En pleine canicule, le gouvernement coupe le budget censé protéger les Français du réchauffement
Alors que la France suffoque sous des températures records, un chiffre passe mal : le budget alloué à la transition écologique des territoires a été divisé par trois en à peine trois ans. Le fonds vert, censé protéger les collectivités face au dérèglement climatique, fond comme neige au soleil. Et les élus locaux ne décolèrent pas.
Un fonds créé dans l’urgence… déjà vidé de sa substance
En 2023, l’ancienne Première ministre Élisabeth Borne lançait le fonds vert avec une ambition claire : accélérer la transition écologique dans les territoires. Le budget initial ? 1,5 milliard d’euros, rapidement abondé jusqu’à 2,5 milliards.

Dès 2024, la courbe s’est inversée. Les subventions sont retombées à 1,6 milliard, puis à 1,15 milliard en 2025. Cette année, l’enveloppe n’est plus que de 837 millions d’euros.
Autrement dit, en trois exercices budgétaires, le fonds a perdu les deux tiers de sa capacité. Et ce n’est peut-être pas fini : début juin, l’exécutif a évoqué le gel de 163 millions d’euros supplémentaires pour faire face aux conséquences économiques de la guerre en Iran.
Quand on sait que l’Institut de l’économie pour le climat estime que les investissements locaux devraient atteindre 19 milliards d’euros par an jusqu’en 2030, le décalage donne le vertige. Mais ce décalage, certains élus le vivent au quotidien.
« Un décalage terrible » : la colère monte chez les maires
Jean-François Vigier, maire UDI de Bures-sur-Yvette, ne mâche pas ses mots. « Il y a un décalage terrible. Tout le monde parle de canicule en ce moment car on est en plein dedans », a-t-il confié à La Tribune.

Sa frustration est partagée par de nombreux élus locaux qui voient les subventions fondre alors que les besoins explosent. « Du côté du gouvernement, dès qu’il y a une économie à faire, on taille dans les ressources financières allouées à la transition écologique », dénonce-t-il.
Le paradoxe est saisissant. Pendant que les parlementaires débattent de coupes budgétaires, les conséquences du réchauffement climatique se manifestent partout sur le terrain. Et les chiffres du fonds vert ressemblent de plus en plus à un aveu d’impuissance.
Pannes électriques, écoles fermées : la canicule expose les failles
L’épisode caniculaire qui frappe la France depuis une semaine n’est pas qu’un sujet météo. C’est un révélateur. Dans le Finistère, des pannes d’électricité ont touché des milliers de foyers. Des écoles ont dû fermer leurs portes plus tôt que prévu.
Des sites touristiques ont également été contraints de baisser le rideau face à la chaleur. Chaque été, la liste des dysfonctionnements s’allonge, mais les moyens pour y remédier, eux, se réduisent.
Ce constat rejoint celui des experts qui alertent depuis des années. L’été 2026, annoncé comme potentiellement record, confirme que les épisodes de chaleur extrême ne sont plus des exceptions. Ils deviennent la norme. Et la France n’est tout simplement pas prête.
Sur le terrain, les drames se multiplient déjà. Un ouvrier de 19 ans est décédé en travaillant sur un toit dans la Drôme. Un footballeur de 21 ans se trouve en état de mort cérébrale après une baignade dans le Rhône. Ces tragédies posent une question brutale : que financera-t-on avec 837 millions quand il en faudrait 19 milliards ?
La ministre reconnaît que les moyens ne sont « pas à la hauteur »

Sous la pression conjuguée des élus et de l’opinion publique, la ministre de la Transition écologique Monique Barbut a lâché un aveu rare. Lors des questions au Sénat, elle a reconnu que les moyens alloués pour s’adapter aux vagues de chaleur n’étaient « pas à la hauteur ».
Elle a ajouté qu’il faudrait « augmenter les ressources ». Mais sur France Inter, elle a immédiatement tempéré en rappelant que la France fait face à « un mur d’investissements ». Traduction : on sait que c’est insuffisant, mais on n’a pas l’argent.
En parallèle, la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a lancé une idée sur BFMTV : utiliser le fonds vert pour financer la climatisation « là où c’est nécessaire ».
« Ça fera partie du débat budgétaire, ça nécessitera probablement une augmentation des crédits », a-t-elle précisé. Sauf que pour l’heure, aucune augmentation concrète n’a été annoncée. Les promesses restent au stade de la promesse.
Un choix politique qui interroge l’avenir
Le problème dépasse largement le thermomètre. Réduire le fonds vert en pleine accélération climatique, c’est un choix. Un choix qui dit quelque chose des priorités budgétaires du moment.
D’un côté, 3,2 milliards de crédits gelés pour absorber le choc de la guerre en Iran. De l’autre, des communes qui ne peuvent plus financer l’isolation de leurs écoles ni la végétalisation de leurs centres-villes. Le budget 2026 cristallise des arbitrages qui, à terme, se paieront en vies humaines et en factures bien plus salées.
Les jardins changent, les piscines sont refusées dans le Sud, et les collectivités se retrouvent seules face à un défi qui les dépasse. Le fonds vert devait être leur bouée de sauvetage. Aujourd’hui, cette bouée se dégonfle en silence pendant que le mercure, lui, ne cesse de grimper.