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Le rayon disques du Fnac des années 80 : ces bacs de vinyles ont complètement disparu

Publié par Elsa Fanjul le 30 Juil 2026 à 18:01

Il y a 40 ans, entrer à la Fnac un samedi après-midi ressemblait à un pèlerinage. On fouillait des bacs entiers de vinyles classés par ordre alphabétique, on écoutait un extrait au casque avant d’acheter, on demandait conseil à un vendeur qui connaissait chaque référence par cœur.

Aujourd’hui, ce rayon a quasiment disparu des magasins. Ce qui l’a remplacé raconte à lui seul l’histoire de toute une industrie.

Le temple du vinyle et ses rituels disparus

Dans les années 80, le rayon disques de la Fnac occupait souvent un étage entier. Des bacs en bois à roulettes, remplis de pochettes cartonnées de 30 centimètres, s’alignaient par genre puis par artiste.

Le geste était systématique : on feuilletait les pochettes comme on tournerait les pages d’un livre, en cherchant la couverture qui accrochait l’œil. Le format 33 tours imposait sa propre esthétique, avec des visuels pensés pour être vus de loin.

Adolescent feuilletant des vinyles dans un magasin années 80

Pour écouter avant d’acheter, il fallait se rendre aux cabines d’écoute. Un vendeur plaçait le disque sur une platine, on enfilait un casque relié par un long fil, et on patientait parfois en file indienne pour son tour.

Ces vendeurs étaient une institution à part entière. Recrutés pour leur passion et leur connaissance pointue d’un genre musical, ils orientaient les clients avec une autorité presque universitaire, un peu comme le photomaton d’aéroport dans les années 80 incarnait à sa façon un rituel disparu.

Le CD a fait une entrée fracassante à la Fnac dès le milieu des années 80, d’abord vendu à prix élevé, presque comme un objet de luxe technologique. Il cohabitait avec le vinyle pendant près d’une décennie avant de le supplanter totalement au début des années 90.

Ce qu’il reste du rayon musique aujourd’hui

En 2026, pousser la porte d’une Fnac pour acheter de la musique physique relève quasiment de l’anecdote touristique. Le rayon disques a fondu comme peau de chagrin, réduit à quelques mètres carrés dans les plus grands magasins.

Le vinyle, lui, a fait un retour surprenant depuis une dizaine d’années, porté par une clientèle nostalgique et les collectionneurs. Mais il occupe désormais un espace confidentiel, presque muséal, loin de l’ampleur des bacs d’antan.

Jeune femme devant un petit rayon vinyles moderne

Le CD, quant à lui, a presque disparu des rayons pour de bon. Les jeunes générations ne l’ont parfois jamais acheté, préférant le streaming disponible instantanément sur leur téléphone.

Les cabines d’écoute ont totalement disparu, remplacées par des écrans tactiles proposant des extraits audio à la volée. Le vendeur spécialiste en musique a lui aussi vu son rôle évoluer, la Fnac misant davantage sur le high-tech et l’électroménager pour faire tourner ses magasins.

Le contraste est saisissant avec ce que vivait le rayon poissonnerie du supermarché dans les années 70, où le vendeur restait, lui, indispensable au métier.

Comment le streaming a tout balayé en 20 ans

Le vrai tournant s’est joué au début des années 2000, avec l’explosion du téléchargement puis l’arrivée des plateformes de streaming comme Deezer et Spotify. En quelques années, posséder physiquement un album est devenu superflu pour la majorité des auditeurs.

Les ventes de CD en France ont chuté de plus de 80% entre 2003 et 2015, selon les chiffres du Syndicat national de l’édition phonographique. La Fnac a dû réagir vite pour ne pas couler avec ce marché en perdition.

L’enseigne a alors réorienté ses mètres carrés vers le numérique, les jeux vidéo, l’informatique et l’électroménager, des catégories bien plus rentables. Le rayon musique, autrefois cœur battant du magasin, est devenu accessoire.

Reste le vinyle, paradoxe économique amusant : plus cher à produire, plus encombrant à stocker, il continue pourtant de séduire une clientèle prête à payer pour un objet et pas seulement pour un son.

Et dans 30 ans ?

Les générations futures regarderont sans doute nos habitudes de streaming avec le même étonnement amusé que nous portons aujourd’hui sur les bacs de vinyles. Peut-être qu’un nouvel objet physique reviendra à la mode, comme le vinyle est revenu contre toute attente.

Une chose est sûre : la nostalgie a la vie dure, et le prochain rituel disparu qui fera sourire nos enfants est probablement déjà en train de s’installer sous nos yeux, sans qu’on s’en rende compte.

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