’une fois.

Désormais, chaque rue Victor-Hugo te racontera la même histoire : un poète revenu d’exil, un million de personnes derrière un cercueil, et des maires pressés. Tu ne la liras plus jamais comme une simple plaque bleue.

Envie de poursuivre dans les petites manies françaises qui cachent de grandes histoires ? Va voir pourquoi les Français barrent leur 7, ou pourquoi le fromage passe avant le dessert.

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