30 mai : le jour où Jeanne d’Arc fut brûlée une seconde fois… et où un volcan enterra une ville sous 7 mètres de cendres
Le 30 mai est une date qui brûle — au sens propre comme au figuré. C’est un jour où des flammes ont dévoré une héroïne nationale, où un volcan a rayé une ville de la carte, où des voitures ont filé à plus de 300 km/h sur un ovale mythique, et où sont nées des personnalités qui ont marqué leur époque. Attache ta ceinture : on remonte le temps.
Le bûcher de Rouen : 19 ans, condamnée par ceux qu’elle avait sauvés
Le 30 mai 1431, Jeanne d’Arc meurt sur le bûcher à Rouen. Elle a 19 ans. Capturée un an plus tôt par les Bourguignons à Compiègne, elle a été vendue aux Anglais pour 10 000 livres tournois — l’équivalent de la rançon d’un prince. Le procès qui la condamne pour hérésie est orchestré par l’évêque Pierre Cauchon, un prélat français allié aux Anglais.

Ce que beaucoup ignorent, c’est que Jeanne a été brûlée trois fois ce jour-là. Après que les flammes eurent consumé son corps, le bourreau Geoffroy Thérage a reçu l’ordre de rallumer le feu à deux reprises pour réduire ses restes en cendres. Les Anglais craignaient que le moindre fragment devienne une relique. Ses cendres ont ensuite été dispersées dans la Seine.
Charles VII, le roi qu’elle avait fait couronner à Reims, n’a strictement rien tenté pour la sauver. Il faudra attendre 25 ans pour qu’un procès en réhabilitation la déclare innocente — et près de cinq siècles, en 1920, pour qu’elle soit canonisée. Mais un autre événement du 30 mai, survenu bien plus tard, a lui aussi marqué les esprits des Français.
1902 : quand la montagne Pelée efface Saint-Pierre de la carte
Si la date du 8 mai 1902 est la plus connue pour l’éruption de la montagne Pelée, le 30 mai marque un épisode tout aussi terrifiant. Trois semaines après la nuée ardente qui a tué environ 30 000 personnes en quelques minutes, le volcan entre de nouveau en éruption massive. Une coulée pyroclastique dévale les pentes et achève de recouvrir les ruines de Saint-Pierre sous sept mètres de cendres et de débris.
Cette seconde éruption tue les sauveteurs et les curieux qui s’étaient aventurés dans les décombres. Elle confirme de manière brutale que la ville est perdue. Saint-Pierre, qu’on surnommait le « petit Paris des Antilles », comptait 28 000 habitants : après le 30 mai, il n’en reste plus aucun. Seul survivant célèbre de la catastrophe du 8 mai, le prisonnier Louis-Auguste Cyparis, protégé par les murs épais de son cachot, deviendra une attraction du cirque Barnum.
Pendant que la Martinique pleurait ses morts, de l’autre côté de l’Atlantique, une course automobile allait devenir une institution planétaire.
500 miles d’Indianapolis : la course qui a inventé le sport automobile moderne
Le 30 mai 1911, 40 voitures s’élancent sur le Motor Speedway d’Indianapolis pour la toute première édition des 500 miles. Le vainqueur, Ray Harroun, franchit la ligne d’arrivée après 6 heures et 42 minutes à une vitesse moyenne de 120 km/h — un record pour l’époque. Son astuce secrète ? Un rétroviseur artisanal, une invention que personne n’avait encore utilisée en course.

Harroun était le seul pilote à concourir sans mécanicien à bord, une pratique alors courante. Pour compenser l’absence d’un second paire d’yeux, il a fixé un petit miroir au-dessus de son tableau de bord. Les autres concurrents ont d’abord protesté, jugeant l’invention dangereuse. L’histoire leur a donné tort : le rétroviseur est devenu obligatoire sur toutes les voitures du monde.
Aujourd’hui, les 500 miles d’Indianapolis attirent chaque année plus de 300 000 spectateurs, ce qui en fait l’événement sportif d’une seule journée le plus fréquenté au monde. Mais le 30 mai a aussi accueilli un événement géopolitique dont les conséquences se font encore sentir.
1967 : le Biafra fait sécession et déclenche une famine filmée en direct
Le 30 mai 1967, le colonel Ojukwu proclame l’indépendance de la République du Biafra, dans le sud-est du Nigeria. Cette sécession déclenche une guerre civile de 30 mois qui provoquera entre un et trois millions de morts, principalement par famine. Pour la première fois, les images de civils squelettiques — surtout des enfants au ventre gonflé — envahissent les écrans de télévision occidentaux.
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Le conflit biafrais est considéré comme le moment fondateur de l’humanitaire médiatique moderne. C’est précisément en voyant ces images qu’un groupe de médecins français, parmi lesquels Bernard Kouchner, décide de rompre avec le silence imposé par la Croix-Rouge. Leur révolte aboutira, en 1971, à la création de Médecins Sans Frontières. Sans le 30 mai 1967, l’une des ONG les plus connues au monde n’existerait peut-être pas.
Changement de registre complet : le 30 mai est aussi la date de naissance de personnalités qui ont marqué la culture populaire.
Nés un 30 mai : un crooner, une reine du R&B et un acteur aux mille visages
Le 30 mai 1908 voit naître Mel Blanc à San Francisco. Tu ne connais peut-être pas son visage, mais tu connais sa voix par cœur : c’est lui qui a donné vie à Bugs Bunny, Daffy Duck, Titi, Porky Pig et des dizaines d’autres personnages des Looney Tunes. À sa mort en 1989, sa pierre tombale porte l’inscription « That’s All Folks! » — la phrase de fin de chaque dessin animé. Un clin d’œil parfait pour l’homme qui incarnait à lui seul la voix de toute une enfance américaine.
Autre naissance marquante : Manu Chao, le 30 mai 1961 à Paris. Fils de réfugiés espagnols fuyant le franquisme, il grandit dans le XIVe arrondissement avant de fonder la Mano Negra, puis de devenir l’un des artistes francophones les plus écoutés au monde. Son album Clandestino, sorti en 1998, s’est vendu à plus de cinq millions d’exemplaires — un chiffre colossal pour un disque enregistré avec du matériel de fortune dans des chambres d’hôtel.
Enfin, impossible d’oublier CeeLo Green, né Thomas Callaway le 30 mai 1975 à Atlanta. Sa chanson « Forget You » (dont le titre original est nettement moins poli) a été nommée aux Grammy Awards et reste l’un des tubes les plus reconnaissables des années 2010. Mais derrière les paillettes se cache une histoire difficile : son père est mort quand il avait deux ans, et sa mère est restée paralysée après un accident de voiture alors qu’il n’avait que 16 ans.
L’anecdote que personne ne connaît : l’île qui est née puis a disparu
Le 30 mai 1814, le traité de Paris met fin à la guerre entre la France napoléonienne et la coalition européenne. La France perd pratiquement toutes ses conquêtes et retrouve ses frontières de 1792. Mais le détail le plus étrange concerne une île qui n’existe plus.
Dans les négociations, la France cède l’île Maurice aux Britanniques mais conserve l’île de la Réunion. Ce qui est fascinant, c’est que les diplomates ont longuement discuté du sort de l’île de France — l’ancien nom de l’île Maurice — sans que certains d’entre eux sachent précisément où elle se trouvait sur une carte. La géographie approximative des négociateurs de l’époque a redessiné l’océan Indien pour les deux siècles suivants.
Autre curiosité du 30 mai : en 1971, la sonde spatiale américaine Mariner 9 est lancée vers Mars. Elle deviendra le premier engin spatial à se placer en orbite autour d’une autre planète, le 14 novembre suivant. Les photos qu’elle a renvoyées — notamment celles du gigantesque canyon Valles Marineris, baptisé en son honneur — ont révélé que Mars avait jadis connu de l’eau liquide. Une découverte qui alimente encore aujourd’hui la recherche de vie extraterrestre.
Un dernier fait pour briller en soirée
Le 30 mai 1431, pendant que Jeanne d’Arc brûlait à Rouen, une éclipse partielle de soleil était visible depuis le nord de la France. Les chroniqueurs de l’époque y ont vu un signe divin. Coïncidence astronomique ou présage ? Peu importe : cinq siècles plus tard, la date du 30 mai reste chargée d’une densité historique rare. Des cendres de Rouen aux cratères de Mars, en passant par les circuits d’Indianapolis et les studios hollywoodiens, cette journée rappelle que l’histoire ne manque jamais de souffle — ni de surprises.