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UPS : pourquoi les camions de livraison ne tournent presque jamais à gauche — et les économies sont folles

Publié par Elsa Fanjul le 18 Juin 2026 à 10:01

Tu reçois des colis UPS depuis des années. Les gros camions marron sillonnent ta rue, déposent tes paquets et repartent. Mais tu n’as jamais remarqué un truc : leurs chauffeurs évitent systématiquement de tourner à gauche. Et cette obsession a un nom, un algorithme, et des chiffres qui donnent le vertige.

Le jour où un ingénieur a redessiné 100 000 itinéraires

En 2004, UPS livre environ 15 millions de colis par jour aux États-Unis. Chaque camion parcourt en moyenne 150 km quotidiens, souvent dans des zones urbaines denses. L’entreprise cherche à réduire ses coûts de carburant, qui explosent.

Camion UPS marron tournant à droite dans une ville

Un groupe d’ingénieurs de la division logistique développe alors un logiciel baptisé ORION — pour « On-Road Integrated Optimization and Navigation ». Son principe est simple en apparence : recalculer les trajets de chaque chauffeur pour réduire les coûts au maximum.

Mais la trouvaille centrale du système n’est pas un raccourci ou un GPS plus malin. C’est une règle qui semble absurde : interdire autant que possible les virages à gauche. Oui, tourner à gauche. Le geste que tu fais dix fois par trajet sans y réfléchir.

Et pourtant, les chiffres derrière cette décision sont tellement massifs que l’entreprise en a fait une doctrine interne quasi religieuse.

Pourquoi un virage à gauche coûte si cher

Dans les pays qui roulent à droite, tourner à gauche à une intersection oblige à couper le flux de circulation opposé. Le camion doit attendre que la voie soit libre, moteur au ralenti. Parfois 30 secondes, parfois plusieurs minutes.

Chauffeur de camion suivant un itinéraire GPS optimisé

Ces minutes cumulées sur 100 000 véhicules chaque jour représentent un gouffre. Le moteur tourne, le diesel brûle, le chauffeur perd du temps. Et surtout, le risque d’accident augmente drastiquement : aux États-Unis, 61 % des accidents aux intersections impliquent un virage à gauche, selon la National Highway Traffic Safety Administration.

En comparaison, un virage à droite ne nécessite aucune attente. Le camion suit le flux naturel du trafic, accélère immédiatement et repart. Trois virages à droite consécutifs permettent d’ailleurs de revenir dans la direction souhaitée — exactement comme un virage à gauche, mais sans jamais s’arrêter.

C’est mathématiquement plus long en distance. Mais en temps réel et en consommation de ressources, c’est radicalement plus court. Et les résultats l’ont prouvé à une échelle que personne n’avait anticipée.

Les chiffres qui ont convaincu tout le monde

Dès la première année complète d’application, UPS a réduit sa flotte de 1 100 camions. Pas en licenciant du personnel, mais parce que les trajets optimisés permettaient de livrer plus de colis avec moins de véhicules sur la route.

L’entreprise a économisé environ 38 millions de litres de carburant par an. C’est l’équivalent de la consommation annuelle d’une ville de 20 000 habitants. La réduction des émissions de CO₂ a atteint 20 000 tonnes métriques, soit autant que 5 000 voitures retirées de la circulation pendant un an.

Le temps de livraison moyen par colis a baissé aussi. Moins d’attente aux intersections signifie plus de livraisons par heure. UPS estime qu’un chauffeur effectue en moyenne 120 livraisons par jour — et que chaque seconde gagnée par arrêt se multiplie par des millions sur l’année.

Aujourd’hui, les camions UPS ne tournent à gauche que dans 10 % de leurs manœuvres. Les 90 % restants sont des virages à droite, calibrés par l’algorithme ORION. Mais ce n’est pas le détail le plus surprenant de cette histoire.

Le détail que même les chauffeurs ne soupçonnaient pas

Quand UPS a déployé le système, les chauffeurs ont d’abord résisté. Certains faisaient ce métier depuis 20 ans. Ils connaissaient leur quartier par cœur et trouvaient absurde qu’un logiciel leur impose des détours apparents.

La direction a dû organiser des sessions de démonstration, GPS en main, pour prouver que le trajet « plus long » était en réalité plus rapide. Un chauffeur de New York, cité par le Wall Street Journal, a admis avoir gagné 45 minutes sur sa tournée quotidienne après avoir accepté de suivre les nouvelles routes.

L’autre surprise : l’impact sur la sécurité. Depuis l’application de la règle, le nombre d’accidents impliquant des camions UPS aux intersections a chuté de façon significative. Moins de croisements dangereux, moins de collisions latérales, moins de sinistres à indemniser.

Et la méthode a fait école bien au-delà d’UPS. Le service de cartographie de nos GPS quotidiens intègre désormais cette logique. Google Maps et Waze privilégient les virages à droite dans leurs calculs d’itinéraire, sans que tu le saches.

MythBusters l’a testé — et le résultat est sans appel

En 2013, l’émission américaine MythBusters a voulu vérifier si la méthode UPS tenait la route — au sens propre. L’équipe a envoyé deux véhicules identiques livrer les mêmes adresses dans San Francisco.

Le premier suivait un itinéraire classique avec des virages à gauche autorisés. Le second appliquait la règle UPS : uniquement des virages à droite. Résultat : le second véhicule a consommé moins de carburant, terminé sa tournée plus vite et parcouru à peine plus de kilomètres.

Le mythe était confirmé. Et depuis, d’autres entreprises de logistique comme FedEx et DHL ont adopté des variantes de cette stratégie. Même des municipalités américaines repensent leurs réseaux routiers en intégrant ce principe.

La prochaine fois que tu vois un camion UPS faire un détour bizarre dans ton quartier, tu sauras pourquoi. Et la prochaine fois que tu tournes à gauche dans un carrefour encombré, pense aux 38 millions de litres que tu aurais pu économiser. Raconte ça à un pote automobiliste — il ne regardera plus jamais son volant pareil.

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