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Roland-Garros en 1928 : 5 courts, 10 000 places et un stade bâti en bois en un hiver

Publié par Hannah Maline le 22 Oct 2026 à 18:02

En 1928, le stade Roland-Garros n’était qu’un chantier hivernal sorti de terre à la porte d’Auteuil. Cinq courts, du bois, et une finale de Coupe Davis à accueillir à tout prix.

Presque un siècle plus tard, le même lieu affiche un toit rétractable et des séances nocturnes. Entre les deux, le stade a connu une guerre, des bulldozers et un détail que peu de spectateurs imaginent.

Un stade de bois sorti de terre en un hiver

Tout commence par une victoire. Les « Quatre Mousquetaires » rapportent la Coupe Davis en France, et il faut un stade capable de la défendre. Les installations existantes sont jugées trop petites.

Le stade est donc construit en bois pendant l’hiver 1927-1928, sur un terrain du Stade français. Il s’étend sur 3,25 hectares et compte 5 courts. Le court central peut accueillir 10 000 spectateurs.

Chantier du stade en bois de 1928

Son nom ne doit rien au tennis. Il rend hommage à Roland Garros, pionnier de l’aviation mort en combat aérien en 1918. C’est Émile Lesieur, ancien camarade d’HEC de l’aviateur, qui impose ce nom pour honorer sa mémoire.

Le tournoi, lui, existait déjà depuis 1891. Il se jouait ailleurs, sur d’autres courts, avant de s’installer ici. Mais le lieu a connu une période bien moins sportive, et ce n’est pas la plus connue.

Le camp de transit sous les tribunes

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le stade est réquisitionné par les autorités. Il devient un camp de transit pour des étrangers jugés indésirables. Les prisonniers sont parqués sous le court central.

L’écrivain Arthur Koestler fait partie des 600 personnes qui y sont passées. Difficile d’imaginer ça en regardant une finale en mondovision.

Après la guerre, le tournoi reprend. Les tournois organisés sous l’Occupation, réservés aux Français et à quelques francophones, ne sont pas comptés dans l’histoire officielle. Le décompte s’arrête en 1939 et reprend en 1946.

Reste à voir ce que le lieu est devenu depuis. Spoiler : il a mangé tout le quartier de ses courts.

Du bois aux 15 000 places et au toit mobile

Aujourd’hui, le court Philippe-Chatrier compte 15 000 places : 8 000 en couronne basse, dont 230 loges, et 7 000 en couronne haute. Il a été rénové en 2020 et dispose d’un toit rétractable.

Court Chatrier avec toit rétractable au crépuscule

Ce toit est dessiné comme une aile d’avion. Il rappelle le biplan de l’aviateur dont le stade porte le nom. Un clin d’œil que peu de spectateurs remarquent.

Côté superficie, le stade dépasse désormais 13 hectares, contre 3,25 en 1928. Le complexe compte une vingtaine de courts, dont trois grands stades : Philippe-Chatrier, Suzanne-Lenglen et Simonne-Mathieu. Le contraste avec les 5 courts d’origine est net.

Les prix ont suivi. Pour l’édition 2026, la grille officielle va de 15 euros pour un court annexe à 420 euros pour une finale sur le Chatrier. Les séances nocturnes, rendues possibles par le toit, démarrent à 50 euros.

Et ces chiffres cachent une surprise : le court central a déjà perdu des places. Pourquoi un stade qui grandit en réduit-il son plus grand court ?

Pourquoi le stade n’a jamais cessé de grandir

Dès le milieu des années 1970, le stade compte 9 courts sur 3,35 hectares. Un premier chantier touche le court central en 1975. Puis tout s’accélère dans les années 1980.

Entre 1979 et 1980, un deuxième grand court est construit pour 4 500 spectateurs, à la place de deux courts et de l’Institut Marey. Les travaux coûtent 32 millions de francs. Entre 1982 et 1986, le stade passe à 19 courts, pour 52 millions de francs de plus.

En 1989, la place des Mousquetaires est aménagée. Elle accueille les statues en bronze de Lacoste, Borotra, Cochet et Brugnon. Le chantier de 1992 à 1994 construit un nouveau court de 10 000 places, qui prend en 1997 le nom de Suzanne Lenglen, et porte le stade à 7,9 hectares pour 230 millions de francs.

Après 1999, le central est reconstruit pour plus de confort. Sa capacité passe de 16 500 à 15 000 places. Le stade a donc sacrifié des sièges pour des vestiaires, une salle de presse et des espaces pour les partenaires.

Le moteur de cette croissance est simple : un tournoi mondial, des télévisions et des partenaires. Un stade de bois ne suffisait plus. Pour d’autres lieux qui ont connu une mue du même genre, regarde le premier Carrefour de 1963.

Et dans 30 ans, que dira-t-on de nous ?

En 1928, personne n’imaginait un court central avec un toit mobile. En 2026, personne n’imagine ce que sera le tournoi dans un siècle. Chaque époque se croit au sommet.

Ce goût du changement se retrouve partout, des jouets disparus des rayons au téléphone fixe. Même le ticket d’entrée de Disney World en 1971 fait sourire aujourd’hui.

Si le sport de juin t’intéresse, cette éphéméride du 3 juin cache un vélo qui a marqué l’histoire. Et une dernière curiosité t’attend : pourquoi le STOP est écrit en anglais en France.

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