Caméra grand angle filmant le trottoir : la CNIL a reçu 250 plaintes de voisins en 2021

Une caméra sous l’avancée du toit, deux vis, un adhésif renforcé : vingt minutes d’installation un dimanche d’octobre. L’idée ? Surveiller l’allée où les colis traînent parfois trop longtemps. Sauf que ce grand angle, si pratique pour cadrer l’entrée, filmait aussi bien plus large que prévu. Et c’est ce détail-là qui va tout faire basculer.
Une allée surveillée, un trottoir capturé sans le vouloir
Le boîtier orienté vers le bas devait cadrer l’entrée du jardin. Mais un objectif grand angle ne s’arrête jamais où l’œil imagine qu’il s’arrête. Il avalait aussi un bout de trottoir et une portion du terrain voisin, sans que personne ne s’en aperçoive.
Un particulier peut filmer sa propriété librement : la maison, le jardin, le chemin d’accès privé. Cette liberté existe sans démarche préalable, tant que le dispositif reste cantonné à la sphère privée.
Mais la marge de manœuvre s’arrête net à la limite de la parcelle. Filmer la voie publique, même pour surveiller sa propre voiture garée devant chez soi, n’est pas autorisé. Un détail que beaucoup découvrent trop tard, souvent après un différend avec un proche ou un voisin.
Le jour où la preuve s’est retournée contre lui
Un désaccord éclate, une dégradation, une limite de propriété contestée : le propriétaire pense enfin détenir la preuve qu’il cherchait. Il lance la relecture, cherche l’horodatage exact.
Mais ce n’est pas l’incident filmé qui retient l’attention. C’est le cadrage lui-même : ce morceau de trottoir, ce bout de jardin voisin qui n’auraient jamais dû apparaître à l’écran. Un enregistrement obtenu en filmant au-delà de sa propre parcelle perd toute sa valeur au moment précis où il faudrait s’en servir.
Pire, ce type d’installation peut constituer un traitement de données personnelles non conforme au RGPD. Le mécanisme de plainte existe, et il est loin d’être théorique : en 2021, plus de 250 plaintes ont été déposées auprès de la CNIL pour des vidéosurveillances installées par des particuliers, un chiffre qui rappelle qu’on est loin d’un cas isolé, comme pour d’autres litiges du quotidien recensés dans les tensions liées au voisinage.

Le réflexe simple qui évite le pire
Un voisin filmé sans son consentement peut saisir le service des plaintes de la CNIL, la police, la gendarmerie, ou encore le procureur de la République. Trois voies distinctes, qui peuvent même être activées en parallèle.
La bonne nouvelle : le contrôle ne demande aucun matériel particulier. Il suffit de se placer à l’endroit exact où la caméra est fixée, de regarder dans la direction qu’elle filme, et de noter tout ce qui dépasse de la parcelle. Certains modèles proposent même une fonction de masquage numérique, très utile quand l’angle ne peut pas être resserré, comme l’explique ce guide sur les caméras de particuliers.
Mieux vaut aussi tester l’image à différentes heures : un cadrage parfait à midi peut, une fois la nuit tombée et le zoom activé, révéler un pan de propriété voisine resté invisible en plein jour. Selon ce spécialiste de la vidéosurveillance, un simple échange avec le voisin concerné règle souvent le problème en quelques minutes, bien avant qu’un dossier n’atterrisse devant un tribunal.
Le propriétaire du dimanche d’octobre a fini par recadrer son installation. La caméra est restée sous le toit, mais son champ de vision s’arrête net à la haie du jardin. Un angle mal réglé peut coûter bien plus cher qu’un trottoir mal surveillé. Et vous, avez-vous déjà vérifié ce que votre propre caméra filme vraiment ?