En 1983, un professeur achète un silo à missiles nucléaires abandonné pour 40 000 dollars : 37 ans plus tard, il le met en vente 3,2 millions
Une porte blindée de 47 tonnes, des murs de béton armé, une salle de contrôle de tir encore intacte. Il y a soixante ans, cet endroit abritait un missile nucléaire pointé vers l’Union soviétique. Aujourd’hui, c’est une maison. Et l’homme qui l’a sauvée de la ruine a fait d’une base militaire inondée un véritable château souterrain.

Une base nucléaire au milieu des champs
L’histoire commence dans les grandes plaines du Kansas, aux États-Unis, à l’ouest de la ville de Topeka. En pleine guerre froide, l’armée américaine y construit un réseau de sites de lancement de missiles nucléaires.
Selon Military.com, le site est construit en 1959 pour le Strategic Air Command, le commandement chargé de la dissuasion nucléaire américaine. Il fait partie des neuf sites de missiles installés autour de Topeka.
Il abrite un missile intercontinental Atlas E. Selon le magazine The Pitch, l’engin était équipé d’une charge de quatre mégatonnes. Des équipages de six hommes s’y relayaient, venus de la base aérienne de Forbes, entre 1961 et 1965.
Abandonné après seulement quelques années
La carrière militaire du site est pourtant très courte. Les missiles Atlas sont rapidement dépassés par des modèles plus modernes. Selon Military.com, le site est abandonné et vendu dès 1965.
Commence alors une longue période d’oubli. Selon The Pitch, la base est dépouillée de ses métaux de valeur par une entreprise de récupération. Les eaux souterraines envahissent peu à peu le bunker.
Ces vestiges de la guerre froide n’ont pas fini de livrer leurs secrets. Nous vous avions raconté comment la NASA a retrouvé par hasard 21 tunnels secrets sous la glace du Groenland, datant de la même époque.
Un professeur d’histoire tombe sous le charme
C’est là qu’intervient Ed Peden. Au début des années 1980, il est professeur d’histoire à Topeka. Selon le Christian Science Monitor, c’est à cette époque qu’il entend parler de l’ancienne base.
La première visite a de quoi décourager n’importe qui. Le bunker est inondé. Ed Peden l’explore en canoë, à la lueur d’une lampe torche, comme on visiterait une grotte.
Il ne renonce pas pour autant. Selon The Pitch, il achète le site pour 40 000 dollars, vers 1983. Le terrain s’étend sur environ 13 hectares et comprend même une piste d’atterrissage.
Un million de gallons d’eau à pomper
Reste à rendre l’endroit habitable. Et le chantier est titanesque. Selon Military.com, Ed Peden doit pomper plus d’un million de gallons d’eau, soit près de 4 millions de litres, et évacuer 80 brouettes de boue.
Selon The Pitch, il nettoie aussi les dépôts et retire les cloisons détruites par l’eau. Les murs, eux, sont faits d’au moins 45 centimètres de béton armé, et le plafond est recouvert d’environ un mètre de terre.
Dans un premier temps, l’ancienne baie de lancement sert d’atelier pour une petite entreprise de fabrication d’ULM. Puis, en 1994, Ed Peden s’y installe avec sa femme, Dianna, et leurs filles adolescentes, selon le Christian Science Monitor. Les jeunes filles se plaignent parfois de vivre sous terre.
Une maison derrière une porte de 47 tonnes
Pour entrer chez les Peden, il faut d’abord emprunter un tunnel métallique d’environ 36 mètres. Selon le Christian Science Monitor, l’ancienne baie de lancement est devenue le garage. Elle est fermée par une porte automatique de 47 tonnes.
Dans l’entrée trône un panneau de contrôle des années 1960. Et une trappe de secours porte toujours l’inscription « EXIT ».
Selon Mental Floss, la partie habitable s’étend sur environ 600 mètres carrés, répartis sur trois niveaux souterrains. On y trouve quatre chambres, une bibliothèque, plusieurs cuisines et même un auditorium avec une scène.
L’ancienne salle des commandes de tir est devenue le salon. Selon The Pitch, on y trouve désormais une arche en vitrail rétroéclairée et une plaque portant l’inscription « Love All », « Aimez tout le monde ».
Ces maisons construites dans des lieux improbables nous fascinent toujours autant. Nous vous avions raconté l’histoire de cet homme qui vit depuis 25 ans dans un Boeing 727 au milieu d’une forêt.
« Les châteaux de ce siècle »
Le couple baptise sa maison Subterra Castle, le château souterrain. En surface, ils ajoutent deux tours d’observation en forme de tourelles de château, une serre solaire et un jacuzzi.
Pour Dianna Peden, il ne s’agit pas d’un abri pour la fin du monde. Interrogée par la radio publique américaine NPR, elle explique que beaucoup les prennent pour des survivalistes, mais que c’est « simplement un choix de vie ». Le couple utilise surtout les lieux pour recevoir.
Ed Peden, lui, se voit comme le gardien de ces structures, qu’il appelle « les châteaux de ce siècle », selon le Christian Science Monitor.
Il en a fait un business
L’histoire ne s’arrête pas à sa propre maison. Ed Peden se lance dans la revente d’anciens sites de missiles, sous le nom de Twentieth Century Castles.
Selon The Pitch, tout commence quand les propriétaires d’un autre site, à Wamego, lui demandent de trouver un acheteur. Il le vend 200 000 dollars. Il contacte ensuite les propriétaires de 129 anciens sites et leur achète des options d’achat pour quelques dollars, avant de revendre les bases plus cher.
Selon Mental Floss, sa société a vendu environ 57 anciens sites de missiles depuis 1995. Et après les attentats du 11 septembre 2001, selon The Pitch, il reçoit cinq fois plus de demandes que d’habitude.
Mis en vente 3,2 millions de dollars
Après plus de trente ans de travaux, les Peden décident de tourner la page. Selon Business Insider, en janvier 2020, le couple souhaite réduire son train de vie et met la propriété en vente pour 3,2 millions de dollars.
Soit 80 fois le prix payé par Ed Peden pour l’ancienne base inondée.
Mais l’acheteur ne se presse pas. En février 2021, selon Military.com, le prix est tombé à un peu moins de 1,6 million de dollars, soit environ la moitié de l’annonce initiale. Plus tard, le site Wide Open Country évoque une « transaction immobilière en cours ». Nous n’avons pas trouvé confirmation du prix de vente final.
Ces maisons qui n’auraient jamais dû en être
Le château souterrain des Peden rejoint la liste de ces logements hors du commun. Nous avions rassemblé ces maisons installées dans un château d’eau, un wagon ou un bus scolaire, ou encore cette cabine de téléphérique achetée 500 euros et devenue une maison perchée.
Certains vont encore plus loin, comme cette femme qui a acheté un Boeing 747 pour en faire le toit de sa maison à Malibu. Et les bases secrètes de la guerre froide continuent de refaire surface, comme le montrent ces sites militaires que la science vient de retrouver. Mais rares sont ceux qui ont transformé un missile nucléaire en salon.