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Pourquoi les secondes s’appellent des « secondes » — et pas un autre mot ?

Publié par Ambre Détoit le 17 Juin 2026 à 9:01

On dit « une seconde », « trente secondes », « attendez deux secondes » sans jamais y réfléchir. Mais pourquoi ce mot-là, précisément ? Pourquoi la plus petite unité de temps courante porte-t-elle un nom qui signifie littéralement « deuxième » ? La réponse nous ramène 4 000 ans en arrière, chez un peuple qui comptait en base 60.

Un mot qui veut dire « deuxième » pour mesurer le temps : l’erreur qui n’en est pas une

Si tu y réfléchis deux secondes — justement —, le mot est bizarre. « Seconde » vient du latin secunda, qui signifie « deuxième ». Rien à voir, a priori, avec une unité de temps. Sauf qu’il faut lire l’expression complète pour comprendre.

Horloger médiéval examinant un mécanisme divisé en 60 segments

En latin médiéval, on parlait de pars minuta secunda. Traduit littéralement : « deuxième petite partie ». Deuxième division de l’heure, après la première. Et cette première division, c’est la minute — du latin pars minuta prima, la « première petite partie ».

Autrement dit, la minute est la première découpe de l’heure, et la seconde est la deuxième découpe. On a simplement gardé les adjectifs ordinaux — « première » et « deuxième » — en oubliant le reste de la phrase. C’est comme si on appelait un dessert « le troisième » parce qu’il arrive en troisième position dans un repas.

Ce raccourci linguistique s’est installé entre le XIIIe et le XVe siècle, quand les horlogers européens ont commencé à fabriquer des mécanismes assez précis pour découper l’heure en portions toujours plus fines. Mais le principe de la division, lui, est bien plus ancien.

Pourquoi 60 et pas 100 : le coup de génie des Babyloniens

Tu t’es peut-être déjà demandé pourquoi une heure contient 60 minutes et une minute 60 secondes, alors qu’on utilise le système décimal pour à peu près tout le reste. La réponse tient en un mot : Babylone.

Astronome babylonien observant les étoiles avec une tablette cunéiforme

Les Babyloniens, vers 2000 avant J.-C., utilisaient un système de numération en base 60 — le système sexagésimal. Pas par caprice. Le nombre 60 possède une propriété mathématique redoutable : il est divisible par 1, 2, 3, 4, 5, 6, 10, 12, 15, 20, 30 et 60. Douze diviseurs, là où 100 n’en a que neuf.

Cette richesse en diviseurs rendait les calculs de fractions beaucoup plus simples à une époque où personne n’avait de calculatrice. Diviser un cercle en 360 degrés (6 × 60) ou une heure en 60 minutes tombait toujours juste, sans virgule. Les astronomes grecs, notamment Hipparque au IIe siècle av. J.-C., ont repris ce système pour leurs observations célestes.

Et quand les Romains, puis les savants médiévaux, ont hérité de ces travaux, la base 60 était déjà si profondément ancrée dans la mesure du temps et des angles que personne n’a songé à la remplacer. La Révolution française a bien tenté de bouleverser les conventions avec le temps décimal — 10 heures par jour, 100 minutes par heure —, mais l’expérience n’a duré que deux ans.

Résultat : en 2025, tu vis encore avec un héritage babylonien vieux de quatre millénaires à ton poignet. Mais la seconde n’a pas toujours eu la définition qu’on lui connaît aujourd’hui.

La seconde n’est plus ce qu’elle était : du Soleil à l’atome de césium

Pendant des siècles, une seconde correspondait simplement à 1/86 400e d’un jour solaire moyen. On divisait 24 heures en 60 minutes chacune, puis chaque minute en 60 secondes : 24 × 60 × 60 = 86 400. Simple, élégant, et complètement faux.

Le problème, c’est que la rotation de la Terre n’est pas régulière. Elle ralentit imperceptiblement — environ 2,3 millisecondes par siècle — à cause des forces de marée exercées par la Lune. Un jour d’aujourd’hui est donc légèrement plus long qu’un jour du temps des Babyloniens.

En 1967, la 13e Conférence générale des poids et mesures a pris une décision radicale. La seconde ne serait plus liée à la rotation terrestre, mais à un phénomène atomique : les oscillations de l’atome de césium 133. Précisément, une seconde correspond à 9 192 631 770 périodes de radiation de cet atome.

Ce chiffre n’a pas été choisi au hasard. Les physiciens l’ont calibré pour qu’il coïncide au mieux avec l’ancienne seconde astronomique. Mais désormais, la précision est vertigineuse : une horloge atomique moderne ne perd qu’une seconde tous les 300 millions d’années. Ton téléphone, qui se synchronise sur ces horloges via les satellites GPS, affiche donc un temps d’une précision que les Babyloniens n’auraient jamais imaginée.

Et d’ailleurs, il existait une « tierce » après la seconde

Si la minute est la « première petite partie » et la seconde la « deuxième », tu devines la suite. Il a bel et bien existé une troisième division : la tierce, du latin pars minuta tertia. Elle valait 1/60e de seconde, soit environ 16,7 millisecondes.

Les astronomes des XVIe et XVIIe siècles l’utilisaient dans leurs calculs. Tycho Brahe, le célèbre astronome danois, y avait recours pour ses observations de Mars. Mais aucun instrument de l’époque ne pouvait réellement mesurer un intervalle aussi court. La tierce est donc restée un outil théorique avant de tomber dans l’oubli.

Aujourd’hui, on découpe la seconde autrement : en millisecondes (millième), microsecondes (millionième) et nanosecondes (milliardième). Le préfixe latin a cédé la place aux préfixes grecs. Si les mots français conservent la trace du passé, la science, elle, avance avec son propre vocabulaire.

Fait amusant : en anglais, « second » désigne aussi la position « deuxième ». Les anglophones vivent donc avec la même bizarrerie linguistique sans jamais s’en apercevoir. Et dans les langues qui n’ont pas de racine latine, le mot pour « seconde » n’a aucun rapport avec « deuxième » — preuve que cette curiosité est purement un accident de traduction.

La prochaine fois que quelqu’un te dit « attends une seconde », tu pourras lui répondre que ce qu’il te demande, littéralement, c’est d’attendre « une deuxième ». Une deuxième quoi ? Plus personne ne le sait — sauf toi, maintenant. Et si le mot « minute » t’intrigue autant, sache qu’il vient de minutus, « rendu petit ». La question suivante est donc : rendu petit par rapport à quoi, exactement ?

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