Vesna Vulović : la seule survivante d’un crash à 10 000 mètres, tombée sans parachute

Le 26 janvier 1972, vingt-huit personnes embarquent à bord d’un DC-9 de la compagnie yougoslave JAT. Vingt-sept ne reverront jamais le sol vivantes. La 28e, elle, va tomber de plus de dix kilomètres de haut, enfermée dans un tronçon de fuselage, et s’en sortir. Cinquante ans plus tard, personne n’a battu son record.
Une erreur de prénom qui change tout
Vesna Vulović n’aurait jamais dû monter dans cet avion. L’hôtesse serbe de 22 ans a été appelée par erreur : la compagnie cherchait une autre hôtesse, qui portait le même prénom qu’elle.
Un malentendu administratif banal, le genre qu’on oublie généralement en une semaine. Elle a compris la confusion presque immédiatement, mais a quand même embarqué. « Une petite erreur a cependant fait que j’ai eu mon premier voyage au Danemark », racontera-t-elle plus tard, sans se douter de ce qui l’attendait.
L’explosion qui pulvérise l’avion en plein ciel

L’appareil vole à plus de dix mille mètres d’altitude sur la liaison Stockholm-Belgrade quand tout bascule au-dessus de la Tchécoslovaquie. Une explosion disloque le DC-9 en trois morceaux.
Selon l’autorité tchécoslovaque de l’aviation civile, une bombe placée dans une valise a explosé dans le compartiment à bagages. Les soupçons se portent vite sur des nationalistes croates en exil, mais aucune arrestation n’aura jamais lieu.
L’appareil se disloque au-dessus des montagnes enneigées de Bohême, près du village de Srbská Kamenice. Vesna Vulović chute, elle, enfermée dans le tronçon central du fuselage, son corps coincé par un chariot de service.
Un scénario presque improbable : ce chariot métallique, censé transporter boissons et plateaux-repas, agit comme une carapace au moment où la carcasse percute la neige et les pins. Un peu à la manière de ce chaton tombé de 14 étages à Melbourne, où un concours de circonstances a tout changé.
Un ancien médecin de guerre entend des cris dans la forêt
La suite tient du roman. Un habitant du village de Srbská Kamenice entend des hurlements provenant des débris éparpillés dans la forêt.
L’homme s’appelle Bruno Honke. Il a été médecin durant la Seconde Guerre mondiale et parvient à maintenir Vulović en vie jusqu’à l’arrivée des secours. Sans cette compétence acquise trente ans plus tôt, l’histoire aurait probablement connu une autre fin, un peu comme ce sauvetage inespéré d’une parapentiste percutée par un avion en Autriche.
Un bilan médical qui donne le vertige
À l’hôpital, le diagnostic est terrible : fracture du crâne, trois vertèbres brisées, jambes cassées, côtes fracturées, fracture du bassin. Elle sombre dans le coma pendant 27 jours.
Une paralysie temporaire s’installe à partir de la taille. Elle finira pourtant par remarcher, en seulement 10 mois, un délai que peu de chirurgiens auraient osé promettre pour une colonne vertébrale brisée en trois endroits.
Le jour où Paul McCartney lui remet une médaille

Treize ans après l’accident, l’exploit entre dans les annales. En 1985, Vulović entre dans le livre Guinness des records pour la plus haute chute jamais survécue sans parachute.
La cérémonie prend des allures de rêve pour cette fan de rock des années 60 : Paul McCartney en personne lui remet le certificat et la médaille. Vesna et ses amies ont grandi en Yougoslavie en écoutant les Beatles, ce qui rend ce moment particulièrement fort pour elle.
Le chiffre mérite d’être posé à plat : une chute de 10 160 mètres, soit 33 333 pieds. Pour donner une idée, cela représente plus de onze fois la hauteur de la Tour Eiffel, ou l’équivalent d’une chute libre de plus d’une minute et demie avant l’impact.
Des zones d’ombre qui persistent encore aujourd’hui
Certains éléments de l’accident restent flous et alimentent encore les discussions d’enquêteurs amateurs, un peu à la manière du mystère qui entoure toujours le vol MH370 de Malaysia Airlines.
En 2009, une enquête journalistique affirme que l’appareil se serait disloqué à une altitude bien plus basse que celle du rapport officiel, après une descente d’urgence. Une version parallèle évoque même un tir accidentel de la défense aérienne tchécoslovaque plutôt qu’un attentat. Rien n’a jamais été tranché avec certitude.
« Je n’ai pas de chance », la phrase qui résume tout
Vulović elle-même n’a jamais gardé le moindre souvenir du vol après l’embarquement. Son premier souvenir après l’accident : voir ses parents à son chevet, à l’hôpital.
Elle a repris son travail chez JAT, à un poste de bureau, avant de devenir une figure publique en Serbie, s’engageant plus tard contre le régime de Slobodan Milošević. Une phrase qu’elle a prononcée des années après résume mieux que n’importe quel chiffre ce que fut réellement cette « chance » devenue record mondial.
« Je n’ai pas de chance. Tout le monde pense que j’ai de la chance, mais ils se trompent. Si j’avais eu de la chance, je n’aurais jamais eu cet accident et mes parents seraient encore en vie. »