Ce petit scarabée venu du Japon vient d’être repéré dans 4 villes françaises et menace 300 espèces de plantes

Un pot de fleurs, un container, un simple camion qui traverse la frontière. Il n’en aurait pas fallu davantage pour que le scarabée japonais pose ses pattes en France. Depuis quelques semaines, plusieurs individus ont été repérés à Cannes, Dijon, Strasbourg et dans le Doubs, et les autorités ne cachent pas leur inquiétude. Car derrière son allure presque banale, ce coléoptère venu d’Asie pourrait bien changer la donne pour nos jardins, nos vergers et même certaines cultures agricoles.
Un auto-stoppeur venu d’Asie qui inquiète les préfectures
La préfecture de région Provence-Alpes-Côte d’Azur ne mâche pas ses mots. Selon elle, « les conditions dans lesquelles les individus ont été capturés peuvent laisser supposer qu’il s’agit d’une interception, c’est-à-dire d’individus auto-stoppeurs qui se seraient déplacés via le transport humain ».
Autrement dit, le Popillia japonica n’a pas volé jusqu’ici tout seul. Il a profité d’un camion, d’une voiture, ou peut-être d’un simple pot de fleurs transporté sans méfiance.
Dans le Haut-Rhin, la consigne du préfet est sans appel : « Ne les déplacez pas ! » Des pièges ont déjà été installés sur les zones où l’insecte a été aperçu, un peu comme pour surveiller l’avancée d’un phénomène qu’il faut suivre en direct.
L’enjeu est de taille : ce petit coléoptère peut s’attaquer à plus de 300 espèces de plantes, qu’elles soient alimentaires, forestières ou simplement ornementales. La vigne, les arbres fruitiers, les petits fruits, les gazons, le maïs : rien ne semble lui résister.
De quoi rappeler que la nature réserve parfois des surprises aussi discrètes que certaines innovations scientifiques récentes, mais nettement moins réjouissantes.
Des ailes marrons, un thorax vert : comment le reconnaître
Pour l’identifier, pas besoin d’être entomologiste chevronné. « Des ailes marrons, des points blancs sur un thorax vert », résume Benoît Gilles, spécialiste interrogé par actu.fr. Un physique presque discret, loin des allures spectaculaires d’autres intrus comme certains ravageurs qui menacent nos forêts chaque année. Et pourtant, ce petit insecte cache un vrai potentiel de nuisance.
L’entomologiste ne s’étonne pas de sa présence sur le territoire français. « Avec tous les échanges commerciaux qui sont partout dans le monde, il a profité d’un petit voyage gratuit », explique-t-il.
Le scarabée japonais mène une double vie redoutable : sous forme de larve, il se cache dans le sol et grignote les racines des végétaux sans se faire remarquer. Puis, à l’âge adulte, généralement fin juin, il ressort de terre et s’attaque directement aux feuilles, aux arbres fruitiers et aux plantes ornementales.
Une stratégie de nuisance en deux temps qui explique pourquoi les arbres de nos jardins pourraient être en première ligne dans les mois à venir.

Le précédent du frelon asiatique, une comparaison qui glace
Comme souvent avec les espèces invasives, l’histoire commence toujours petit. Benoît Gilles le compare directement au frelon asiatique : « Au début ce n’était qu’une ou deux reines, puis maintenant c’est partout. Il suffirait d’un camion avec un insecte qui débarque en Bretagne pour que l’espèce envahisse.
» Une phrase qui résonne d’autant plus que les chiffres actuels semblent presque rassurants : seulement deux insectes recensés en Bourgogne-Franche-Comté, deux dans le Haut-Rhin, deux à Cannes.
« Il n’y a pas de solution miracle », reconnaît le spécialiste, qui rappelle aussi que pour l’instant, on ne parle que de quelques individus isolés. Une lueur d’espoir viendrait paradoxalement du changement climatique : « Avec la sécheresse des sols, ça va peut-être ralentir la propagation.
Même si les insectes ont une forte capacité d’adaptation », nuance-t-il. Pour le moment, aucun prédateur naturel ne chasse le scarabée japonais en France, même si les oiseaux pourraient, avec le temps, apprendre à s’en nourrir.
Une chose est certaine cependant : cet insecte ne représente aucun danger direct pour l’homme ni pour les animaux domestiques, contrairement à d’autres alertes sanitaires qui ont pu toucher la santé des Français ces derniers mois.
Deux insectes ici, deux là-bas : la menace semble minuscule aujourd’hui, mais l’histoire du frelon asiatique a montré à quelle vitesse un « presque rien » peut devenir un vrai problème national. Reste à savoir si les pièges installés dans le Doubs, le Haut-Rhin et sur la Côte d’Azur suffiront à contenir ce voyageur clandestin avant l’été prochain.