Cette menthe plantée contre les fourmis cache une toxine qui a envoyé des jardiniers en réanimation

Depuis que les pesticides chimiques ont disparu des jardins particuliers, une petite plante mentholée s’est installée sur les terrasses françaises pour repousser les fourmis. Beaucoup l’ont adoptée sans se poser de questions, séduits par son parfum d’eucalyptus et son côté « aromatique ». Mais derrière cette allure inoffensive se cache une molécule capable d’attaquer sérieusement le foie — et l’erreur qui déclenche le danger est plus fréquente qu’on ne le croit.
Pourquoi cette petite menthe a envahi nos terrasses
Depuis la loi Labbé de 2019, qui a interdit les pesticides de synthèse aux particuliers, les jardiniers cherchent des alternatives naturelles contre les nuisibles. La menthe pouliot s’est imposée comme une évidence : plante vivace de la famille des Lamiacées, elle forme un coussin de 10 à 20 cm de haut, résiste à des froids jusqu’à -15°C, et se contente d’un arrosage espacé.
Installée en pot près des dalles ou au pied d’un mur, elle brouille les repères odorants des fourmis, qui préfèrent alors contourner la zone. Une astuce aussi simple qu’efficace, dans la lignée des solutions que les anciens cultivaient déjà contre les murs pour protéger leur maison sans produits chimiques.
Le problème, c’est que ses feuilles ovales et son odeur mentholée légèrement camphrée ressemblent à s’y méprendre à celles des menthes qu’on consomme sans risque. De nombreuses pépinières la classent d’ailleurs encore parmi les plantes « aromatiques », un rangement qui entretient la confusion et pousse certains jardiniers à la cueillir pour une tisane, exactement comme on le ferait avec une plante du potager mal identifiée.
La molécule qui transforme une tisane en poison pour le foie
C’est là que le geste devient dangereux. La menthe pouliot est chargée en pulégone, une molécule que le foie transforme progressivement en menthofurane, puis en composés encore plus agressifs pour les cellules hépatiques.
Chez certaines personnes ayant consommé la plante en infusion, cette chaîne de réactions chimiques a déclenché une hépatite aiguë. Les symptômes ne trompent pas : nausées violentes, douleurs abdominales, jaunisse, et dans les cas les plus graves, coma.
L’huile essentielle concentrée de la plante entière peut contenir plus de la moitié de pulégone dans son mélange. Des médecins ont documenté une vingtaine de cas d’intoxication grave liés à cette plante, dont plusieurs décès survenus après l’ingestion d’environ 10 à 15 ml d’huile essentielle. Un chiffre qui rappelle à quel point une simple erreur de récolte, souvent liée à une confusion entre plantes voisines dans le même pot, peut avoir des conséquences irréversibles.
Face à ces signalements, les autorités sanitaires européennes ont tranché : elles déconseillent désormais toute infusion à base de menthe pouliot, quelle que soit la dose. Un avertissement qui rejoint d’autres alertes récentes sur des risques cachés dans des objets du quotidien, comme les figurines rappelées pour cause d’amiante.

Comment garder la plante au jardin sans jamais risquer votre foie
Bonne nouvelle pour les amoureux du jardin : rien n’oblige à arracher sa menthe pouliot. Elle peut continuer à jouer son rôle répulsif, à condition de changer complètement de regard sur elle. Il faut la traiter comme une plante décorative toxique, pas comme une aromatique de cuisine.
La règle la plus simple consiste à l’éloigner physiquement des autres menthes comestibles, pour éviter toute confusion au moment de la cueillette. Un étiquetage clair sur le pot, une position à l’écart du potager, et le tour est joué : toute la famille reste protégée, y compris les enfants curieux qui goûtent les feuilles en jouant dans le jardin.
Pour les tisanes du soir, mieux vaut se tourner vers des valeurs sûres : la menthe verte, la menthe poivrée, la mélisse ou la verveine sont consommées sans problème depuis des générations.
Et pour continuer à repousser les insectes sur la terrasse, la lavande, le géranium odorant ou le basilic citronné offrent une efficacité comparable, sans le moindre risque pour le foie. Trois alliées qui permettent de garder l’esprit d’un jardin naturel, sans sacrifier la sécurité de ceux qui y vivent.
La menthe pouliot peut rester au jardin, à condition de ne jamais finir dans une tasse. Un rappel utile avant l’été, quand l’envie d’une infusion maison ou d’un remède de grand-mère revient au fil des apéros sur la terrasse. La prochaine fois que vous croiserez cette petite plante mentholée en jardinerie, saurez-vous encore la reconnaître avant de la cueillir ?