Ce message radio russe capté après le missile qui a frappé la Pologne à 55 km reste indéchiffrable

Quelque part en Russie, une antenne émet depuis plus de quarante ans un bourdonnement continu, interrompu de temps à autre par des voix qui lâchent des mots sans queue ni tête. On l’appelle « le Buzzer ». Son vrai nom : UVB-76. Et depuis qu’un missile a frappé le sol polonais, ses messages inquiètent plus que jamais.
Un missile en Pologne, puis des mots étranges à la radio
Tout commence avec un incident bien réel. Un missile s’est écrasé en Pologne, creusant un cratère de 10 mètres de large à 55 kilomètres à l’intérieur du territoire. Le Premier ministre polonais Donald Tusk a été formel : les fragments récupérés pointent « en toute probabilité » vers un missile russe Kh-101.
Ce n’est pas la première fois que des armes russes s’invitent dans l’espace aérien polonais, et l’épisode a suffi à remettre les projecteurs sur une vieille obsession des amateurs de mystères géopolitiques : la fréquence UVB-76, surveillée depuis des années par des passionnés du monde entier.
Peu après l’incident, la station a craché une série de mots qui n’ont, en apparence, aucun sens : « Bribetaker », « Sexofat », « Monarchist », « Motel », « Muzopayus », « Stepenny » et « Levretka ». Traduit du russe, « Levretka » signifie tout bêtement lévrier italien. « Stepenny » renvoie lui à un vocabulaire militaire ou religieux orthodoxe. De quoi laisser songeur quiconque cherche une explication rationnelle à cet héritage encombrant de la Guerre froide.
Des codes qui reviennent depuis des années sans jamais s’expliquer
Le phénomène n’a rien de nouveau. D’autres messages ont été enregistrés dans la même série, tout aussi opaques. L’un d’eux contenait le mot « Kletka », qui peut désigner en russe une cellule biologique, une case dans une grille, ou une cage.
Un autre message évoquait « Nedotepa », très proche du terme « nedotjopa », qui qualifie une personne maladroite. Rien de tout cela ne forme un message clair, et c’est précisément le principe : une transmission que des milliers de gens peuvent capter, mais que presque personne ne peut comprendre.
Le professeur David Stupples, spécialiste en ingénierie radio et électronique à la City University of London, a confirmé au magazine Popular Mechanics qu’il s’agit « presque certainement » d’un outil utilisé par le gouvernement russe. Sa conclusion est sans détour : « Si c’est bien le gouvernement russe, ce n’est certainement pas à des fins pacifiques. »
Le Kremlin, de son côté, n’a jamais officiellement commenté cette radio ni ses messages, entretenant volontairement le flou depuis des décennies. Un silence qui alimente autant les théories du complot que les vrais experts du renseignement électronique, un peu à la manière dont certains signaux technologiques modernes interrogent, comme les rumeurs autour de deux intelligences artificielles qui échangeraient entre elles.

Le vrai calendrier de ces messages fait froid dans le dos
En reprenant l’historique de The Sun, on découvre une chronologie troublante. Le 15 avril de l’année dernière, la radio a diffusé « Neptune », « Thymus », « Foxcloak » et « Nootabu ». Un mois plus tard, le 19 mai, un message plus complexe encore, « NZhTI 89905 BLEFOPUF 4097 5573 », a précédé de peu un appel téléphonique entre Vladimir Poutine et Donald Trump.
En septembre, un nouveau message a suivi : « NZHTI » et « HOTEL », accompagnés d’une série de chiffres — 38, 965, 78, 58, 88, 37 — qui ne correspondent à aucune loterie connue. Puis en décembre, une salve encore plus fournie : « Pepper Shaker », « Transfer », « Pabodoll », « Spinobaz », « Frigoria », « Opalny », « Snopovy » et « Myuonosvod ».
Ces enchaînements suivent-ils une logique liée aux tensions diplomatiques du moment ? Personne, en dehors du Kremlin, ne peut le certifier avec précision. Ce qui frappe surtout, c’est la régularité troublante avec laquelle ces messages semblent coïncider avec des moments charnières de l’actualité internationale, un peu comme certains signaux inquiétants scrutés par les chercheurs ces dernières années.
Le radio-observateur Ary Boender, l’un des plus assidus suiveurs de la fréquence, avance des hypothèses vertigineuses : un vieux « bouton mort » soviétique programmé pour déclencher une frappe nucléaire si le signal s’arrête, ou même un dispositif de guidage pour ovnis. Des pistes séduisantes pour les amateurs de science-fiction, mais que les spécialistes du renseignement jugent, elles, beaucoup moins crédibles.
Un bourdonnement, quelques mots absurdes, et des décennies de silence officiel : voilà tout ce que le monde sait vraiment d’UVB-76. La prochaine salve de codes tombera-t-elle avant ou après le prochain incident aux frontières de l’Europe ? Pour l’instant, seul le Buzzer connaît la réponse.