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Un avion neuf de 61 passagers tombe en panne sèche à 12 500 m après une confusion livres-kilos : ses pilotes le font planer jusqu’à un circuit auto

Publié par Ambre Détoit le 01 Nov 2026 à 9:35

Un avion de ligne quasi neuf. Soixante et un passagers à bord. Et, quelque part au-dessus du nord de l’Ontario, deux moteurs qui se taisent d’un coup.

Ce 23 juillet 1983, personne dans le cockpit n’a de mode d’emploi pour ça. Pas de précédent connu avec un appareil de cette taille. Il reste une question : où poser un Boeing qui ne pousse plus ?

Un départ de Montréal comme les autres

Le vol Air Canada 143 doit relier Montréal à Edmonton, via Ottawa. Un trajet d’environ quatre heures, à travers tout le Canada. L’appareil, un Boeing 767-200, est tout récent : il est sorti d’usine la même année.

Sauf qu’avant le décollage, un détail cloche. La jauge de carburant ne fonctionne pas correctement. Le système censé mesurer ce qu’il reste dans les réservoirs est en panne.

Le capteur défaillant a pourtant été signalé. Mais plus tard, l’équipe de maintenance a mal compris le problème et a éteint le système de secours. Résultat : il faut mesurer le carburant à la main, avec une jauge à tige.

Et c’est là que tout se joue. Le plus étonnant, ce n’est pas la panne. C’est ce qui s’est passé juste après.

La confusion qui vide les réservoirs

Pour mesurer à la main, on obtient un volume. Or l’ordinateur de navigation veut une masse, en kilogrammes. Il faut donc convertir.

C’est là que l’erreur s’est glissée. Une mauvaise conversion entre volume et masse, mêlée à une confusion entre livres et kilos, a été appliquée. Pilotes et équipe au sol sont tombés d’accord : il y en avait assez pour la suite du trajet.

En réalité, l’avion n’avait embarqué que 45 % du carburant nécessaire. Moins de la moitié.

Cette période-là était celle du passage des unités impériales au système métrique. Le 767 était l’un des premiers appareils d’Air Canada gradués en kilos, alors que le reste de la flotte fonctionnait encore en livres. De quoi semer la confusion.

Personne ne s’en est aperçu. Au sol, à Edmonton, des techniciens attendaient même avec une jauge de rechange empruntée à une autre compagnie. Elle n’aura jamais servi.

41 000 pieds, plus un bruit

Au-dessus du nord de l’Ontario, un signal d’alerte retentit : la pression de carburant chute. Puis les deux moteurs s’arrêtent. L’avion se trouve alors à 41 000 pieds, soit 12 500 mètres d’altitude.

Le commandant Robert Pearson et le copilote Maurice Quintal se retrouvent aux commandes d’un très gros planeur. Sans moteurs, un avion de ligne ne tombe pas comme une pierre. Il glisse. Mais il descend, et il faut vite trouver une piste.

Les pilotes évaluent leurs options en quelques instants. Et deux atouts personnels vont faire toute la différence. Lesquels ? La suite tient en un nom de ville.

Boeing 767 en vol plané au-dessus de l'Ontario

Une piste oubliée, et deux pilotes qui connaissent la maison

Le cap est mis sur Gimli, dans le Manitoba. Une ancienne base de l’aviation royale canadienne. Un des deux pilotes y avait déjà volé par le passé, et connaissait donc les lieux.

L’autre avait une expérience du vol à voile. Pour planer un avion de ligne sans moteur, ce n’était pas du luxe. Les deux profils se complètent exactement au moment où il le faut.

Reste un détail que le cockpit ne peut pas deviner : la piste n’est plus vraiment une piste d’aviation. Elle est devenue un circuit automobile, le Gimli Motorsports Park, et ce jour-là, il est utilisé comme tel.

Autrement dit, l’avion va se poser là où l’on s’attend à voir passer des voitures. Un autre détail de cette histoire est tout aussi étonnant.

L’atterrissage que personne n’osait espérer

Le Boeing se pose. Pas de blessé grave parmi les passagers, ni parmi les personnes au sol. Seulement des dégâts mineurs sur l’avion.

Tous les occupants ont survécu. L’événement a fait grand bruit dans les médias, et l’appareil a reçu un surnom qui lui est resté : le « Gimli Glider », le planeur de Gimli.

L’histoire ne s’arrête pas là. Car un avion qui a survécu à ça pouvait-il simplement reprendre son service comme si de rien n’était ?

Réparé, puis remis en service jusqu’en 2008

La réponse est oui. L’avion a été réparé, puis il a continué de voler pour Air Canada jusqu’à sa retraite, en 2008. Vingt-cinq ans après son passage sur la piste de Gimli.

De son côté, la commission d’enquête a pointé du doigt les procédures, la formation et les manuels d’Air Canada. Elle a recommandé d’adopter de nouvelles règles d’avitaillement et d’autres mesures de sécurité.

Parmi les conclusions rapportées, la compagnie devait convertir sans attendre tous ses avions au système métrique. Fini la cohabitation des livres et des kilos dans un même cockpit.

Une simple erreur de conversion, donc, a failli coûter la vie à 61 personnes. Et ce n’est pas la seule histoire d’aviation qui vaut le détour : celle de ce Boeing 767 qui a percuté un camion sur une autoroute ne manque pas de rebondissements non plus.

Avion de ligne posé sur un circuit automobile du Manitoba

Ce que l’histoire du Gimli Glider nous rappelle

Derrière le surnom amusant, il y a une leçon très concrète : une jauge en panne, un mauvais calcul, une conversion mal comprise. Aucun de ces éléments n’est spectaculaire pris isolément.

C’est leur enchaînement qui a mené un avion neuf à 12 500 mètres d’altitude sans moteur. Et c’est la combinaison de deux parcours de pilotes, l’un connaissant Gimli, l’autre habitué du vol plané, qui a évité le pire.

Du côté des cockpits, d’autres récits sortent de l’ordinaire. Comme celui de ce commandant qui a volé plus de 900 vols Air Canada sans jamais avoir le diplôme. Ou celui de ce survivant du crash d’Air India au siège troublant. Il y a de quoi continuer la lecture.

Deux pilotes concentrés dans le cockpit d'un Boeing 767

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