Les 8 fromages les plus vendus en France : le numéro 1 n’est pas le camembert
La France compte plus de 1 200 variétés de fromages. Mais dans les caddies des supermarchés, la réalité est bien plus concentrée : quelques références trustent l’essentiel des ventes. Et le champion toutes catégories n’est ni le camembert, ni le brie, ni le comté — pourtant chouchou des magazines gastronomiques. Voici le classement réel, chiffres à l’appui, avec plusieurs surprises en route.

Le fromage qui disparaît en silence
Avant de décompter, une donnée de contexte qui dit beaucoup : selon FranceAgriMer et les données du CNIEL (Centre National Interprofessionnel de l’Économie Laitière), les Français consomment en moyenne 27 kg de fromage par personne et par an. C’est le deuxième chiffre le plus élevé d’Europe, derrière la Grèce.
Mais cette consommation est en train de se concentrer. Les fromages à pâte pressée cuite, fondus et râpés gagnent des parts de marché, pendant que les fromages à croûte fleurie traditionnels stagnent. Le camembert de Normandie AOP, lui, voit ses volumes chuter depuis dix ans. Une ironie quand on sait qu’il reste l’emblème mondial du fromage français.
Alors, qui trône vraiment au sommet ? La réponse est plus banale — et plus surprenante — qu’on ne le croit.
Les positions 8 à 6 : des valeurs sûres, mais loin du podium
8. Le chèvre frais — Le fromage de chèvre sous toutes ses formes (bûches, palets, portions) pèse environ 3,5 % des volumes fromagers vendus en grande surface selon les panels IRI/NielsenIQ. Sa progression est constante depuis 2015, portée par les régimes flexitariens et la cuisine du Sud.
7. Le brie — Souvent confondu avec le camembert dans les imaginaires, le brie (Brie de Meaux, Brie de Melun ou brie industriel) se vend davantage que son cousin normand. Son format plus grand et son prix légèrement inférieur au kilo expliquent en partie cette avance. Il représente environ 4 % du marché fromager en volume.
6. Le comté — Fromage préféré des Français dans les sondages depuis plusieurs années, le comté ne se classe pourtant qu’en sixième position en volume. Pourquoi ? Son prix — souvent entre 20 et 30 € le kilo — freine les achats en grande quantité. Mais en valeur (chiffre d’affaires), il est dans le top 3. Environ 72 000 tonnes produites par an, dont la majorité part à la consommation intérieure.

Les positions 5 et 4 : le duo qui tient le milieu de rayon
5. Le camembert — Oui, le camembert n’est que cinquième. L’icône nationale représente environ 5 à 6 % des ventes en volume selon les données FranceAgriMer. Sa consommation a reculé de près de 15 % en vingt ans. Les moins de 35 ans l’achètent deux fois moins que leurs parents au même âge. Le camembert reste un achat d’occasion (plateau de fromages, apéro) plus qu’un fromage du quotidien.
Si tu veux d’ailleurs te faire une idée du coût de la vie fromager selon les villes, le budget alimentaire varie beaucoup selon où tu habites : une secrétaire médicale à Reims ne dépense pas les mêmes sommes qu’une Parisienne.
4. Le fromage fondu (vache qui rit, crèmes, portions) — Le fromage fondu sous toutes ses formes (portions individuelles, spécialités à tartiner type Boursin ou La Vache qui Rit) représente un segment massif. Près de 8 % des volumes du marché fromager total. Son atout : il se destine aux enfants, ce qui en fait un achat quasi automatique dans les familles. La Vache qui Rit à elle seule est la marque fromagère la plus vendue en France.
La médaille de bronze qui va te faire tiquer
3. Le gruyère (et ses cousins suisses/franc-comtois) — Attention, on parle ici du « gruyère » tel que les Français l’achètent en grande surface : emmental français dit « gruyère » à tort, véritable gruyère suisse AOP, ou Fol Epi. Ce bloc de pâte pressée cuite représente environ 9 % des ventes en volume. Il fond bien, tranche facilement, et plaît aux enfants. Sa polyvalence en cuisine — fondue, croque-monsieur, gratin — lui assure une demande constante toute l’année.
Ce résultat illustre un phénomène plus large : les Français arbitrent de plus en plus vers des fromages pratiques et multi-usages. Les fromages les plus appréciés dans les sondages ne sont pas forcément ceux que les gens mettent dans leur panier chaque semaine.
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2. Le fromage blanc et le petit-suisse — Voilà une entrée qui surprend à chaque fois qu’on la mentionne. Le fromage blanc (0 %, 20 %, 40 % MG) et le petit-suisse sont techniquement des fromages frais au sens de la réglementation fromagère. Et en volume, ils pèsent lourd : environ 12 à 14 % du marché fromager total selon les données CNIEL.
Pourquoi ? Parce que le fromage blanc s’achète en pot de 500 g à 1 kg, souvent plusieurs fois par semaine. Il est consommé au petit-déjeuner, en dessert, en sauce. Les familles avec enfants en sont les premiers consommateurs. Et son prix au kilo est l’un des plus bas du rayon.
Il ne fait pourtant jamais partie des « fromages préférés des Français » dans les enquêtes d’opinion — preuve que ce qu’on dit aimer et ce qu’on met réellement dans son caddie sont deux choses très différentes.
Et le numéro 1, alors ?
1. L’emmental râpé — Sacré champion, le fromage râpé (dont l’emmental représente plus de 80 % des ventes) écrase la concurrence avec environ 15 à 17 % du marché fromager en volume. En France, on consomme plus de 150 000 tonnes de fromage râpé par an, soit davantage que n’importe quel autre type de fromage.
Ce résultat est directement lié à la cuisine du quotidien : gratins, lasagnes, pizzas maison, croque-monsieur. Le sachet de râpé est présent dans environ 9 foyers français sur 10 selon les études panels GfK. C’est le seul fromage qui s’achète en format de 200 g, 400 g et même 1 kg — et qui se retrouve dans le caddie à chaque course sans même y penser.
Paradoxe absolu : c’est aussi l’un des fromages les moins nobles de la table française, celui qu’aucun fromager artisan ne met en avant — et pourtant le grand champion des volumes. Le camembert fait la couverture des magazines. L’emmental râpé, lui, fait le fond des gratins.
Pour replacer tout ça dans une logique de budget : les villes où le coût de la vie est le plus bas sont aussi celles où la part de l’alimentation dans le budget des ménages est la plus significative — et où les achats de fromage râpé représentent donc une vraie ligne de dépense.
Ce que ce classement dit vraiment de nos habitudes
Ce top 8 révèle une fracture nette entre la France fromagère de carte postale et la France fromagère du quotidien. Le comté et le camembert font rêver, mais c’est l’emmental râpé, le fromage blanc et le fromage fondu qui remplissent réellement les frigos.
Cette tendance s’explique aussi par le temps : les Français cuisinent en moyenne 27 minutes par repas du soir (contre 45 minutes en 1986 selon l’INSEE). Des plats rapides appellent des fromages pratiques — et le sachet de râpé est imbattable sur ce terrain.
La consommation de fromage est aussi un marqueur économique. Dans un contexte d’inflation alimentaire qui a dépassé 20 % entre 2021 et 2024, les acheteurs se tournent vers les formats les plus rentables au kilo. Le râpé, acheté en promotion, revient souvent moins cher que le comté ou le brie au gramme de protéines consommées. C’est un peu la même logique qui explique pourquoi la banane devance la pomme dans les fruits les plus consommés : le prix et la praticité font la loi.
Et toi, tu aurais deviné que l’emmental râpé trônait au sommet de ce classement ?