Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Insolite

Sudoku : le jeu « japonais » a été inventé par un Américain mort sans le savoir

Publié par Elsa Fanjul le 16 Oct 2026 à 10:01

Tu fais ta grille de Sudoku dans le train, à la plage ou aux toilettes, persuadé de jouer à un casse-tête venu tout droit du Japon. Le nom sonne japonais, les grilles ont l’air japonaises, et tout le monde le répète. Sauf que c’est faux.

L’inventeur, lui, est mort en 1989 sans jamais savoir ce que sa création allait devenir. Et son nom est resté dans l’ombre pendant des années.

Le casse-tête que tout le monde situe au mauvais endroit

Commençons par démonter l’idée reçue. Contrairement à ce que son nom suggère, le Sudoku n’est pas d’origine japonaise : son lointain ancêtre est le « carré latin », imaginé au XVIIIe siècle par le mathématicien suisse Leonhard Euler.

Euler s’était lui-même inspiré du « carré magique » chinois. Autrement dit, le jeu a voyagé bien avant de croiser un seul Japonais. Mais la version que tu connais, avec ses neuf blocs de neuf cases, est beaucoup plus récente.

Et elle n’a pas été conçue dans un bureau de Tokyo. Pour la trouver, il faut traverser le Pacifique, direction l’Indiana.

Architecte américain dessinant une grille de chiffres à sa table

Un architecte à la retraite, une planche à dessin et un nom oublié

En 1979, un Américain de 74 ans, Howard Garns, architecte retiré à Connersville, met au point la grille moderne. Il parvient à la vendre à des magazines de jeux, Dell Pencil Puzzles et Word Games, sous un nom bien peu glamour : Number Place, soit « placement de chiffres ».

Ses anciens collègues d’un cabinet d’architectes d’Indianapolis se souviennent l’avoir vu plancher sur son jeu sur une des tables à dessin de l’entreprise. Une passion de bureau, rien de plus, à l’époque.

Number Place paraît dans les magazines, sans signature en gros ni célébrité. Mais un Japonais feuilletait justement l’un de ces magazines.

L’éditeur japonais qui a tout rebaptisé

Maki Kaji travaille alors dans une imprimerie et tombe sur le casse-tête dans une publication américaine. Il le publie en 1980 dans le magazine de puzzles Nikoli, avant de fonder sa propre maison d’édition, du même nom.

En 1984, il lui donne un nom à rallonge : « Suji wa dokushin ni kagiru », que l’on peut traduire par « les chiffres doivent rester seuls ». Trop long, évidemment. Les Japonais gardent alors le premier kanji de chaque mot et le raccourcissent en « Sudoku ».

Le coup de génie est ailleurs, pourtant. Et il tient à une règle toute bête de mise en page.

Éditeur japonais découvrant une grille de puzzle dans une imprimerie

Les deux détails qui ont tout fait décoller

En 1986, Nikoli limite à 30 le nombre de cases pré-remplies et les dispose autour du centre de la grille. Ces deux innovations assurent la popularité du jeu au Japon, où le succès est immédiat.

Autre détail piquant : au Japon, « Sudoku » est une marque déposée. Les concurrents de Nikoli ont donc dû continuer d’employer Number Place pour éviter les ennuis juridiques.

Le jeu est donc né américain, a été rebaptisé japonais, puis est revenu chez nous sous un nom étranger. Il restait à le faire entrer dans ton journal du matin.

Comment le monde entier s’y est mis

La suite appartient à l’Occident. Un Néo-Zélandais a écrit le logiciel capable de générer des grilles, et un quotidien londonien a lancé le phénomène en 2004. En France, c’est en juillet 2005 que Sport cérébral le fait découvrir aux lecteurs, aussitôt imité par tous les grands quotidiens.

Aujourd’hui, Nikoli estime à 200 millions le nombre de joueurs réguliers. Un championnat du monde a même lieu chaque année depuis 2006.

Et Howard Garns dans tout ça ? C’est la partie la plus ironique de l’histoire.

Celui qui n’a jamais su

Garns est mort le 6 octobre 1989. Il n’a donc jamais vu son idée devenir un phénomène mondial, et il n’a été reconnu comme son créateur qu’après sa mort.

Tout le monde a cru pendant des années que le jeu venait du Japon. Un architecte de l’Indiana a pourtant passé des heures à trier des chiffres sur une planche à dessin, sans savoir qu’il remplirait les grilles de la planète.

La prochaine fois que tu poses un 7 dans une case, tu pourras raconter ça à un pote : il ne te croira pas, et c’est tout le plaisir.

Envie d’un autre inventeur dans l’ombre ? Découvre comment le Monopoly a été conçu pour ruiner ses joueurs, ou pourquoi Levi Strauss a inventé les rivets en cuivre que tu as sur ton jean. Tu peux aussi voir la vraie raison de la semelle rouge de Louboutin, le vrai nom complet de Barbie ou le jour où un homme a couru un mile en moins de 4 minutes.

Et pour finir sur une autre histoire de détournement, lis comment Fanta a été inventé faute de Coca-Cola, ou pourquoi le Bibendum est blanc depuis 1898.

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *