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En 1919, une cuve de 8,7 millions de litres de mélasse cède en plein Boston : l’enquête révèle qu’elle fuyait depuis le début, et qu’on l’avait peinte en marron pour le cacher

Publié par Hannah Maline le 06 Nov 2026 à 6:21

Un grondement, comme le passage d’un train. Puis une vague brune, haute de plusieurs mètres, qui déferle dans les rues d’un quartier populaire. En janvier 1919, à Boston, ce n’est ni de l’eau ni de la boue qui envahit la ville. C’est de la mélasse. Et ce que l’enquête va découvrir sur la cuve qui la contenait va choquer tout le pays.

Une cuve géante sur le port

L’histoire se déroule dans le North End, un quartier populaire de Boston, aux États-Unis, au bord du port. Sur Commercial Street se dresse une immense cuve en acier, appartenant à la Purity Distilling Company.

Selon Wikipédia, la cuve mesure 15 mètres de haut et 27 mètres de diamètre. Elle peut contenir jusqu’à 8,7 millions de litres de mélasse, ce sirop épais et brun issu du raffinage du sucre.

Pourquoi stocker autant de mélasse ? Parce qu’une fois fermentée, elle permet de produire de l’alcool. Selon Wikipédia, cet alcool sert à fabriquer des boissons, mais aussi des munitions. Selon la New England Historical Society, la mélasse était justement destinée à une usine de munitions.

Une cuve qui « gémissait »

Construite en 1915, la cuve est encore récente. Mais elle inquiète déjà les riverains. Selon la New England Historical Society, les habitants racontent qu’elle « tremblait et gémissait » quand on la remplissait.

Surtout, elle fuit. La mélasse suinte entre les plaques d’acier. Selon la New England Historical Society, des enfants du quartier viennent même en récupérer avec des seaux.

Ce que les habitants ignorent, c’est l’ampleur du problème. Le responsable de la construction, le trésorier Arthur Jell, n’avait aucune formation d’ingénieur. Selon Wikipédia, il a fait l’impasse sur des tests élémentaires, comme un remplissage d’eau pour vérifier l’étanchéité.

Un redoux en plein hiver

Mi-janvier 1919, le temps se radoucit brusquement à Boston. Selon Wikipédia, la température passe d’environ -17 °C à plus de 4 °C en quelques jours.

Deux jours avant le drame, une cargaison de mélasse tiède est ajoutée dans la cuve. Selon Wikipédia, la fermentation a pu faire monter la pression à l’intérieur.

Le contexte joue aussi. Le 16 janvier 1919, les États-Unis ratifient le 18e amendement, qui va instaurer la Prohibition. Selon Wikipédia, certains auteurs estiment que l’entreprise cherchait à produire un maximum d’alcool avant l’interdiction.

La vague de midi et demi

Le mercredi 15 janvier 1919, vers 12 h 30, la cuve cède. Des témoins décrivent un grondement semblable à celui d’un train aérien. « L’explosion s’est produite sans le moindre avertissement », rapporte alors le Boston Evening Globe, cité par la New England Historical Society.

Des millions de litres de mélasse se déversent d’un coup. Selon Wikipédia, une vague brune déferle dans les rues à environ 56 km/h. Sa hauteur varie selon les témoignages, de 4,5 à 12 mètres. Wikipédia retient environ 8 mètres.

La vague balaie tout sur son passage. Selon Wikipédia, elle projette des plaques de la cuve contre la structure du métro aérien, et fait brièvement dérailler un tramway.

Un bilan très lourd

Le bilan est terrible. Selon Wikipédia, 21 personnes perdent la vie, et environ 150 sont blessées. Plusieurs chevaux meurent aussi, piégés dans la mélasse.

Parmi les victimes figure un petit garçon, Anthony di Stasio, qui rentrait de l’école avec ses sœurs. Selon la New England Historical Society, qui cite le magazine Smithsonian, il a entendu sa mère l’appeler sans pouvoir lui répondre.

Les secours sont rapidement sur place. Selon Wikipédia, les premiers à intervenir sont 116 élèves officiers d’un navire-école amarré tout près. La police, des infirmières de la Croix-Rouge, l’armée et la marine les rejoignent. Les recherches durent quatre jours.

Une mélasse qui piège les secours

Pourquoi un liquide aussi banal a-t-il fait autant de dégâts ? En 2016, des chercheurs de l’université Harvard se sont penchés sur la question. Selon Wikipédia, ils ont confirmé que les vitesses rapportées par les témoins étaient crédibles.

Ils ont surtout montré que le froid avait joué un rôle terrible. Selon la New England Historical Society, la mélasse s’est vite refroidie et épaissie dans l’air hivernal, ce qui a compliqué le travail des secours. Selon les chercheurs, il y aurait eu moins de morts en été.

Ces catastrophes provoquées par l’homme ont parfois des causes étonnantes. Nous vous avions raconté comment des foreurs ont vidé un lac entier en trois heures en perçant par erreur le toit d’une mine de sel.

Un port brun jusqu’à l’été

Le nettoyage est titanesque. Selon Wikipédia, les équipes utilisent de l’eau de mer pompée par un bateau-pompe, et du sable. Il faut des semaines pour nettoyer le quartier. Le port de Boston, lui, reste teinté de brun jusqu’à l’été.

Et l’odeur ne disparaît pas. Selon Wikipédia, des habitants ont affirmé pendant des décennies que le quartier sentait encore la mélasse lors des chaudes journées d’été.

Peinte en marron pour cacher les fuites

Vient ensuite le temps de la justice. Selon Wikipédia, 119 habitants lancent une action collective contre la société mère, United States Industrial Alcohol. Pour se défendre, l’entreprise accuse des anarchistes d’avoir fait sauter la cuve.

Mais l’enquête révèle une tout autre réalité. Selon la New England Historical Society, la cuve était mal construite et n’avait jamais été testée. Elle fuyait à chaque remplissage. Et pour masquer ces fuites, l’entreprise l’avait tout simplement peinte en marron.

Après trois ans d’audiences, l’entreprise est jugée responsable. Selon Wikipédia, elle verse 628 000 dollars de dommages et intérêts. Chaque famille de victime reçoit environ 7 000 dollars.

Un acier deux fois trop fin

Un siècle plus tard, les scientifiques ont précisé la cause. Selon Wikipédia, une étude de 2014 a montré que l’acier de la cuve était environ deux fois trop fin. Il manquait aussi de manganèse, ce qui le rendait plus cassant.

La catastrophe a fait évoluer les règles. Selon Wikipédia, de nombreuses réglementations de construction ont changé, avec l’obligation de faire superviser les projets par un architecte et un ingénieur agréés.

En 2019, pour le centenaire, les noms des 21 victimes ont été lus à voix haute. Selon Wikipédia, un radar a même permis de retrouver la base en béton de la cuve, à environ 50 centimètres sous un terrain de baseball.

Ces erreurs qui coûtent cher

L’histoire de la vague de mélasse rappelle d’autres erreurs de conception aux conséquences spectaculaires, comme ce navire de guerre qui a coulé après seulement 1 300 mètres, ou cette sonde de la NASA perdue à cause d’une simple confusion.

D’autres événements hors norme ont marqué les mémoires sans faire de victimes, comme le plus long bouchon jamais signalé en France, sur 176 kilomètres, ou ce cargo échoué en Angleterre, dont les habitants ont récupéré les motos BMW. À Boston, la mélasse, elle, a laissé une trace pour toujours.

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