Deux randonneurs ouvrent une canette rouillée en forêt : 598 pièces d’or dedans, estimées 330 000 $

Une canette en aluminium rouillée, coincée dans un mur de pierre en pleine forêt : rien qui n’attire l’œil au premier regard. Mais deux randonneurs tchèques ont eu la curiosité de la décrocher, dans les montagnes des Krkonoše. Ce qu’ils ont découvert à l’intérieur dépasse tout ce qu’ils imaginaient. Depuis, experts et numismates tentent de percer un mystère vieux de plusieurs décennies.
Une canette anodine, un trésor de 7 kilos
Tout commence par un détail presque invisible : une canette en aluminium coincée dans un mur de pierre, en sous-bois, dans les montagnes des Krkonoše en République tchèque. Les deux randonneurs, qui ont choisi de rester anonymes, la détachent par simple curiosité.
À l’intérieur, la surprise est immense : 598 pièces d’or, empilées en onze colonnes serrées, chaque paquet soigneusement enveloppé dans un tissu noir. Un mètre plus loin, une seconde découverte les attend : une boîte en fer renfermant seize étuis à cigarettes en or, dix bracelets, un peigne, une chaîne avec une clé, un poudrier et un petit sac à main en maille d’argent.
Le poids total du butin avoisine les 7 kilogrammes, dont 3,7 kg rien que pour les pièces, selon les chiffres rapportés par Indian Defence Review. Deux étuis restent d’ailleurs toujours scellés, jamais ouverts depuis leur enfouissement. Un trésor qui n’est pas sans rappeler d’autres découvertes spectaculaires, comme ce trésor historique trouvé sous un plancher de cuisine ou ces 64 pièces d’or dénichées en jardinant.
Un numismate abasourdi, un puzzle historique complexe
Début 2025, les deux inventeurs se présentent sans rendez-vous au Musée de Bohême orientale, à Hradec Králové. Miroslav Novak, chef du département d’archéologie, raconte à CNN que ce n’est qu’après cette visite improvisée que les archéologues ont commencé à examiner la découverte. L’établissement gardera le silence plusieurs mois avant d’annoncer la trouvaille fin avril.
Le numismate Vojtěch Brádle, cité par Arkeonews, confie que sa mâchoire est littéralement tombée face à l’ensemble. Selon lui, cet assemblage n’a jamais servi d’usage courant : tout indique une dissimulation volontaire, motivée uniquement par la valeur du métal précieux.
Les pièces sont datées de 1808 à 1915. Novak précise que la moitié provient des Balkans, l’autre de France, sans aucune trace de monnaie d’Europe centrale, alors même que le site se situe sur l’ancienne frontière ethnique entre populations tchèque et allemande. Un détail complique encore la datation : plusieurs pièces austro-hongroises portent de petits contre-poinçons apposés en Serbie ou en Bosnie dans les années 1920 et 1930, preuve que l’enfouissement est bien postérieur à la frappe la plus récente. Ce genre d’énigme rappelle d’autres trésors énigmatiques, comme la tombe intacte d’un prince celte découverte sous un rond-point ou ces 409 pièces d’or impériales cachées sous une maison russe.

Déportations, réforme monétaire : trois hypothèses, aucune certitude
La loi encadre strictement ce que deviennent ce type de découvertes, et c’est justement là que se joue le sort du magot. Novak avance trois périodes possibles pour expliquer l’enfouissement : la déportation des populations tchèque et juive sous l’occupation nazie après 1938, l’expulsion des Allemands de Tchécoslovaquie en 1945, ou encore la réforme monétaire communiste de 1953.
Le directeur du musée, Petr Grulich, refuse toute conclusion hâtive. Il estime qu’il est aujourd’hui impossible de dire si cet or était tchèque, allemand ou juif. Le Bureau tchèque des essais analyse actuellement les objets non monétaires pour déterminer leur composition exacte, une étape qui conditionnera la conservation, l’évaluation finale et surtout la récompense.
La loi tchèque prévoit en effet jusqu’à 10 % de la valeur estimée pour les inventeurs, soit une part potentielle sur les 330 000 dollars évalués. Sur les réseaux sociaux, certains commentateurs jugent que l’intégralité du trésor devrait leur revenir, estimant que le dépôt ne correspond pas à la définition légale d’une découverte archéologique. Novak rappelle qu’à seulement 9 kilomètres de là, un autre trésor, 2 700 deniers d’argent du XIIe siècle, avait déjà été exhumé une dizaine d’années plus tôt, dans cette même région boisée peu à peu désertée par ses habitants au XXe siècle, laissant fermes et murets à l’abandon.
Une canette rouillée, un mur de pierre, sept kilos d’or et trois hypothèses historiques qui s’affrontent : ce trésor tchèque n’a pas fini de faire parler de lui. Reste à savoir si l’analyse du Bureau des essais tranchera un jour ce mystère, ou si la forêt des Krkonoše gardera son dernier secret pour elle.