Les 8 départements français où les habitants font le plus de bébés : le n°1 n’est pas en Île-de-France
En France, on fait de moins en moins d’enfants. Le taux de fécondité est passé sous la barre des 1,7 enfant par femme en 2023, son plus bas niveau depuis la Seconde Guerre mondiale selon l’INSEE. Pourtant, certains départements résistent à la tendance et affichent des chiffres de natalité nettement au-dessus de la moyenne nationale. Et le classement n’a rien à voir avec ce qu’on imagine.
Oublie le cliché des familles nombreuses parisiennes ou des maternités débordées en banlieue : le département qui fait le plus de bébés en France se trouve à des centaines de kilomètres de la capitale. Voici le top 8 des départements les plus féconds, données INSEE à l’appui — avec un n°1 que personne ne cite jamais.
Positions 8 à 6 : trois départements qu’on n’attendait pas dans ce classement
En 8e position, on trouve le Val-d’Oise (95), avec un taux de natalité d’environ 13,5 naissances pour 1 000 habitants. Ce département francilien profite d’une population jeune, notamment dans les communes de Cergy, Sarcelles et Garges-lès-Gonesse, où l’âge médian tourne autour de 33 ans — bien en dessous de la moyenne nationale de 42 ans.

La 7e place revient à l’Aisne (02), ce qui surprend davantage. Ce département picard, souvent associé au déclin démographique, conserve un taux de fécondité supérieur à la moyenne grâce à une structure familiale encore très traditionnelle. Ici, l’âge moyen de la première maternité est de 27,8 ans, contre 30,9 ans au niveau national.
En 6e position, le Nord (59) confirme sa réputation. Avec plus de 33 000 naissances par an, c’est le département qui enregistre le plus grand nombre brut de bébés en France. Mais rapporté à sa population de 2,6 millions d’habitants, son taux reste derrière cinq autres départements. Le Nord est aussi le département où le plus d’habitants vivent seuls, un paradoxe démographique qui montre que la natalité ne concerne qu’une partie de la population.
Jusqu’ici, rien de complètement déroutant. Mais le top 5 va bousculer les certitudes — et un département d’outre-mer commence à pointer le bout de son nez.
Positions 5 et 4 : quand l’outre-mer entre dans la danse
La 5e place est occupée par le Seine-Saint-Denis (93). Le département le plus jeune de France métropolitaine affiche un taux de natalité de 15,2 pour 1 000 habitants, soit 25 % de plus que la moyenne nationale. La densité urbaine, l’immigration récente et la structure familiale expliquent ces chiffres. En Seine-Saint-Denis, près d’un habitant sur trois a moins de 20 ans.

En 4e position, on quitte l’Hexagone pour La Réunion (974). L’île affiche un taux de fécondité de 2,3 enfants par femme, très au-dessus de la moyenne métropolitaine. Malgré un taux de chômage parmi les plus élevés de France (environ 18 %), la natalité reste portée par une population jeune et une tradition familiale forte. L’âge médian à La Réunion est de 35 ans, contre 42 ans en métropole.
Ces deux départements partagent un point commun : une population plus jeune que la moyenne, et un niveau de revenus plus faible. En démographie, ce lien entre natalité élevée et revenus modestes se vérifie régulièrement — mais il ne suffit pas à expliquer le podium.
Le bronze : un département du centre de la France que personne ne cite
La 3e place revient à l’Eure-et-Loir (28). Ce département de 430 000 habitants, coincé entre la Beauce et le Perche, affiche un taux de natalité de 15,8 pour 1 000 — un chiffre qui ferait rêver bien des métropoles européennes.
Comment un territoire rural, sans grande ville, sans dynamisme économique particulier, se retrouve-t-il sur le podium ? La réponse tient en partie à sa position géographique. L’Eure-et-Loir est devenu un département dortoir pour les jeunes couples franciliens qui fuient les prix de l’immobilier parisien. Chartres est à 1 h 10 de Montparnasse. Dreux, à peine plus loin. Les familles arrivent avec des projets de vie — et des projets de bébés.
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D’ailleurs, l’Eure-et-Loir fait aussi partie des départements où les habitants déménagent le plus, signe d’un flux migratoire constant. Mais ce n’est pas lui qui détient le record. Le duo de tête va encore plus loin.
Le n°2 : un DOM qui surpasse toute la métropole
La 2e place revient à la Guyane (973), avec un taux de fécondité de 3,5 enfants par femme — plus du double de la moyenne nationale. C’est le département le plus fécond de toute l’Union européenne, et l’un des rares territoires français où la pyramide des âges ressemble encore à un triangle classique avec une base large de jeunes.
La Guyane compte environ 300 000 habitants, et près de 40 % ont moins de 20 ans. L’âge médian y est de 26 ans. C’est le seul département français où la croissance démographique repose presque entièrement sur la natalité plutôt que sur l’immigration ou l’allongement de l’espérance de vie.
Avec ces chiffres, la Guyane semble imbattable. Et pourtant, un autre département fait mieux sur un indicateur clé — et c’est lui qui décroche la première place de ce classement.
Le n°1 : le département français qui fait le plus de bébés se trouve dans l’océan Indien
Mayotte (976) domine ce classement de la tête et des épaules. Avec un taux de fécondité estimé entre 4,5 et 5 enfants par femme selon les dernières données INSEE, c’est le département français — et européen — où l’on fait le plus de bébés. Et ce n’est même pas serré.
L’île de 320 000 habitants (chiffre officiel, probablement sous-estimé) enregistre environ 10 000 naissances par an. Rapporté à la population, c’est un taux de natalité d’environ 40 pour 1 000 — quatre fois la moyenne métropolitaine. La maternité de Mamoudzou est la plus active de France : elle enregistre à elle seule plus de naissances que toutes les maternités de Paris réunies.
Plusieurs facteurs expliquent cette situation : une population extrêmement jeune (âge médian de 18 ans), une transition démographique plus lente que dans le reste de la France, et un accès à la contraception encore limité sur certaines parties de l’île. À Mayotte, 50 % de la population a moins de 18 ans — un chiffre comparable à certains pays d’Afrique subsaharienne, pas à un département français.
Ce classement raconte finalement une France à deux vitesses démographiques. D’un côté, la métropole vieillit : le nombre de naissances a chuté de 20 % en dix ans dans l’Hexagone. Certains départements comme la Creuse ou le Cantal enregistrent à peine 4 à 5 naissances pour 1 000 habitants. De l’autre, les DOM maintiennent des taux de fécondité qui semblent appartenir à une autre époque.
Et entre les deux, des départements comme l’Eure-et-Loir ou le Val-d’Oise prouvent que la natalité en métropole dépend surtout d’un facteur : l’âge de la population locale. Là où les jeunes couples s’installent — souvent à cause du prix de l’immobilier —, les bébés suivent. Comme quoi, pour comprendre où naissent les Français de demain, il suffit parfois de regarder où le coût de la vie est le plus bas.