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60 % : le pourcentage de ton corps qui n’est même pas humain — et ce que ça change vraiment

Publié par Ambre Détoit le 25 Mai 2026 à 8:01

Tu penses être 100 % toi ? Mauvaise nouvelle : la majorité des cellules qui composent ton organisme ne portent pas ton ADN. Elles appartiennent à des bactéries, des virus, des champignons et des archées qui ont colonisé chaque recoin de ton corps bien avant ta naissance. Et le plus troublant, c’est que sans eux, tu ne survivrais pas une semaine.

Un chiffre que la science a longtemps refusé d’admettre

Pendant des décennies, les manuels de biologie enseignaient que le corps humain contenait environ 10 000 milliards de cellules. Point final. L’humain était un organisme autonome, une machine bien huilée composée uniquement de ses propres briques biologiques. Personne ne posait vraiment la question de savoir qui d’autre vivait là-dedans.

Personne observant sa main avec émerveillement parmi des particules microscopiques

Puis, en 2016, une équipe de chercheurs de l’Institut Weizmann en Israël a publié une étude qui a fait l’effet d’une bombe dans la communauté scientifique. Selon leurs calculs, le corps d’un homme de 70 kg héberge environ 30 000 milliards de cellules humaines… mais aussi 38 000 milliards de cellules microbiennes. Autrement dit, les cellules qui ne portent pas ton ADN sont plus nombreuses que les tiennes.

Le ratio exact varie selon les individus, le moment de la journée et même le dernier repas avalé. Mais dans tous les cas, au moins 50 à 60 % des cellules présentes dans ton corps à l’instant où tu lis ces lignes ne sont pas humaines. Ce chiffre a été confirmé par plusieurs études indépendantes depuis, notamment par le Human Microbiome Project financé par les National Institutes of Health aux États-Unis.

Alors concrètement, si la majorité de tes cellules ne t’appartiennent pas, à qui appartiennent-elles exactement ?

Les locataires invisibles qui dirigent ton quotidien

L’essentiel de ces cellules non humaines sont des bactéries. On en dénombre entre 500 et 1 000 espèces différentes rien que dans ton intestin, qui concentre à lui seul environ 70 % de la population microbienne totale de ton organisme. Si tu pesais l’ensemble de tes micro-organismes, tu obtiendrais entre 1,5 et 2 kg — soit à peu près le poids de ton cerveau.

Représentation artistique de l'écosystème bactérien dans l'intestin humain

Et ces locataires ne se contentent pas de squatter. Ils synthétisent des vitamines que ton corps est incapable de fabriquer seul, comme la vitamine K et certaines vitamines B. Ils décomposent des fibres alimentaires que ton système digestif ne sait pas traiter. Ils entraînent ton système immunitaire dès les premiers jours de ta vie, comme un coach qui prépare un boxeur avant le combat.

Plus surprenant encore : ton microbiome intestinal produit environ 90 % de la sérotonine présente dans ton organisme, ce neurotransmetteur directement lié à l’humeur et au bien-être. Quand tu te sens inexplicablement triste ou euphorique après un repas, ce ne sont pas forcément tes neurones qui parlent — ce sont peut-être tes cellules bactériennes qui tirent les ficelles.

Mais cette cohabitation massive pose une question vertigineuse : si on retirait tous ces micro-organismes d’un coup, que resterait-il de toi ?

Ce qui se passe quand les bactéries disparaissent

La réponse est brutale. Des expériences menées sur des souris dites « axéniques » — élevées dans des environnements totalement stériles, sans aucun micro-organisme — montrent des résultats alarmants. Ces souris développent un système immunitaire défaillant, des intestins sous-développés, des comportements anxieux anormaux et une vulnérabilité extrême à la moindre infection.

Chez l’humain, on observe des effets comparables à plus petite échelle. Les traitements antibiotiques lourds, qui déciment une partie du microbiome, provoquent régulièrement des troubles digestifs sévères, des infections opportunistes comme celle au Clostridioides difficile, et même des épisodes dépressifs. Une étude publiée dans Nature Microbiology en 2019 a établi un lien direct entre l’appauvrissement de certaines souches bactériennes intestinales et la dépression clinique.

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C’est d’ailleurs pour cette raison que la transplantation fécale — oui, le transfert de matière fécale d’un donneur sain vers un patient malade — est devenue un traitement médical reconnu. En France, elle est pratiquée dans plusieurs CHU pour traiter les infections récidivantes à C. difficile, avec un taux de succès supérieur à 85 %. On transfère littéralement les bactéries de quelqu’un d’autre pour remettre un corps en marche.

Et pourtant, les bactéries ne sont même pas les seules à occuper les lieux.

Les virus aussi font partie du package

Ton corps héberge en permanence des milliers de milliards de virus. La plupart sont des bactériophages — des virus qui infectent uniquement les bactéries, pas tes cellules. Ils jouent un rôle de régulateur, empêchant certaines populations bactériennes de prendre le dessus sur les autres. Sans eux, l’équilibre de ton microbiome s’effondrerait.

En 2023, des chercheurs de l’université de Pennsylvanie ont identifié ce qu’ils appellent le « virome » humain : l’ensemble des virus présents dans un organisme sain. Leur conclusion ? Chaque individu porte un virome aussi unique que ses empreintes digitales. Deux jumeaux identiques, élevés dans la même maison, n’hébergent pas les mêmes virus.

À cela s’ajoutent des champignons microscopiques (le genre Candida est le plus célèbre) et des archées, ces micro-organismes primitifs qu’on croyait réservés aux sources chaudes volcaniques et qu’on retrouve en fait dans l’intestin de pratiquement tous les humains. Ton corps est un écosystème complet, aussi complexe qu’une forêt tropicale, avec ses prédateurs, ses proies et ses symbioses.

Reste une dernière donnée qui remet les choses en perspective de façon encore plus radicale.

En poids, tu restes bien humain — mais est-ce que ça suffit ?

Les cellules bactériennes sont minuscules comparées aux cellules humaines — environ 100 fois plus petites en volume. C’est pour cette raison qu’elles représentent la majorité en nombre mais seulement 1 à 3 % de ta masse corporelle. En termes de poids, tu es à 97 % humain. En termes de cellules, tu es minoritaire dans ton propre corps.

Cette distinction a poussé certains biologistes, comme le professeur Rob Knight de l’université de Californie à San Diego, à proposer une redéfinition de ce qu’est un « être humain ». Selon lui, nous ne sommes pas des individus au sens classique du terme, mais des « holobiontes » — des super-organismes composés d’un hôte humain et de sa communauté microbienne. L’un ne fonctionne pas sans l’autre.

Cette vision change tout, y compris en médecine. Ton corps n’est pas une forteresse assiégée par des envahisseurs microscopiques. C’est une colocation géante, vieille de plusieurs millions d’années, où chaque locataire a un rôle. Les 60 % de cellules non humaines que tu trimballes ne sont pas un bug de la nature — elles sont la condition même de ton existence.

La prochaine fois que quelqu’un te dit « sois toi-même », tu pourras légitimement demander : lequel de mes 38 000 milliards de colocataires tu veux que j’écoute ? 😏

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