Sous 30 mètres de glace au Groenland dort une ville secrète de l’armée US, abandonnée avec ses déchets radioactifs en 1967

Sous la calotte glaciaire du Groenland, à 30 mètres de profondeur, une ville entière attend depuis 1967. Construite par l’armée américaine en pleine guerre froide, elle abritait un réacteur nucléaire, des centaines de soldats, et un secret que même le Danemark ignorait. Ce que cache vraiment cette cité fantôme sous la glace va bien plus loin qu’un simple centre de recherche polaire.
Une ville secrète creusée dans la glace pour cacher un projet fou
En 1959, l’armée américaine présente Camp Century comme un centre de recherche scientifique arctique. Des reportages télévisés vantent l’exploit technique : une ville souterraine alimentée par un réacteur nucléaire portable, avec ses 21 tunnels totalisant 3 kilomètres. La réalité, elle, est bien plus inquiétante que ce que Washington veut bien admettre.
Derrière la façade scientifique se cache le Projet Iceworm, un programme secret visant à déployer jusqu’à 600 missiles nucléaires mobiles sous la glace, capables d’atteindre l’URSS. Le pire ? Le Groenland appartient au Danemark, allié historique des États-Unis, mais jamais consulté ni informé de ce contournement diplomatique assumé.
Le plan prévoyait un réseau de 4 000 kilomètres de tunnels sur une surface de 130 000 km², soit trois fois la taille du Danemark. Il aurait fallu 11 000 soldats vivant en permanence sous la neige, une population comparable à celle d’une petite ville française.
Un projet titanesque, resté secret pendant plus de trente ans, à mille lieues des tractations énergétiques plus classiques entre grandes puissances.
Le docteur Robert Weiss, jeune médecin envoyé sur place au début des années 1960, se souvient d’une existence quasi surréaliste, comme le racontent certains récits d’événements historiques oubliés qui refont surface des décennies plus tard.
L’armée abandonne tout : carburant, eaux usées, déchets radioactifs
La glace, censée être stable, se déforme plus vite que prévu. Les tunnels s’écrasent, les rails destinés aux missiles se tordent. Le Projet Iceworm est abandonné avant même d’avoir dépassé le stade expérimental. L’armée retire son réacteur nucléaire et plie bagage définitivement en 1967.
Mais elle laisse tout le reste. Une étude de référence publiée en 2016 par une équipe internationale associant l’université de Zurich a fait le compte : environ 200 000 litres de carburant diesel, soit l’équivalent de 80 tours du monde en voiture, et 240 000 litres d’eaux usées, incluant un volume inconnu de liquide de refroidissement faiblement radioactif issu du générateur nucléaire.
À cela s’ajoutent des polychlorobiphényles, des composés toxiques utilisés dans la construction à l’époque et aujourd’hui classés cancérogènes. Le pari des militaires était simple : laisser la neige recouvrir le tout pour l’éternité. Un raisonnement qui rappelle, à sa manière, les décisions environnementales prises sans anticiper les conséquences futures. Camp Century est officiellement resté secret jusqu’en 1997, quand des documents déclassifiés ont enfin révélé la vérité au public danois, trente ans après le départ des soldats.

La glace se réchauffe, et personne ne sait qui paiera la facture
En avril 2024, un avion de la NASA équipé d’un radar à synthèse d’ouverture survole la zone par hasard. Sous la glace, l’appareil détecte les contours nets d’une structure artificielle : Camp Century, enfouie à au moins 30 mètres de profondeur, ressurgit grâce à une technologie qui n’existait même pas à sa création.
Faut-il paniquer pour autant ? Une réévaluation menée en 2021, basée sur des mesures météorologiques directes, nuance le tableau catastrophiste de 2016 : l’eau de fonte n’a jamais pénétré au-delà de 1,1 mètre, excluant toute remobilisation des contaminants avant l’an 2100. Une trêve, mais pas une solution.
Le climatologue William Colgan, qui a piloté plusieurs de ces travaux, résume la situation d’une phrase glaçante : « Ils pensaient que ça ne serait jamais exposé. À l’époque, dans les années 60, le terme réchauffement climatique n’avait même pas été inventé.
» Reste une question juridique sans réponse : en cas de fuite future, qui devra payer le nettoyage d’une base construite en secret, sur un territoire qui n’était même pas censé savoir ce qu’elle abritait ?
Une interrogation qui n’est pas sans rappeler certains débats actuels sur qui doit financer la transition écologique face aux crises climatiques qui s’accélèrent.
Une base fantôme, un secret vieux de soixante ans, et une facture qui n’attend que le réchauffement pour tomber. Camp Century n’est plus un vestige de la guerre froide : c’est une bombe à retardement climatique, et personne, pour l’instant, n’a signé pour la désamorcer.