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Le rayon des lessives d’il y a 50 ans : ces boîtes cartonnées ont totalement disparu des rayons

Publié par Elsa Fanjul le 21 Juil 2026 à 18:01
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Dans les années 70, le rayon lessive d’un supermarché français ressemblait à une bibliothèque de boîtes en carton colorées, alignées sur trois étagères maximum. Aujourd’hui, ce même rayon s’étend parfois sur 15 mètres, avec des dosettes, des bouchons doseurs et des dizaines de parfums différents. Entre les deux, une révolution silencieuse a transformé une corvée ménagère en science du marketing.

Femme avec une boîte de lessive vintage années 70

Un rayon minuscule, des boîtes qui pesaient une tonne

Il y a 50 ans, le rayon lessive tenait sur deux ou trois étagères, pas plus. On y trouvait Skip, Persil, Bonux ou Omo : cinq à six marques maximum, chacune déclinée en une seule version.

Les boîtes étaient énormes, souvent en carton épais de 5 kilos, conçues pour durer plusieurs mois. Le poids en rayon était impressionnant : personne n’imaginait alors racheter de la lessive toutes les semaines.

Certaines marques offraient un cadeau caché dans le paquet : un gant de toilette, un verre à moutarde, parfois un petit jouet pour les enfants. Cette pratique, appelée le « cadeau Bonux », faisait partie intégrante de l’expérience d’achat.

Le dosage se faisait au jugé, avec un petit gobelet en plastique fourni dans la boîte. Personne ne parlait encore de « dose exacte » ni d’économie d’eau : on versait large, par principe.

Ce rayon minimaliste reflétait une époque où le choix n’était pas encore devenu un argument marketing. Ce qui allait suivre dans les décennies suivantes allait tout bouleverser.

Dosage de lessive en poudre dans les années 70

Aujourd’hui, un mur entier et des dizaines de formats

En 2026, le rayon lessive d’un hypermarché peut s’étirer sur 10 à 15 mètres linéaires. On y compte facilement une trentaine de références, entre marques nationales, marques de distributeur et gammes bio.

Les boîtes en carton ont quasiment disparu au profit des bidons liquides, des dosettes solubles et des perles concentrées. Le format « 3 en 1 » avec adoucissant intégré s’est imposé comme un argument de vente à part entière.

Le dosage lui-même a changé de logique : les capsules pré-dosées suppriment tout calcul, quand les marques distributeur misent sur des formules ultra-concentrées qui divisent par deux la quantité nécessaire par lavage.

Le marketing olfactif a aussi pris une place centrale : lavande, fleur de coton, musc blanc, chaque parfum cible un profil de consommateur précis. Une seule marque peut proposer huit variantes de senteur différentes.

Ce basculement ne doit rien au hasard. Trois facteurs bien identifiés expliquent cette explosion de l’offre.

Pourquoi ce rayon a explosé en 50 ans

Le premier facteur, c’est l’arrivée massive de la concurrence internationale dans les années 80-90. Procter & Gamble, Unilever et Henkel se sont livré une guerre commerciale acharnée, chacun multipliant les références pour grignoter des parts de linéaire.

Le deuxième facteur est écologique : les lessives concentrées et les capsules solubles répondent à une demande croissante de réduction des emballages plastiques et de l’empreinte carbone du transport.

Le troisième facteur touche directement au portefeuille des Français. Les marques de distributeur, souvent 30 à 40% moins chères que les grandes marques, ont forcé toute l’industrie à segmenter son offre pour ne perdre aucun segment de clientèle.

Résultat : ce qui était un choix simple entre cinq boîtes est devenu un vrai casse-tête devant un mur de références. Beaucoup de consommateurs avouent aujourd’hui choisir leur lessive uniquement à l’odeur ou au prix au kilo.

Ce même phénomène de prolifération touche d’ailleurs presque tous les rayons de supermarché, des céréales aux produits de boulangerie, où le choix a explosé sans forcément simplifier la vie des acheteurs.

Et dans 30 ans ?

Les industriels planchent déjà sur les lessives en poudre à diluer soi-même, vendues en vrac pour réduire encore l’emballage. Certaines enseignes testent des distributeurs de lessive rechargeable, où l’on vient avec sa propre bouteille.

Dans 30 ans, nos petits-enfants regarderont peut-être nos rayons actuels, avec leurs dizaines de bidons en plastique, avec la même stupéfaction que nous face aux boîtes en carton des années 70. Chaque génération croit avoir atteint le sommet de la modernité, avant que la suivante ne la trouve complètement dépassée.

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